
Avis :
Le Stoner, comme tous les genres dans le métal, possède un nombre de dérivations qui est assez dingue. Il faut dire qu’avec des guitares saturées et un rythme lent, il est tout à fait possible de jouer avec les textures, et de fournir des ambiances particulières. Et il n’est pas rare que le genre soit en corrélation avec le Rock Psychédélique, tant le côté désertique, éthéré, correspond à tous les critères. Fondé en 2012, Weedpecker est un pilier du genre, qui pourtant brille par sa discrétion. Cinq albums au compteur, dont deux en indépendant, deux chez Stickman Records et le petit dernier, sobrement intitulé V, qui arrive chez Heavy Psych Sounds Records, label connu pour son rooster psyché/stoner à tendance Desert Rock. Et il faut croire que ce changement de maison de disque a fait beaucoup de bien aux polonais.
Ou tout du moins, cela leur a permis une meilleure mise en avant. Et il faut dire aussi que le groupe a trouvé un second souffle en 2019, ne gardant comme membre d’origine que son guitariste chanteur, et recrutant à tours de bras un bassiste, un claviériste ainsi qu’un nouveau batteur. Un remaniement complet qui va donner naissance à une nouvelle ferveur, mais surtout à une anomalie, puisque Weedpecker possède deux batteurs en son sein. Est-ce que cela s’entend ? Pas vraiment, mais ce n’est pas là le plus important. Car les polonais ont trouvé leur voie, et surtout, ils délivrent un Stoner psychédélique qui va presque à contre-courant de ce que l’on peut écouter en ce moment. Moins rugueux, plus progressif que ses compères, le côté Stoner vient avec parcimonie, à travers quelques riffs cradingues, mais qui ne sont pas omniprésents, bien au contraire.
D’ailleurs, tout commence avec une introduction (qui s’appelle Intro), qui nous fait déjà voyager dans les stratosphères du cosmos. Il n’y a que du clavier, c’est aérien à souhait, et certains films de science-fiction ne renieraient pas ce son dans leur générique. Le vrai premier titre est donc Fading Whispers, un morceau fleuve de plus de onze minutes, qui va surprendre dès ses premières notes. En effet, le titre est très calme, très posé. Les riffs sont tout doux, le chant est en arrière-plan, presque comme dans un rêve, et si les variations seront présentes, on va rester dans un registre qui lorgne plus vers le progressif que vers le Stoner. Alors oui, il y a quelques fulgurances plus percutantes, mais elles ne sont là que pour amener vers un changement de rythme salvateur. Le titre n’ennuie jamais, il est même passionnant, avec une grande place laissée aux instruments.

Il est forcément difficile de passer après un tel morceau, même si on pourrait lui reprocher de ne pas aller au fond des choses. De rester dans une rythmique presque trop cocooning, qui manque d’un élan plus virulent pour nous secouer un peu. Mais cela arrive avec Ash qui, pourtant, dans son démarrage, laisse à penser que l’on va aller vers le même registre que précédemment. Cependant, les polonais ont de la ressource, et le titre ne va faire que monter crescendo, avec une arrivée massive de riffs bien rugueux. Alors oui, il faudra attendre presque deux minutes (sur un morceau qui dépasse les neuf minutes), mais l’attente en vaut la chandelle, et on se rend compte que l’on fait face au meilleur morceau de l’album. Puis la surprise refait surface avec In the Dark we Shine, une pause soft rock inattendue.
On pourrait presque croire à un interlude de plus de quatre minutes, mais ce côté cosy et apaisant est plutôt appréciable. Certes, on se pose des questions sur le côté Stoner de l’album, mais le plaisir est présent. Mirrors va alors nous réveiller un petit peu avec son début tonitruant. Entre Stoner et Métal progressif, le groupe ne choisit jamais vraiment. Le seul regret que l’on peut avoir sur ce morceau, c’est qu’il va en décélérant. Petit à petit, le titre s’essouffle, se calme, et perd de son intensité, alors que c’est tout ce dont on avait besoin à ce moment-là de l’album. Et ce n’est pas The Last Summer of Youth qui va venir nous secouer ou nous donner envie de headbanger. Encore une fois, le morceau est réussi, mais on est sur un calme plat, apaisant, comme allongé sur la plage par une soirée assommante de chaleur.
Au final, V, le dernier album de Weedpecker, est un effort intéressant et surprenant. Arrivant avec des promesses de Stoner, on était en droit d’attendre des riffs rugueux et cracra, et finalement, les polonais nous bernent avec un disque qui part carrément autre part. Si on a quelques éclairs Stoner, le reste de l’album ira plus vers le Progressif et un rock très calme, très aérien, qui pourrait presque faire office d’introspection sur certains moments. Bref, il s’agit-là d’un bon album, mais qui manque de rugosité pour nous satisfaire pleinement.
- Intro
- Fading Whispers
- Ash
- In the Dark we Shine
- Mirrors
- The Last Summer of Youth
Note : 14/20
Par AqME
