
Titre Original : Xian si Jue
De : Siu-Tung Ching
Avec Damian Lau, Norman Chu, Flora Cheung, Paul Chang
Année : 1983
Pays : Hong-Kong
Genre : Action
Résumé :
Un duel est organisé pour déterminer qui des japonais et des chinois est le meilleur. Le meilleur représentant de chaque pays se dirige vers le lieu du combat, ignorant qu’un complot est organisé par plusieurs partis à cette occasion.
Avis :
Durant les années 80, le Wu Xia Pian est en perte de vitesse, et les producteurs chinois vont essayer un autre style, plus débridé, avec des chorégraphies aériennes improbables. Raymond Chow va alors donner sa chance à un chorégraphe, Siu-Tung Ching, qui fut l’homme derrière les combats dans The Sword de Patrick Tam, autre film fondateur d’un genre nouveau. C’est alors que déboule Duel to the Death, qui est considéré aujourd’hui comme l’un des films piliers de ce style si caractéristique des longs-métrages asiatiques d’arts martiaux, avec des personnages qui volent dans les airs (coucou Tigre & Dragon). Pour autant, réduire Duel to the Death à un simple film d’arts martiaux avec des duels serait injuste, car derrière l’histoire de base, il y a une vraie critique du racisme entre chinois et japonais.

Le film débute de façon tonitruante. On y voit une horde de ninjas s’introduire dans une sorte de bibliothèque pour voler des textes qui semblent sacrés. Ils se font repérer par les moines qui vivent dans le lieu, et un combat s’engage alors. C’est l’occasion pour le réalisateur de présenter son premier grand combattant, un chinois qui est tout désigné pour devenir un grand combattant. Dès le début, le réalisateur donne le ton. Les chorégraphies sont virevoltantes, les personnages volent dans tous les sens, et les scènes de combat sont surréalistes, tout en jouant constamment avec la gravité. Cette entrée en matière est très plaisante, et montre aussi la volonté du cinéaste de faire un cinéma vivant et remuant. Il y a des mouvements singuliers de l’objectif, notamment lors de l’arrivée des ninjas, et on sent une envie forte de bousculer les codes.
« le film ne perd jamais en dynamique et en action »
A la suite de cette introduction, on va apprendre qu’un tournoi va se mettre en place entre le Japon et la Chine pour déterminer qui possède la meilleure école de combat. Cela va permettre de faire connaissance avec le champion japonais, un seigneur qui va se rendre tout seul dans l’arène, après un long voyage. Cette pérégrination va permettre de dévoiler ses compétences au combat, et sa rencontre avec une jeune femme qui fait aussi étalage de ses aptitudes. Jusque-là, le scénario est assez simple à comprendre, et on s’attend à une confrontation entre deux champions, au terme d’un combat épique. Mais l’histoire va être plus complexe que ça, notamment quand on apprend qu’un complot se met en place pour imposer un autre champion chinois, ou encore qu’un pays va vouloir gagner le tournoi sans forcément combattre. Les choses deviennent alors plus tortueuses.
Néanmoins, même si le scénario devient plus compliqué à comprendre, notamment avec la multitude de personnages, le film ne perd jamais en dynamique et en action. Tout est raconté à travers des combats, et les révélations sont aussi faites via de belles surprises. Il y a des idées à la seconde, même au niveau de certains personnages, qui deviennent alors très intéressant. On pense à ce cul-de-jatte qui utilise de fausses jambes pour combattre. On peut aussi évoquer ce mystérieux messager qui annonce la venue du champion japonais, se trimballant avec un bâton muni d’une clochette. Bref, c’est relativement frais, malgré les quarante ans d’existence du film. Et il ne faut pas oublier que le film est relativement gore. On a droit à des membres qui se coupent, des têtes qui volent, et l’ensemble est sanglant. C’est parfois mal fichu, mais ça donne du poids au film.
« l’intelligence d’écriture provient du choix de ne pas prendre parti »
Mais ce qui fait la force de ce film, c’est clairement son mélange des styles de combat, et son fond. Car oui, le cinéaste a décidé à travers son film de faire du Wu Xia Pian, c’est-à-dire du film de sabre à la chinoise, et du Chambara, le film de sabre à la japonaise. Ce mix se ressent à travers les combats, où les techniques sont différentes, donnant lieu à des combats très intéressants. Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est le fond, qui évoque le racisme entre les japonais et les chinois. Il existe un mode de pensée chez les japonais comme quoi ils sont une race supérieure, et forcément, il y a des tensions entre les deux pays. Le réalisateur décide de parler de ça à travers son film et les duels qui vont en découler. Mais l’intelligence d’écriture provient du choix de ne pas prendre parti.
En effet, les deux personnages, qui sont chinois et japonais, vont devoir cohabiter pour lutter contre la trahison qui se met en place. Malgré leur dualité et leur dissension, ils sont obligés de s’entraider pour lutter contre de grands pontes qui veulent briller à leur place. Le script est suffisamment malin pour ne jamais faire de choix sur une possible race supérieure, jusqu’au dernier duel. L’affrontement final est impressionnant, avec une mise en scène inspirée, mais surtout, il n’y a pas de vainqueur. Cela représente bien la neutralité du metteur en scène, qui refuse de placer un pays au-dessus de l’autre. Et c’est vraiment là que le film gagne des galons, se faisant alors nerveux, puissant, et très intelligent dans son fond, dans son message de paix qu’il veut véhiculer.

Au final, Duel to the Death est un excellent film. Siu-Tung Ching offre un écrin inspiré au sein d’une histoire qui aurait pu être simple, mais qui se complexifie au fur et à mesure des minutes. Loin d’un simple duel à mort, le film évoque le racisme qui existe entre deux nations voisines, et son inutilité, tout du moins à ceux qui ne sont pas dans les rouages du pouvoir, ou qui veulent briller sans effort suite à des manigances politiques. Visuellement superbe, nerveux et intelligent, Duel to the Death demeure un grand film du genre, ainsi qu’un succès populaire à son époque, permettant alors l’arrivée de nouveaux films d’arts martiaux d’un genre nouveau.
Note : 16/20
Par AqME
