
Avis :
S’il y a bien une chose qui peut différencier le métal des autres genres musicaux, c’est sa vitesse. Si l’on passe outre les battements par minute, qui est une donnée vérifiable et quantifiable, ceux qui n’aiment pas le métal lui reproche des rythmiques trop rapides et une incapacité à danser dessus. C’est un fait, mais en même temps, ce n’est pas fait pour ça. Il existe un groupe qui va pousser le bouchon bien plus loin, c’est Archspire. Groupe canadien qui se fonde en 2009, il se démarque par le chant de son frontman, Oliver Rae Aleron, qui se revendique le Eminem du Death Metal. Entendez par là qu’il chante à une vitesse hallucinante, tout en growlant. C’est la marque de fabrique du groupe, qui propose alors un Technical Death Metal bien saignant, ultra véloce, et qui frôle parfois le non-sens musical.
Après un premier album sorti chez Trendkill Recordings, les canadiens vont signer sur un label français, Season of Mist, pour offrir trois albums qui ne font faire que gagner le cœur des amateurs de musiques rapides. Too Fast to Die est leur cinquième album, et il marque un léger tournant dans leur carrière, puisque c’est le premier disque qui sort de façon totalement indépendante, sans un label derrière. Les raisons de cette rupture sont inconnues, mais cela a certainement permis au groupe d’avoir une liberté totale de création dans ce nouvel opus. Et dès le départ, le ton est clairement donné. Archspire continue dans ce qu’il sait faire de mieux, à savoir chanter très vite, jouer très vite, et offrir quelques passages plus respirables, où l’on va pouvoir entendre que les musiciens sont très bons techniquement, et pas seulement de gros bourrins.
En abordant Liminal Cypher, on pourrait croire que le groupe s’est assagi, mais on va vite se rendre compte que ce ne sera pas le cas. Le chanteur déboule avec un growl hyper rapide, à un tel point que cela en devient presque risible. On ne comprend rien à ce qui est « chanté », et seuls les moments plus calmes sont réellement intéressants. Alors oui, vocalement, c’est une prouesse que peu de gens peuvent faire, mais est-ce bien intéressant ? Heureusement, les passages plus doux, les solos de guitares, démontrent un réel savoir-faire en la matière. Cependant, les choses vont tellement vite, que l’on même mettre en doute la présence d’une vraie batterie, tant la double-pédale va à toute vitesse. Cela est vraiment étonnant, mais Spencer Moore, qui est arrivé dans le groupe en 2025, est assez impressionnant, même si là aussi, ça ne sert pas à grand-chose.

En fait, on a l’impression que c’est un concours de bites. En gros, Archspire est un groupe réputé pour sa vitesse, et à chaque morceau, les limites sont repoussées pour ne jamais être dépassées. On peut faire ce constat avec le début de Red Goliath qui prête presque à sourire tant c’est du grand n’importe quoi. De plus, on sent que le Deathcore symphonique à la Lorna Shore est passé par là, puisqu’on assiste à une grosse production massive en arrière-plan, ainsi qu’à quelques prouesses vocales qui rappellent celle de Will Ramos. Carrion Ladder va encore plus brouiller les pistes dans son introduction concernant la présence d’une assistance informatique. Le chant est tellement rapide qu’il en est irréel et manque cruellement d’intérêt. Il en va de même avec la batterie, qui scande un rythme insoutenable, avec un blast qui semble sortir d’un ordinateur.
Par la suite, si la vitesse est toujours de mise, on retrouvera tout de même quelques éléments plus agréables à l’oreille, avec de jolies variations. Anomalous Descent prévoit quelques ruptures qui sont bien fichues, avec notamment de gros passages techniques à la guitare. The Vessel prône une jolie introduction assez calme, mais qui laisse présager un déferlement qui ne tarde pas à venir. Cependant, la mise en situation, avec une belle ambiance, est vraiment intéressante dans ce registre, et permet de rendre l’ensemble plus humain. Limb of Leviticus sera du même acabit, avec en prime une ligne de basse qui sera bien mise en avant. Si le chanteur continue son chant si particulier, on a droit à des situations techniques grisantes et virevoltantes. Deadbolt the Backward est un titre très virulent et qui ne sert pas longtemps en tête de par son côté monolithique.
Puis Too Fast to Die peut se voir comme une caricature de tout ce que fait le groupe. On a vraiment la sensation que tout est fait pour aller le plus vite possible, sans se poser un instant pour installer une atmosphère particulière. Et finalement, c’est ce qui fait le désavantage d’un tel album. Techniquement, c’est ébouriffant, c’est dense et très bien exécuté, mais on a l’impression d’assister à une démonstration technique pour paraître dans le guinness book des records. Et en ce sens, cet album est un tantinet décevant…
- Liminal Cypher
- Red Goliath
- Carrion Ladder
- Anomalous Descent
- The Vessel
- Limb of Leviticus
- Deadbolt the Backward
- Too Fast to Die
Note : 13/20
Par AqME
