mars 18, 2026

The Sword – L’Épée de Toutes les Convoitises

Titre Original : Ming Jian

De : Patrick Tam

Avec Adam Cheng, JoJo Chan, Norman Chu, Jade Hsu

Année : 1980

Pays : Hong-Kong

Genre : Action

Résumé :

Un maître d’arme qui vit reclus croise la route de deux jeunes épéistes que les intentions opposent : ravir l’épée ou défier le maître pour la gloire.

Avis :

Au cours des années 80, le Wu Xia Pian est en perte de vitesse dans le cinéma asiatique. Ce que l’on appelle aussi le film de sabre chinois est alors au crépuscule de sa vie, mais certains réalisateurs continuent à faire vivre ce genre, tout en essayant d’apporter des nouveautés, que ce soit dans l’histoire, dans les chorégraphies ou encore dans la mise en scène. Touche-à-tout dans le domaine du cinéma (il est producteur, compositeur, scénariste, acteur, chef décorateur et monteur), Patrick Tam entame sa carrière au cinéma derrière la caméra avec un premier court-métrage dans les années 70. C’est en 1980 qu’il propose alors son premier film, The Sword, hommage au Wu Xia Pian, mais qui va tenter de proposer une mise en scène plus moderne, essayant alors de rebattre les codes d’un genre qui se fait vieillissant.

Le scénario s’avère relativement simple. On commence l’histoire avec un forgeron qui fabrique une épée pour un type qui semble être un noble. Ce dernier lui propose alors d’aiguiser une autre arme, mais le forgeron lui annonce que cette épée est maudite, et que même s’il ne l’utilise pas, elle le conduira à sa perte. Derrière cette introduction, Patrick Tam annonce déjà une mise en scène particulière, qui peut résonner comme cheap aujourd’hui, mais qui tente de jouer avec nos émotions. Par exemple, lorsque la première épée est finie d’être forgée, et que le noble sort sa deuxième arme, le mise en scène et la musique sont telles que l’on pense qu’il va égorger le forgeron pour lui prendre le nouveau sabre. Une façon de faire qui peut sembler éculée, mais qui marche bien, car on ne connait pas les personnages, et on ne sait pas leurs intentions.

« Patrick Tam tisse alors des liens ténus entre les personnages »

Après un générique qui présente les acteurs en fonction de leur personnage, on se retrouve des années plus tard, et on va accompagner un homme qui souhaite se mesurer au plus grand épéiste de son pays. Comme par hasard, le plus grand épéiste n’est autre que le noble à l’épée maudite, et de rencontres fortuites en rencontres fortuites, il va réussir à le retrouver. Avant cela, le scénario joue avec ce personnage, qui va devoir se confronter à plusieurs ennemis, et découvrir de charmantes damoiselles en détresse. Le film va alors tout faire pour nous faire ressentir de l’empathie pour ce jeune guerrier, profondément bon, mais qui va tomber dans une sombre histoire avec un autre sabreur, maléfique, qui ne souhaite qu’une chose, récupérer l’épée maudite pour son ambition personnelle. Oui, The Sword va se terminer sur un duel épique.

Patrick Tam tisse alors des liens ténus entre les personnages. Notre héros, qui est assez apathique dans sa quête, va sauver une jeune femme des griffes d’un malandrin qui se débrouille plutôt bien à l’épée. Il va tomber dans un guet-apens, puis se faire soigner par une charmante dame dont le frère n’est autre que le célèbre détenteur de l’épée. Il y a un déroulement très lisse qui fait que la narration est simple à comprendre, et que les enjeux demeurent compréhensibles, bien que loin de toute volonté historique ou digne d’une grande fresque. En même temps, le film ne dépasse l’heure et demie, et forcément, il faut aller à l’essentiel pour ne pas exploser le budget. Car oui, The Sword reste un film minime dans le genre, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas réussi.

« chaque duel est millimétré »

Patrick Tam va apporter un soin particulier à deux choses : sa mise en scène et les chorégraphies des combats. Pour la réalisation, on va voir que le cinéaste utilise des plans inhabituels pour le genre. On a droit à des séquences dignes d’un cinéma d’auteur, avec des moments éthérés portés par une musique lancinante. Certains gros plans sur les visages permettent de bien lire les émotions, même si parfois cela fait kitsch. De plus, le montage peut sembler parfois chaotique, offrant une dimension expérimentale à l’ensemble. Cela n’en fait pas pour autant un film difficile d’accès, mais on sent que le réalisateur essaye d’apporter sa patte à un genre qui, à l’époque, se faisait déjà vieillissant. Il en va de même pour les combats, qui sont très bien orchestrés. Le cinéaste a été à la bonne école, et chaque duel est millimétré.

Ce qui va surprendre le plus dans les affrontements, c’est qu’ils sont particulièrement gores. Alors certes, on est loin d’un film d’horreur, mais il y a deux passages qui sont plutôt sales, avec une décapitation (qui peut être risible aujourd’hui via un montage cahoteux et un effet artisanal risible) et un corps carrément découpé en deux, en verticalité. Cela donne du sens au combat, malgré des sauts exagérés et des techniques qui semblent parfois sortir d’un cerveau malade. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de ce genre, essayant de se faire spectaculaire dans des duels improbables, avec des techniques qui défient les lois de l’apesanteur. Mais cela marche bien et donne même un cachet au film, qui se joue des genres, et s’amuse à faire peur à son spectateur.

Au final, The Sword est un film recommandable. Ce n’est pas le meilleur de Wu Xia Pian, mais il a le mérite d’exister et de proposer de nouvelles choses, notamment dans la mise en scène, tentant de ne pas tomber dans les affres d’un genre qui était déjà, à l’époque, en train de tomber en désuétude. Bref, les amateurs du genre apprécieront sûrement, et pour ceux qui souhaitent découvrir le genre, ce film peut être une bonne porte d’entrée, car il est court, efficace et propose une histoire portée par des personnages attachants.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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