
Autrice : Sarah Langan
Editeur : Fleuve Editions
Genre : Thriller
Résumé :
Bienvenue à Maple Street, une banlieue tranquille et sans histoire où les pelouses sont toujours bien tondues et les voisins souriants. Mais sous cette façade soignée se cache une tension sourde. Lorsque la famille Wilde – un couple excentrique et leurs deux enfants – emménage dans le quartier, le vernis des apparences commence à se craqueler.
La tragédie qui va tout faire basculer survient lors d’un été caniculaire : un gouffre s’ouvre dans le parc local et une jeune fille disparaît. Très vite, les soupçons s’abattent sur les Wilde. La communauté se divise, les rumeurs enflent, plongeant le quartier dans une spirale de paranoïa et de suspicion. Dans ce climat de peur grandissante, la vérité devient de plus en plus difficile à distinguer… Et la chasse aux sorcières est lancée.
Avis :
Durant les années 90, les éditions Pocket ont pris le risque de sortir de nombreux ouvrages de poche au sein d’une collection d’horreur, avec des couleurs très marquées (rouge et noir) et des auteurs cultes comme Stephen King, Graham Masterton ou encore Peter Straub. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que le roman horrifique se porte à merveille. Si on navigue dans de nombreux thrillers qui peuvent avoir des fulgurances qui font frissonner, on va plutôt se rabattre sur des auteurs doudous que sur des collections à proprement parler. Les éditions Fleuve ont pourtant pris le risque en 2025 de lancer une nouvelle collection qui fait la part belle à l’horreur sous toutes ses formes. Sous la bannière de la collection Styx, nous avions la promesse d’un renouveau avec des auteurs pas forcément connus en France, voire même jamais traduit. Une prise de risque qui peut s’avérer payante.
Cependant, avec les deux premiers ouvrages sortis, à savoir Vers ma Fin et La Mer se Rêve en Ciel, on soufflait le chaud et le froid. Le premier cité jouait la carte de l’horreur psychologique en suivant une jeune femme qui a un pet au casque, alors que le second était un vibrant hommage à Lovecraft à travers un récit historique traumatique. Deux histoires aux antipodes l’une de l’autre mais qui avait un point commun, l’horreur n’était pas si prégnante que ça. Qu’en est-il avec Les Derniers Jours de Maple Street, nouvellement arrivé dans la collection, et promettant un croisement improbable entre Dexter et Desperate Housewives ? Autant le dire de suite, on s’éloigne encore un peu plus de l’horreur pour aller pleinement dans le thriller pure souche. Sarah Langan, pourtant déjà récompensée par un prix Bram Stoker en 2009, ne sort pas vraiment des sentiers battus.
L’histoire est assez simple à comprendre. Maple Street est un quartier résidentiel bien sous tous rapports. Les gens qui habitent là se connaissent tous, et ont des codes bien particuliers, rentrant tous dans un moule stéréotypé, malgré leurs névroses cachées dans leur maison bien entretenue. Tout ce petit monde va être chamboulé par l’arrivée d’une nouvelle famille qui ne correspond pas aux critères du quartier. Il faut dire que lui est une ancienne rock star tombé en désuétude. Sa femme est une ancienne miss enceinte jusqu’au cou. Et leurs deux enfants ne sont guère fréquentables, entre une fille adolescente qui a incité les petits voisins à fumer des cigarettes, et un jeune garçon qui souffre de troubles autistiques. Bref, les Wilde vont être vu d’un mauvais œil, surtout par leur voisine Rhea Schroeder, qui est une personne manipulatrice et complètement zinzin.
Bien évidemment, le roman raconte une histoire de conflits entre voisins, qui va s’envenimer, et prendre des proportions dantesques. Histoire de rajouter un petit côté surnaturel, une doline se forme dans le quartier, et la fille de Rhea Schroeder va tomber dedans, et ne jamais être retrouvée par les secours. Elle accuse alors son voisin rockeur de l’avoir violée et d’avoir balancé le corps dans le trou. Sauf que cette doline est un véritable puits qui recrache du bitume qui recouvre petit à petit tout le quartier. Sarah Langan utilise cette métaphore pour montrer le mal qui se répand dans les rues, tout comme ce mal qui ronge Rhea, qui n’arrive pas à ressentir de l’empathie pour qui que ce soit, ayant la sensation d’avoir un monstre qui vit en elle. Et finalement, c’est là tout l’intérêt du livre, qui nous place très souvent dans la tête de cette folle.
Néanmoins, malgré quelques moments de folie pure, un background plutôt bien fichu et un final qui se veut nihiliste, on va avoir du mal à rentrer dans l’histoire, notamment parce qu’on nous ment sur la marchandise. Ce roman n’est pas de l’horreur, mais bel et bien un thriller, et l’ensemble manque d’un élément fantastique plus fort que cette doline. La métaphore manque de finesse, tout comme le message de fond qui se capte en deux secondes. En gros, il ne faut pas se fier aux apparences, il faut connaître les gens avant de les juger, et surtout, la justice n’a pas sa place dans les rues et maisons d’un quartier. Il est trop facile de manipuler les voisins, les gens, en jetant de fausses informations, en manipulant les enfants, ou encore en menaçant sournoisement. Le livre parle des jugements hâtifs, et de notre propension à suivre le plus fort.
Au final, Les Derniers Jours de Maple Street est un roman très classique qui ne brise pas les codes du genre. Vendu comme un roman d’horreur, il s’agit plutôt d’un thriller calibré qui aurait pu être bien s’il avait un peu plus exploré sa doline et son côté étrange. Sarah Langan délaisse en cours de route des éléments horrifiques qui n’auront aucun impact par la suite, et c’est dommage, car en l’état, on ne peut qu’imaginer le potentiel d’une telle histoire, avec un approfondissement autour de cette doline, et d’une potentielle créature vivant dessous.
Note : 12/20
Par AqME
