juin 7, 2026

Deadstream – Piégé par sa Bêtise

De : Joseph et Vanessa Winter

Avec Joseph Winter, Melanie Stone, Jason K. Wixom, Marty Collins

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie, Horreur

Résumé :

Un streamer en disgrâce décide d’investir une maison hantée pour retrouver le succès. Mais il éveille un esprit malveillant, et la tentative désespérée pour capter son audience va se transformer en lutte pour sa survie.

Avis :

Le found footage est bien souvent assimilé à une forme d’amateurisme maîtrisé, où l’on se sert de modestes moyens pour s’essayer à l’exercice du « cinéma-vérité ». Seulement, on est très loin des fondamentaux du mouvement Kino-Pravda, où l’objectif de la caméra se veut une vision transcendée de ladite réalité. Ici, il est davantage question de jouer sur l’instantanéité et de contourner les limites budgétaires. Avec des producteurs et cinéastes inspirés, on a même eu droit à quelques critiques sous-jacentes sur le système sociétal, le septième art et d’autres thématiques porteuses. Certaines bobines s’arrogent les atours de reportages ou d’émissions de télé-réalité. À l’image de Gonjiam – Haunted Asylum ou Spree, Deadstream s’attaque de front aux vidéastes du web.

D’emblée, le ton sarcastique malmène l’univers du streaming. Cela vaut pour l’imbécillité manifeste du protagoniste et ses élucubrations, dans un style Jackass. Ses challenges sont aussi stupides que vides de sens. Il n’en faut pas plus pour qu’il devienne un phénomène de la toile. À ce titre, il est intéressant d’évoquer les égarements du sponsoring et la vente de produits dérivés pour traire le portefeuille des internautes et fans, véritables vaches à lait. Le traitement satirique, presque parodique, reste assez maîtrisé, du moins dans un premier temps. De fil en aiguille, on nous convie à la dernière mésaventure en date de l’individu. Celui-ci se lance dans un urbex du dimanche, au cœur d’une maison délabrée, censément hantée. Une sorte de purgatoire obligé dû à ses méfaits, en vue de retrouver sa gloire d’antan.

« l’aura oppressante fait son effet »

L’on se dit que le côté délirant et échevelé est en passe de s’estomper. Ce changement d’ambiance serait judicieux pour souligner le contraste entre une situation provoquée et une réalité subie. Il est vrai que les premiers instants dans la bicoque distillent une atmosphère lugubre. Celle-ci tient autant à l’état des lieux qu’au contexte nocturne. Malgré de succinctes explications, on aurait apprécié en apprendre davantage sur l’histoire des lieux, autre que les sempiternels faits divers qui flirtent avec le paranormal. À cela, il faut aussi compter sur les idioties du personnage principal pour s’isoler un peu plus. On songe au retrait des bougies de son véhicule, à la serrure sur la porte d’entrée et, surtout, à la clef jetée dans un endroit inaccessible.

Toujours est-il que l’aura oppressante fait son effet, même si la mise en place révèle quelques longueurs narratives çà et là. Lorsque les phénomènes surviennent, on s’oriente très vite vers une approche grotesque. Les premières « confrontations » relèvent de manifestations classiques. Elles peuvent trouver une explication rationnelle et jouent sur le conditionnement du protagoniste, comme celui du spectateur. Mention spéciale à ces cris efféminés qui achèvent tout semblant de crédibilité. Puis d’autres signes prennent de l’ampleur, jusqu’à provoquer des apparitions bien tangibles. Dès lors, on alterne constamment entre la comédie et l’horreur. À certains moments, l’amalgame des genres fonctionne et renvoie même à un flagrant hommage à Evil Dead.

« Pour autant, l’histoire se montre redondante »

Pour autant, l’histoire se montre redondante. On finit par tourner en rond, ressasser des considérations par trop similaires (et simplistes) et faire de multiples allers-retours aux quatre coins de la propriété. Ce déroulement pourrait suggérer une mise en scène de la part du vidéaste. Cette théorie demeure plausible tout au long du métrage. Il est aisé de penser que ces évènements ne sont qu’une manipulation de l’image, au profit du statut pseudo-héroïque que Shawn se forge face aux forces du mal. Cela pourrait aussi expliquer de nombreux aspects farfelus ou ce sensationnalisme qui émane de séances d’exorcisme promptes à la surenchère. Les scènes gores et crasseuses sont légion. Elles révèlent surtout la crédulité des followers, sans pour autant susciter du dégoût ou de l’appréhension auprès du public réel. Dommage, car cela aurait pu provoquer un effet de mise en abîme intéressant à expérimenter.

Au final, Deadstream est un found footage coincé entre deux genres aux antipodes. Certes, la comédie horrifique reste un domaine cinématographique à part entière. Néanmoins, les mécanismes qui régissent le film des époux Winter s’alternent, au lieu de se confondre. Leur efficacité en est d’autant plus fluctuante, car on assiste à des montagnes russes qui multiplient les péripéties jusqu’à rendre la situation absurde, voire pénible. On se trouve ainsi dans un cadre glauque et inquiétant, mais en compagnie d’un protagoniste antipathique et stupide. Le ton est souvent trop forcé et l’humour pas assez impactant pour distraire, à tout le moins sur la durée. Il en ressort un sentiment mitigé, où des qualités indéniables côtoient des maladresses et des errances narratives tout aussi indiscutables.

Note : 12/20

Par Dante

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