
Avis :
Durant les années 80, la scène Thrash est en pleine expansion, et elle est trustée par des groupes qui sont aujourd’hui cultes. Metallica, Anthrax, Slayer, Megadeth, Kreator, Testament, la liste est relativement longue, surtout si on doit citer aussi les groupes un peu plus mineurs, ceux qui avaient du talent, mais qui sont restés dans l’ombre des gros mastodontes. Acid Reign fait partie de ceux-là. Fondé en 1985 à Harrogate, le groupe va sortir quelques EP et autres démos avant de faire son premier album en 1989, The Fear. Le parti pris du groupe est assez clair, son thrash aura toujours un côté fun et décalé du point de vue des thèmes et de la façon de les raconter. Cependant, la durée de vie du groupe va rapidement se réduire comme peau de chagrin, avec une séparation en 1991, un an après leur deuxième album, Obnoxious.
La surprise (du moins pour ceux qui ont connu le groupe dans les années 80) va venir en 2015, avec l’annonce d’une reformation sous l’égide du frontman, H, et d’un line-up complètement repensé. Un troisième effort studio sort alors en 2019, puis c’est encore un gros chamboulement qui va survenir dans le groupe. En effet, entre 2022 et 2025, il ne reste plus que le chanteur (et unique membre originel) et le bassiste qui a intégré la formation en 2015. C’est alors qu’un recrutement s’opère, et qu’un nouvel opus sort, Daze of the Week, qui nous préoccupe entre ces lignes. Et on pourrait croire qu’avec tout ce bordel (il n’y a pas d’autres mots), le groupe anglais allait fournir quelque chose de médiocre, ou tout du moins de pas vraiment travaillé, et pourtant, on va faire face à un excellent album, au Thrash old school particulièrement séduisant.
Tout commence avec The Who of You, et une montée progressive en agressivité. Le ton est rapidement donné avec ce morceau, on aura droit à du Thrash de la bonne école, gentiment régressif, mais toujours doté d’une énergie communicatrice. Sans être un monument du genre, le titre fait son office d’introduction, et donne furieusement envie d’écouter la suite. Daze of the Weak va poursuivre cet excellent travail, en gardant une rythmique endiablée et en jouant avec des riffs velus et puissants. Le chant est aussi parfait pour l’exercice, malgré un refrain un peu en deçà qui fait baisser le rythme. Puis No Truth va venir nous frapper très fort. Le morceau ne se perd pas en tergiversation et envoie du pâté d’entrée de jeu. C’est percutant, virulent, et pour le coup, le refrain est bien plus entêtant. Bref, c’est dans sa sobriété que le groupe trouve son éclat.

Les choses vont quand même se calmer avec Conniption King. Malgré une volonté de rester dans un Thrash nerveux, le groupe tombe un peu dans un mid-tempo qui manque d’efficacité. Rien de bien méchant, le titre fonctionne quand même, mais il demeure l’un des points faibles de l’album. Heureusement, avec Alonely, le groupe remonte grandement la pente. Le morceau est surpuissant, avec des riffs destructeurs qui donnent immédiatement envie de headbanger dans tous les sens. Après le morceau le plus faible, on a droit au meilleur morceau de l’album. Et l’enchainement avec Blind Lies est tout simplement parfait. Là aussi, le groupe envoie du très lourd en termes de mélodie et de riffs. Plus long, plus complexe dans sa construction, on fait face à un titre qui montre toute l’étendue du talent du groupe, et surtout des nouveaux musiciens qui apportent une vraie plus-value à l’ensemble.
Forcément, c’est compliqué de passer derrière ces deux morceaux, et Sorrowsworn sera un peu en deçà. Musicalement, c’est toujours aussi réussi, et d’un point de vue vitesse, ça balance du lourd, mais il manque un refrain plus marquant. Old Young Man renoue avec un Thrash old school et de nombreuses ruptures, mais là aussi, même si c’est fait de façon optimale, il lui manque un petit truc pour devenir vraiment excellent. On passe un très bon moment, mais on sent tellement de potentiel, que l’on est presque déçu. Fantastic Passion revient alors à l’essentiel, et fournit son lot de gros sons bien bourrinasses. C’est rapide, percutant, et le refrain reste immédiatement en tête. Enfin, Centre of Everything conclut l’album de manière fort sympathique, avec un travail intéressant autour de l’introduction, et une mélodie plus prégnante, mais véloce qu’à l’accoutumée, mais qui sait se faire marquante.
Au final, Daze of the Week, le dernier album d’Acid Reign, est une belle réussite dans un style qui perd parfois en intensité. Les anglais renouent avec leurs racines Thrash old school, et malgré un changement quasi intégral du line-up, la formation offre un disque entrainant, qui associe parfaitement vitesse et technique. Bref, pour un retour sur le devant de la scène, on peut dire qu’Acid Reign ne fait pas les choses à moitié.
- The Who of You
- Daze of the Weak
- No Truth
- Conniption King
- Alonely
- Blind Lies
- Sorrowsworn
- Old Young Man
- Fantastic Passion
- Centre of Everything
Note : 16/20
Par AqME
