
Avis :
Dans la grande famille du Black métal scandinave, Dimmu Borgir tient une place de choix. Fondé en 1993, le groupe, qui est aujourd’hui un duo, a su imposer un style très particulier, avec des éléments de Black qui vont épouser une orchestration symphonique. Le succès sera rapidement au rendez-vous, même si certains amateurs de musique extrême les trouveront trop tendre. C’est en 1997 que le groupe connaîtra la consécration avec Enthrone Darkness Triumphant, leur meilleur album à ce jour. Depuis, les sorties se font plus sporadiques. Le duo prend son temps pour fournir de nouveaux albums, mais ils ne font pas les choses à moitié. Cela faisait huit ans que nous n’avions plus de nouvelles, et c’est alors que survient leur onzième opus, Grand Serpent Rising, un effort studio long (1h10 d’écoute), grandiloquent, réussi, mais pas dénué de longueurs et de défauts.
Il faut dire qu’aujourd’hui, sortir un album aussi long, c’est culotté. Nous sommes dans une société de consommation où tout doit aller vite, et la tendance est à faire des albums plus courts, plus concis, pour pouvoir en écouter le plus possible en un minimum de temps. C’est pour cela que les norvégiens ont du culot, en allant à contre-courant, et en proposant un disque exigeant. Cependant, on peut aussi se poser la question d’un tel choix. Les scandinaves avaient-ils trop d’idées et n’ont pas su faire de choix ? Comme ils ne sortent plus qu’un album tous les huit ans, veulent-ils marquer les esprits avec des disques qui ne caressent pas le commerce dans le sens du poil ? On n’en sait rien, mais on ne peut que saluer le geste, même si ce dernier aurait pu être réduit d’au moins vingt minutes.
Tout commence avec une introduction grandiloquente qui évoque bien évidemment le cinéma. Tridentium annonce une couleur sombre et mélancolique qui attise immédiatement la curiosité, tout en restant dans l’univers du groupe. Puis Ascent arrive alors, et on va en prendre plein les cages à miel. On plonge immédiatement dans un Black old school classique et virevoltant qui ne fait pas dans la dentelle. Le chant crié un peu aigu côtoie un growl d’outre-tombe, puis l’orchestration va épaissir l’ensemble pour donner quelque chose de massif et puissant. Voire même impressionnant. Bref, comme entrée en matière, on prend plein la tronche, et on se dit que si tout l’album est de cet acabit, c’est très bon signe. Avec As Seen in the Unseen, le groupe revient à quelque chose de plus « doux ». Le ton est moins virulent, et on se rapproche d’un Black symphonique plus accessible, mais trop long.

Ici, on ressent déjà les prémices d’un gros défaut, celui d’étirer les morceaux pour rien. Pour autant, ce ne sera pas le cas de The Qryptfarer, et son ambiance délétère, mais on restera un peu sur le bas-côté de ce titre, qui demeure trop classique pour vraiment marquer. On prendra plus de plaisir avec le côté « folk » de Ulvgjeld & Blodsodel, un titre qui arrive à mélanger plusieurs genres avec parcimonie et à devenir de plus en plus riche à chaque écoute. Puis Repository of Divine Transmutation va continuer dans l’excellence malgré sa longueur. L’intro à la guitare sèche est un poil trop longue, même si elle permet de donner plus d’épaisseur au riff qui déboule par la suite. Mais on reste sur l’un des meilleurs morceaux de l’album. Slik Minnes en Alkymist va néanmoins se faire moins percutant en voulant être plus accessible.
Phantom of the Nemesis est un très bon morceau, même s’il aurait été plus judicieux de le couper un peu. En l’état, c’est bien, mais on sent que ça tire un peu sur la corde. Tout comme avec The Exonerated, qui débute de façon très virulente et percutante, mais qui en oublie aussi l’efficacité de par sa longueur. Alors oui, c’est toujours grandiloquent, avec de bons effets symphoniques, mais est-ce bien nécessaire ? Puis Recognizant va avoir un léger goût de répétition. Si le titre est plaisant, on sent qu’il ne réinvente pas la sauce, et reste dans un Black symphonique agréable, mais pas indispensable. Heureusement, At the Precipice of Convergence se fait plus classieux et tortueux, notamment au niveau des guitares. Mais encore une fois, c’est longuet, et on sent qu’on commence à lâcher. Le pinacle arrive avec Shadows of a Thousand Perceptions qui tire vraiment sur la corde.
Au final, Grand Serpent Rising, le dernier album de Dimmu Borgir, est un très bon album, il n’y a aucun doute là-dessus. Techniquement, c’est excellent, la production est maousse, et on entend une réelle envie de faire un Black symphonique grandiloquent de qualité. Le problème, c’est qu’à force d’en rajouter, l’album devient presque indigeste, et sa longueur empêche vraiment de se focaliser sur certains titres en particulier. En gros, un album plus resserré aurait été plus judicieux, avec au moins, vingt minutes en moins…
- Tridentium
- Ascent
- As Seen in the Unseen
- The Qryptfarer
- Ulvgjeld & Blodsodel
- Repository of Divine Transmutation
- Slik Minnes en Alkymist
- Phantom of the Nemesis
- The Exonerated
- Recognizant
- At the Precipice of Convergence
- Shadows of a Thousand Perceptions
- Gjoll
Note : 15/20
Par AqME
