mai 12, 2026

Requiem – Three Tales of Horror – Expressionnisme Désuet

De : Chris Bucher et Severin Gmünder

Avec Chris Bucher, Severin Gmünder, Meryl Marty

Année : 2024

Pays : Suisse

Genre : Horreur

Résumé :

Les suites d’une collision entre véhicules, un couple tourmenté par une présence fantomatique lors d’une tempête de pluie et le sauvetage troublant de deux moines par un personnage énigmatique après s’être égarés dans les montagnes.

Avis :

Qu’il s’agisse de films ou de séries, le principe de l’anthologie demeure idéal pour mettre en avant de courtes histoires. Celles-ci pâtissent bien souvent d’une visibilité réduite et ne nécessitent pas un traitement avancé pour étayer leur propos. Certaines productions donnent lieu à un tournage pour un projet commun. Ce qui permet d’élaborer un ensemble de récits cohérents autour d’une ou de plusieurs thématiques. D’autres ne prennent pas la peine d’imposer un fil directeur, rendant l’approche décousue, parfois anarchique. Une autre catégorie de films anthologiques tient à la compilation de courts-métrages déjà réalisés, comme c’est le cas avec Requiem – Three Tales of Horror.

Cette modeste entreprise d’origine suisse présente un postulat de départ aussi original qu’audacieux. Chaque histoire fait l’économie de dialogues. S’il y a bien une ambiance sonore avec une musique dramatique ou oppressante à l’appui, tout passe par le visuel. Un tel procédé n’est pas sans rappeler la période expressionniste. Or, cette dernière avançait un traitement similaire à cause des contraintes techniques de l’époque. Ici, on choisit une direction artistique peu commune pour se démarquer du tout-venant cinématographique. En cela, cette anthologie se montre intrigante, ne serait-ce que par l’approche pour narrer sans la parole.

« cette anthologie se montre intrigante »

La première incursion, Still There, reste la plus pertinente dans cet exercice. Elle évoque le quotidien trouble d’un couple, à la suite d’un accident de voiture. La jeune femme est paraplégique, tandis que son époux se mine par les responsabilités. L’absence de paroles renvoie alors à l’impuissance, au handicap, aux traumas du passé. Ce court-métrage relève davantage du drame, même si la conclusion possède une dimension horrifique. En l’espace d’une dizaine de minutes, le climat se veut oppressant et concourt à déstabiliser le spectateur. Certes, la teneur du récit ne présente pas une grande originalité, mais elle s’avère assez efficace dans son traitement.

Quant à la seconde partie, Angela, on est plus circonspect dans la pérennité du concept initial. On suit également deux personnages prisonniers de leur routine. On reste constamment cloîtré dans leur habitation. Sur la même durée que la précédente itération, le propos est un peu plus confus en matière de narration. La manifestation de phénomènes paranormaux s’ancre dans un trip digne de la J-Horror. Les flashbacks renvoient à quelques considérations sordides, dont l’issue demeure prévisible. Ici, le mutisme peut se justifier par la lâcheté, le refus de se confronter à la réalité et, surtout, de taire un crime. Le résultat se veut poussif et moins convaincant.

« Requiem – Three Tales of Horror présente les atours d’une œuvre conceptuelle »

Ces craintes se confirment avec Yaga. Troisième et plus longue incursion de la compilation, l’intrigue s’inscrit dans un contexte historique indéterminé. Deux moines sont recueillis par une jeune femme, au cœur d’une montagne. Là encore, l’entame se montre curieuse. Pour autant, l’absence de dialogues ne bénéficie plus de prétextes, eu égard à des échanges houleux dont la teneur nous échappe peu ou prou. On a beau deviner des banalités quant à une rivalité amoureuse, l’ensemble se veut pénible pour instiller une atmosphère angoissante. Dans les intentions, le traitement et l’ambiance ne sont pas sans rappeler The Witch de Robert Eggers. Le rendu reste néanmoins très en deçà de son référent.

Au final, Requiem – Three Tales of Horror présente les atours d’une œuvre conceptuelle. Sans être élitiste ou exigeante pour l’aborder, elle possède une idée de base originale, renouant avec une forme d’expressionnisme désuet. Cependant, son exploitation en dents de scie atténue un a priori correct. La qualité inégale des histoires malmène aussi les efforts consentis sur les ambiances visuelles et sonores. À noter que les mêmes acteurs surviennent entre chaque pan. On aurait pu escompter une sorte de liens ténus ou une malédiction perpétuelle entre différentes lignes temporelles, mais ce principe n’est jamais évoqué. Il en ressort une compilation anthologique dotée d’un potentiel évident, mais maladroit dans sa pratique.

Note : 09/20

Par Dante

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