mai 10, 2026

La Corde au Cou – Le Retour de Gus Van Sant

Titre Original : Dead Man’s Wire

De : Gus Van Sant

Avec Bill Skarsgard, Dacre Montgomery, Cary Elwes, Colman Domingo

Année : 2026

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Ceci est l’histoire vraie de Tony Kiritsis, un homme ruiné à cause d’un emprunt. A Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame 5 millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire. Chacun choisit son camp. Tony est-il un criminel, ou simplement une victime qui réclame justice ?

Avis :

Après pas mal d’années passées à réaliser pour le petit écran, Gus Van Sant a voulu réaliser “La corde au cou” avec l’envie de revenir à un cinéma plus simple et plus direct, centré sur les personnages et leurs relations. Après plusieurs projets plus expérimentaux ou inégaux, le réalisateur cherchait un récit plus accessible, mais toujours ancré dans ses thèmes de prédilection : la solitude, les marges et les trajectoires humaines fragiles.

Huit ans après son dernier film, Gus Van Sant est donc de retour dans nos salles de cinéma avec un film tiré d’un fait réel. Une prise d’otage totalement improbable à Indianapolis, dans les années 70. C’est dans une reconstitution impeccable que Gus Van Sant pose sa caméra pour un film, son dix-neuvième, à l’histoire pour le moins étonnante.  Si “La corde au cou”, c’est l’histoire d’une prise d’otage qui s’est étalée sur plusieurs jours, la dimension et surtout le dénouement qu’elle va prendre risquent d’en surprendre plus d’un. Et derrière ça, on retrouve tout l’ADN du cinéma de Gus Van Sant, avec un personnage aussi touchant qu’intéressant dans son geste et dans sa colère.

« Gus Van Sant ne cherche pas à épater, il cherche à raconter »

Tony Kiritsis est un homme en colère, qui a bien l’intention de se venger et de réclamer justice. Au départ, son plan était de kidnapper l’homme qui l’a ruiné, mais le destin a voulu que ce soit le fils de cet homme. Tony va alors lui attacher une “corde” autour du cou, reliée à un fusil braqué sur sa tête. S’il essaie de s’échapper, le coup part. Et si Tony n’obtient pas ce qu’il veut, la sentence sera irrévocable.

Enfin Gus Van Sant est de retour et, à 73 ans, il n’a rien perdu de sa superbe.  Ce qui est très intéressant avec “La corde au cou”, c’est qu’on est face à un film qui ne cherche jamais à en faire trop. La mise en scène est simple, très classique même, mais elle est surtout très solide. Gus Van Sant ne cherche pas à épater, il cherche à raconter, et il le fait très bien. Le film dure une heure quarante-cinq et, franchement, on ne les voit pas passer. Il y a un vrai rythme, une vraie tension qui s’installe progressivement. On est pris dans cette histoire dès le début et surtout, on a envie de savoir comment tout ça va se terminer.

Et pour nous, spectateurs européens, il y a un vrai plus : cette histoire, on ne la connaît pas. Du coup, il y a une vraie découverte. On avance avec le film sans savoir où il va nous emmener, et ça renforce clairement l’intérêt et le suspens. Parce que oui, il y a un suspense qui tient jusqu’au bout. Pas un suspense artificiel, non. Un suspense qui repose sur la situation, sur les dialogues, sur cette tension permanente entre les personnages. On sent à chaque instant que tout peut basculer. Et ça, ça amène pas mal de craintes et de tensions.

« “La corde au cou” est surtout intéressant dans son sujet »

Et puis il y a ce dénouement… Comme je le disais plus haut, il est assez étonnant, notamment dans la manière dont les choses sont traitées du côté des institutions. Entre l’époque et aujourd’hui, il y a un monde, et ça, le film le montre très bien, sans jamais appuyer.

Mais au-delà de son intrigue, “La corde au cou” est surtout intéressant dans son sujet. Un homme qui se dresse contre un système. Un homme qui estime avoir été broyé, ignoré, abandonné. Et ça, c’est un thème que Gus Van Sant connaît parfaitement. Il l’a déjà exploré dans plusieurs de ses films et ici, il est en terrain connu. Ce qui est fort, c’est qu’il ne cherche jamais à juger son personnage. Il le filme, il l’observe, il le laisse exister. Et c’est au spectateur de se faire son propre avis. Et forcément, il y a quelque chose de très actuel dans cette histoire. Parce que cette colère, elle existe toujours. Parce que les inégalités, elles sont toujours là. Parce que ce sentiment d’injustice, il parle encore aujourd’hui.

Du côté des acteurs, c’est du très lourd. Il y a un casting en or, Colman Domingo, Al Pacino, Cary Elwes, mais il faut bien avouer que ce sont surtout Bill Skarsgård et Dacre Montgomery qui prennent toute la place. Les deux acteurs sont excellents. Bill Skarsgård incarne un personnage complexe, à la fois inquiétant et touchant. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec lui, et c’est justement ce qui rend le film aussi prenant. En face, Dacre Montgomery est tout aussi bon. Il ne se contente pas d’être une simple victime, il existe vraiment dans le film, et la relation qui se crée entre les deux personnages est aussi tendue que touchante. Et c’est là que le film est fort : dans cette relation, dans ce face-à-face, dans cette tension qui ne retombe jamais vraiment.

Au bout du compte, “La corde au cou” est un très bon film. Simple, efficace, prenant, il fait exactement ce qu’on attend de lui, sans jamais tomber dans la facilité. Et surtout, ce retour de Gus Van Sant est vraiment plaisant. On sent un réalisateur qui revient à quelque chose de plus direct, de plus sincère, et ça fait du bien.  Et au-delà de ça, ça donne envie de se replonger dans sa filmographie, de revoir ses anciens films… en attendant le prochain.

Note : 16/20

Par Cinéted

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