mars 26, 2026

Love on Trial – L’Amour ou la J-Pop

Titre Original : Renai Saiban

De : Kôji Fukada

Avec Kyoko Saito, Yuki Kura, Kenjiro Tsuda, Erika Karata

Année : 2026

Pays : Japon

Genre : Drame

Résumé :

Jeune idole de la pop en pleine ascension, Mai commet l’irréparable : tomber amoureuse, malgré l’interdiction formelle inscrite dans son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, Mai est traînée par sa propre agence devant la justice. Confrontés à une machine implacable, les deux amants décident de se battre pour défendre leur droit le plus universel : celui d’aimer.

Avis :

J’adore le cinéma japonais. Il y a quelque chose dans ce cinéma qui me touche, surtout à ces cinéastes qui viennent d’un cinéma qu’on pourrait qualifier de plus confidentiel. Dans cette nouvelle génération, au sein de laquelle on peut y mettre des cinéastes comme Kore-eda Hirokasu, Naomi Kawase, ou encore Ryūsuke Hamaguchi, il y a quelque chose qui se dégage d’eux. Puis au-delà de ça, la sortie de chacun d’un de leur film résonne pour moi comme un événement, et à cette liste, je rajoute sans l’ombre d’un doute Kôji Fukada, réalisateur des excellents « Hospitalité« , une sorte de « Parasite » avant l’heure, ou encore « L’infirmière« .

On n’avait plus de nouvelles de Kôji Fukada depuis 2023 et son joli « Love Life« . Profitant d’une très belle avant-première, qui présente le film près de sept mois avant sa sortie, je suis donc allé voir « Love On Trial« , le nouveau film du cinéaste japonais, qui cette fois-ci, s’intéresse au monde des idoles japonaises. Les idoles, un phénomène culturel japonais, où de jeunes femmes forment des groupes de musique pop, et elles incarnent une certaine forme de pureté. Très politique, féministe, intéressant et passionnant, « Love On Trial » se pose à ce jour comme le meilleur film de son réalisateur. Un film assez bluffant, réfléchi, intelligent et engagé, qui dénonce l’hypocrisie de ce monde-là, et même son inhumanité.

« le réalisateur aborde l’image de la femme qui est totalement contrôlée par des hommes « 

Mai fait partie d’un groupe d’idoles qui pourrait bien devenir célèbre. Dans leur contrat du groupe, il est stipulé qu’il est interdit aux jeunes femmes d’avoir un petit ami, ou même d’avoir des rapports sexuels, avec le sexe opposé. Si la jeune femme accepte sans souci cette condition, une rencontre avec un jeune homme, et un événement imprévu, va tout faire basculer…

Oh le joli coup de cœur que voilà. « Love On Trial« , c’est le dixième film de Kôji Fukada, et c’est une histoire très différente de ce que le réalisateur nous a proposé jusqu’à maintenant. « Love On Trial« , c’est un film qui explore le monde des idoles, girls bands qui sont un véritable phénomène au Japon. Écrit par Kôji Fukada et Shintaro Mitani, scénariste qui avait déjà travaillé avec le metteur en scène sur son diptyque, « Fuis moi, je te suis » et « Suis moi, je te fuis« , « Love On Trial » est un film qui se divise en deux grandes parties. Deux parties très différentes l’une de l’autre, et qui sont toutes les deux passionnantes.

Dans un premier temps, Kôji Fukada nous présente son groupe pop, les Happy Fanfare. Le groupe est composé de cinq filles qui savent ce qu’elles veulent. Cinq filles qui viennent d’enchaîner une tournée de quatre ans. Dans cette première partie, le réalisateur nous présente aussi ce monde, ses codes, ses fans, l’image impeccable que le groupe doit renvoyer et au-delà de ça, il y a les règles que chacune des membres doit suivre à la lettre, sous couvert de licenciement pur et simple. Derrière l’image parfaite du groupe, derrière l’image kawaii du groupe, le réalisateur aborde l’image de la femme qui est totalement contrôlée par des hommes qui ne voient en elles que l’argent qu’ils peuvent amasser.

« Kôji Fukada qui sait exactement quoi raconter et comment le raconter »

Ici, il n’est nulle question d’artistique, non, il est question de plaire, de renvoyer une image, presque un fantasme et avec celui-ci bien attisé, il y a toute une industrie qui vit. Toujours au sein de cette première partie, Kôji Fukada nous parle de la vie intime de ces jeunes femmes, qui se cachent pour avoir une histoire, ou ne serait-ce qu’être en présence d’un homme. « Love On Trial » s’arrête plus en profondeur sur le personnage de Mai, et cette rencontre totalement imprévisible avec un garçon, artiste de rue, qui est très loin de ce milieu. Les sentiments naissent, c’est beau, tout en retenue à cause d’un contrat, c’est tendre et plus loin encore, Kôji Fukada injecte beaucoup de magie dans cette histoire. Cette rencontre, c’est une parenthèse enchantée, malgré toute la retenue qu’elle demande.

Puis arrive un élément déclencheur. Un élément, ou plutôt un événement imprévisible, qui remet tout en question pour le personnage de Mai, qui décide alors de tout envoyer paître. L’espace de quelques scènes, le film est d’un romantisme absolu (la scène dans le van au feu rouge a fait chavirer mon cœur, tout comme le premier tour de magie.).

Enfin, la deuxième partie. Une partie plus sombre et plus injuste. « Love On Trial » devient un film de procès. Alors qu’il aurait été facile de s’arrêter sur le scandale de cette histoire d’amour et l’horreur que les personnages vont vivre, le réalisateur choisit d’avancer dans le temps et d’aller observer jusqu’où ce système peut aller. Une trajectoire pourrie, injuste et qui va se transformer en un parcours initiatique pour le personnage qui va alors s’affranchir, sans même qu’elle s’en rende compte. Ce trajet est passionnant, et particulièrement bien mis en scène par Kôji Fukada qui sait exactement quoi raconter et comment le raconter.

« Un film sombre et lumineux en même temps »

L’addition de ces deux parties très distinctes donne un film tout en reliefs. Un film sombre et lumineux en même temps. Un film qui explore ces sujets, qui pointe du doigt, et qui laisse aussi son spectateur juge de ces conditions. Certes, le réalisateur dénonce, mais il n’appuie pas son propos. Non, il le fait, comme s’il est un témoin de ces événements. Il nous les raconte, avec un ressenti, certes, mais il n’est pas dans le jugement. Il présente les faits. Il fait avancer ces personnages, et ça, même quand eux même ne savent pas vraiment ce qu’ils font. Bref, c’est vraiment très bien pensé.

Pour nous faire vivre cette histoire, Kôji Fukada s’est très bien entouré. On découvre avec plaisir Saito Kyoko qui incarne Mai, cette jeune femme au parcours vraiment pas comme les autres. Un parcours fait d’illusions et son contraire, d’amour et d’espoir, mais aussi de difficultés et d’injustices. On mentionnera aussi Yuki Kura, très bien dans la peau de ce garçon qui fait chavirer le cœur de l’idole. Puis, il y a aussi les autres membres de Happy Fanfare, qui sont toutes des idoles au Japon, et qui ont pris le risque de jouer dans un film qui dénonce les conditions de leur métier.

Ce nouveau film pour Kôji Fukada se pose donc comme un excellent cru, peut-être même le meilleur de son réalisateur, qui avait déjà fait fort avec « Hospitalité« . Le réalisateur nous invite (surtout nous, occidentaux) dans un monde qu’on ne connaît pas vraiment, et derrière son histoire d’amour interdit, il livre avant tout un film politique, engagé, féministe et parle de la condition de la femme au sein d’une industrie et d’une société patriarcale. Passionnant d’un bout à l’autre, magnifiquement réalisé, profond, « Love On Trial » est une merveille et s’annonce d’ores et déjà comme l’un des meilleurs d’une année…

Note : 20/20

Par Cinéted

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