avril 14, 2026

Salos – A Slaughter for the Empire

Avis :

Un chanteur est-il obligatoire dans un groupe de Métal ? C’est la question que l’on peut se poser après l’écoute du premier album de Salos, duo grec qui aime se cacher derrière des masques d’onis, ces démons japonais plus ou moins illustrés sur la sublime pochette. Formé en 2016, il aura fallu pas moins de dix ans au groupe pour sortir ce premier effort studio, qui évolue en eaux troubles, entre Métal et Post-Métal, voire Post-Rock. Car oui, A Slaughter for the Empire est un album qui a longuement maturé, et qui fait montre d’une démonstration de force assez impressionnante. Si le fait que ce soit instrumental évoque bien d’autres groupes comme God is an Astronaut, l’univers exploré est totalement différent, et surtout, il nous fait voyager entre différentes textures qui sont vraiment étonnantes. Surtout qu’il s’agit, on le rappelle d’un premier album.

Ce qui est assez intéressant, c’est que le groupe ne pêche pas par générosité. Il évite de faire un effort à rallonge avec de nombreux titres pour justifier une certaine maîtrise technique. Ici, on fait face à sept titres, mais avec une introduction et une conclusion. Certes, ils peuvent agir comme des morceaux à part entière, mais ils n’ont pas la densité des cinq autres titres, que ce soit dans les compositions ou dans l’épaisseur des sonorités. Hvitserkur est réellement un morceau qui est fait pour nous plonger dans l’univers du duo. La guitare est assez redondante, jouant sur une rythmique qui revient sans cesse, puis une deuxième gratte vient se greffer à la première, jouant alors une autre texture, plus aérée, qui va permettre d’épaissir la mélodie. C’est doux, c’est frais, mais on sent une certaine gravité derrière, comme une menace qui sourde.

Les choses sérieuses commencent alors avec Leviathan. Ici, on est clairement sur du Post-Métal qui pourrait facilement se retrouver sur un disque de Metalcore moderne. Les riffs sont incisifs et puissants, la rythmique est rapide, mais on a toujours quelque chose de plus aérien en arrière-plan. Il y a une vraie richesse dans la composition, et en quatre minutes, on est transporté dans un univers puissant et enivrant. Et surtout, l’absence de chant n’est pas gênante du tout. On s’imagine très bien comment cela pourrait être avec un type (ou une nana) derrière le micro, et cela est suffisant pour se faire son propre film. Arches va partir vers un autre délire plus complexe, qui pioche dans plusieurs éléments, dont celui du Post-Black. Le morceau est beau, il monte crescendo, et on aura même droit à un petit saxophone sur la fin, avec l’aide du jazzman Yiannis Kassetas.

En débutant Slaughter, là encore, on file vers un autre style, plus moderne, et plus direct. Les riffs sont beaucoup plus agressifs, la vitesse d’exécution est affolante, et les ajouts un peu orchestraux ajoutent une vraie touche épique à l’ensemble. Ici, on quitte clairement les affres du Post-Métal pour aller vers quelque chose de plus grandiloquent et de plus vif. La rythmique étant plus rapide, on décèle des éléments qui ne rougiraient pas dans un Death symphonique à la Septicflesh, pour rester en Grèce. Quant à Sagittarus, on est plus dans du progressif pure souche. Le morceau met du temps à démarrer, il est long, plus calme que son prédécesseur, mais il nous touche tout autant. Les grecs fournissent un travail méticuleux pour jouer avec les textures et les nappes d’écoute, tout en gardant un côté accessible et virulent. Difficile de ne pas penser à Leprous avec ce titre.

Puis arrive alors la pièce maîtresse de l’album, We Deteriorate. Long de plus de huit minutes, le morceau va être une synthèse de tous les autres titres. Le début est très éthéré, assez posé, comme du Rock Prog, puis assez rapidement, on part vers des éléments qui font plus Djent, nous délivrant un gros parpaing dans la tronche. La maîtrise technique est zinzin, et il même difficile de croire que les types ne sont que deux. Bien évidemment, après un déluge de riffs impitoyables, les grecs proposent un break planant qui vient renouer avec leur penchant post-Rock, voire post-Métal. Bref, ce morceau est sans aucun doute possible le meilleur de l’album, et c’est un plaisir à chaque écoute. Enfin, Nathaivel clôture l’ensemble autour d’un mélange protéiforme vaporeux qui donne une forte envie d’y retourner. Une fin soignée, qui démontre le talent d’écriture du duo.

Au final, A Slaughter for the Empire, le premier album de Salos, est une maîtrise impressionnante qui force le respect. Jouant dans un registre qui n’est pas le plus mis en avant, notamment à cause de l’absence d’un chanteur, le duo grec fournit pourtant un effort studio remarquable, passant par tout un tas de sous-genres extrêmes, mais réussissant à se faire accessible et prenant. Bref, comme entrée en matière, c’est une réussite quasi-totale, et le groupe mérite d’être plus sur le devant de la scène.

  • Hvitserhur
  • Leviathan
  • Arches
  • Slaughter
  • Sagittarus
  • We Deteriorate
  • Nathaivel

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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