juin 7, 2026

Spell – Vaudou Misery

De : Mark Tonderai

Avec Omari Hardwick, Loretta Devine, Lorraine Burroughs, Hannah Gonera

Année : 2020

Pays : Etats-Unis, Afrique du Sud

Genre : Horreur

Résumé :

Un homme se rend dans la région rurale des Appalaches avec sa famille pour un enterrement. Après que son avion se soit écrasé, il se réveille seul et sans repères. Il finit par être découvert par un couple de personnes âgées, son soulagement va être de courte durée…

Avis :

Si l’on excepte les sorties au cinéma, il est de plus en plus rare de trouver des exclusivités horrifiques sur les plateformes de streaming. Sinon, il faut se rabattre sur des DTV de basse qualité à la Asylum, que l’on retrouve sur Prime, ou alors il faut attendre la période de Halloween pour avoir quelques surprises. Alors quand on voit débouler une nouveauté, même si elle a quelques années de retard, on se jette dessus, dans l’espoir d’avoir notre content d’adrénaline et de petites frousses. Sorti en 2020 et réalisé par Mark Tonderai (Hush – En Route Vers l’Enfer et La Maison au Bout de la Rue), Spell semblait tenir quelques belles promesses, un mélange incongru entre Get Out et Misery. Cependant, malgré un dernier tiers plutôt intéressant, et quelques éléments bien trouvés, le film peine à convaincre, la faute à une introduction calamiteuse, et un personnage central détestable.

L’histoire débute avec la présentation d’un homme d’affaires qui fait des blagues à sa femme. Les premières choses qu’il énonce, c’est le prix de sa maison, et de certains objets présents dans cette maison, comme s’il était important de prouver sa richesse extérieure. Après quelques rencontres futiles, le scénario nous dépeint un personnage détestable, imbu de sa personne, et pour qui la famille est importante, mais qu’il délaisse un peu au profit de son travail. L’entame n’est guère réjouissante, avec une mise en scène plate, des décors anecdotiques, et surtout, un personnage central qui n’est guère intéressant, voire antipathique. Les choses se creusent un peu plus lorsqu’il apprend le décès de son père. On aura droit à des flashbacks qui se veulent implicites, mais qui sont très explicites, autour d’un père autoritaire et violent, forgeant le fort caractère du personnage aujourd’hui.

« on ne peut pas dire que Mark Tonderai n’a pas fait son travail »

Les choses sont très simples, et rien ne viendra nous secouer d’une zone de confort très formelle. La première surprise viendra du moyen de locomotion pour se rendre dans les Appalaches, afin d’aller aux funérailles. Certainement pour ne pas faire comme tout le monde, notre famille va prendre un avion de tourisme. Cela n’a pas grand but, sinon de montrer les grandes étendues américaines, et qu’il existe visiblement des stations-services pour avion dans ce coin-là des Etats-Unis. Les rencontres sont étranges, on sent que le réalisateur veut montrer une civilisation à la limite entre la technologie et les croyances d’autrefois, et la tension peut monter d’un cran. Rien de bien neuf cependant, puisqu’on retrouve des confrontations inutiles et des mises en garde habituelles. Les choses dérapent lorsque l’avion se crashe suite à un orage et que l’homme se réveille dans une maison.

C’est à partir de là que le film prend des airs de Misery. Une vieille femme vient au chevet de notre « héros » et le soigne tout en le punissant. Elle est accompagnée de son mari, et d’un homme gigantesque qui l’écoute au doigt et à l’œil. Forcément, le film prend un tournant horrifique et mystique, avec une bonne femme un peu zinzin, qui va utiliser toutes ses compétences en vaudou pour utiliser ce pauvre homme, qui ne souhaite qu’une chose, retrouver sa famille. L’ambiance devient alors plus glauque, plus sombre, tout en gardant un côté presque chaud, via une lumière travaillée autour de l’ocre. On ressent alors la chaleur du lieu, et comme un sentiment d’étouffement. Certes, ce n’est pas nouveau, et ce qui se passe est terriblement classique, mais on ne peut pas dire que Mark Tonderai n’a pas fait son travail.

« un sujet qui n’a pas la profondeur d’un Jordan Peele. »

De plus, il y a une vraie tension qui monte, avec un personnage central qui va tout faire pour s’extraire de sa condition de prisonnier. Son amour pour sa famille fait qu’il lutte jusqu’au bout, quitte à sérieusement se blesser, pour sortir de cette maison, et découvrir ce lui ait arrivé. En jouant à ce jeu du chat et de la souris, on va découvrir un couple cinglé qui baigne dans la magie noire et le vaudou, et semble avoir ensorcelé tout le voisinage. La séquence dans la grange est intéressante, car elle permet d’approfondir l’isolement du héros, qui ne peut alors compter que sur lui-même pour s’en sortir. Il est juste dommage que les péripéties soient si téléphonées, et que le film reste un peu bloqué sur une imagerie trop sage. Ou encore sur un sujet qui n’a pas la profondeur d’un Jordan Peele.

Parce que le film n’est jamais vraiment angoissant ou gore. On a bien une session avec un énorme clou dans le pied qui fait frémir, mais pour le reste, on est dans du tout-venant très gentil. Même la confrontation finale, où l’on nous montre qu’il faut combattre le mal par le mal, demeure trop sage. Et puis il n’y a guère de moments sulfureux. Certes, on a un passage qui fait dans le cannibalisme, mais encore une fois, c’est expédié manu militari, et c’est vraiment présent de façon quasi gratuite. Et il manque un fond au long-métrage. Très clairement, Spell manque d’un petit truc en plus pour vraiment marquer, car il n’évoque jamais le racisme, la différence, ou encore la lutte des classes. Et c’est dommage car cela aurait donné une plus-value véritable au film.

Au final, Spell est un petit film sympathique, mais qui ne marque pas durablement. Le sujet autour du vaudou aurait pu être mieux exploité, notamment avec des personnages plus profonds. Ici, Mark Tonderai se repose un peu sur ses lauriers, et propose un film qui soigne sa réalisation, mais qui oublie le fond, alors qu’il y avait matière à faire. Bref, dispo chez nous depuis 2021, mais ouvert sur Netflix depuis peu, ce petit film d’horreur se veut agréable, mais il est loin d’être un indispensable.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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