
Titre Original : Bride of the Monster
De : Ed Wood
Avec Bela Lugosi, Tor Johnson, Tony McCoy, Loretta King
Année : 1955
Pays : Etats-Unis
Genre : Horreur
Résumé :
Dans son laboratoire isolé dans les marais, le docteur Vornoff mène des expériences sur une race de surhommes atomiques.
Avis :
Réalisateur maudit, la vie de Ed Wood fut compliquée dès sa plus tendre enfance. Sa mère désirait une fille, mais elle a eu un garçon, qu’elle a alors grimé en fille dès sa plus tendre enfance. Si le jeune homme s’intéresse très vite au cinéma, l’attaque de Pearl Harbor le mène à s’engager dans l’armée, où il va être décoré de plusieurs médailles. De retour aux States, il file à Hollywood pour faire quelques pièces de théâtre, qui seront des flops, et un court-métrage. C’est en 1951 qu’il propose alors son premier film, Glen ou Glenda, une comédie absurde qui parle de lui-même autour du travestissement et prémices de du sujet autour de la transsexualité. Après plusieurs courts-métrages et autres errances télévisuelles, il filme Jail Bait, un policier dans lequel un bandit menace le fils d’un chirurgien esthétique afin de changer de visage.

Le succès est tout relatif, mais ce sera un peu un adage quand on évoque Ed Wood. Le cinéaste maudit ne connaîtra une certaine reconnaissance qu’après sa mort, la faute à une filmographie peuplée de nanars et à une grammaire cinématographique naïve. Il connait néanmoins un succès minime avec La Fiancée du Monstre, sorti en 1956, seul film qui lui rapporta un peu d’argent. Deuxième collaboration avec l’acteur hongrois Bela Lugosi, ce long-métrage d’horreur provient surtout de l’arrivée massive de certaines images d’archive animalières, lui permettant alors de tisser une intrigue qui n’a ni queue ni tête, mais qui s’inspire de nombreux films d’horreur cultes, comme ceux de la Hammer par exemple. Mais comme pour beaucoup de film d’Ed Wood, plus ou moins réhabilités avec le temps, ce film possède un petit côté attachant.
« Il y a un vrai amateurisme qui découle de tout le casting »
Tout commence avec un orage et deux types qui veulent se mettre à l’abri. Le jeu d’acteur est déjà catastrophique, mais ce n’est pas bien grave. Ils trouvent alors une maison, mais l’hôte de ces lieux leur refuse l’entrée. Pire, il va lâcher une pieuvre géante qui va venir les bouffer. Après cette introduction qui présente un Bela Lugosi en roue libre, ainsi que des images d’archive qui n’ont rien à faire dans un marais (une pieuvre qui nage), on a droit à l’intervention de plusieurs personnages qui enquêtent sur des disparitions étranges. Deux policiers discutent alors, puis arrive la femme journaliste de l’un des deux, qui véhicule la rumeur d’un monstre dans les marais. Les choses prennent un nouveau tournant quand un chercheur d’origine slave demande à visiter les marais pour découvrir ce fameux monstre.
Ed Wood démontre avec un non-sens du cinéma que les dialogues sont importants pour construire des personnages et approfondir le scénario. Sauf que là, on part dans du grand n’importe quoi. Les personnages sont comme figés dans leur discussion, et les répliques ne sont pas fluides. Il y a un vrai amateurisme qui découle de tout le casting, même chez Bela Lugosi qui va s’empresser de faire les gros yeux et des mimiques outrancières qui ne fonctionnent jamais. Mais le pire dans tout ça réside surtout dans le scénario qui part dans tous les sens. On apprend alors que ce professeur perdu dans les marais souhaite créer une armée de super-soldats en leur donnant des super-pouvoirs. On y retrouve des résidus de Frankenstein, mais sans le complexe de Dieu, plutôt d’un vieux revanchard soviétique qui n’a que faire de l’espèce humaine.
« un type qui bouffe à tous les râteliers dans l’espoir de se faire voir »
On pourrait croire qu’Ed Wood est hanté par la Seconde Guerre mondiale, en mettant en scène un professeur qui pourrait provenir de l’armée nazie, mais il n’en est rien. Il n’y a pas vraiment de message, simplement un type qui bouffe à tous les râteliers dans l’espoir de se faire voir. Bela Lugosi fait ses gros yeux comme dans Dracula. La présence de la pieuvre peut évoquer L’Etrange Créature du Lac Noir. Le domestique zombie évoque le bossu. Bref, on voit rapidement les influences du réalisateur, mais il n’arrive jamais à les mettre à sa sauce, ou au service de son intrigue. Car même si le film date de 1955, certains effets sont tout simplement catastrophiques. On pense à cette pieuvre en plastique qui ne bouge pas, et sur laquelle les acteurs gesticulent en hurlant. Ou encore des maquillages rudimentaires qui ne servent à rien.
Et puis il faut aussi dire que le film est couvert de remplissages. Afin d’exploiter au mieux les images d’archive qu’il a récupérées, Ed Wood ajoute des séquences qui ne servent à rien. Comme le retour de la pieuvre à son bercail, ou encore l’attaque saugrenue d’un crocodile, avec un pauvre type qui tire à l’arme à feu alors qu’il est tombé dans un trou. Tout fleure bon l’ajout en plus pour étirer le film, alors même qu’il ne dure qu’un peu plus d’une heure. Et on ne parle même pas de la fin, qui frôle le n’importe quoi, et qui est précipitée, comme s’il fallait que le film rentre dans un carcan horaire précis.

Au final, La Fiancée du Monstre est un film qui est intrinsèquement mauvais. Le scénario n’a pas de liant, le méchant est complètement à la masse, notamment dans ses intentions, les acteurs font n’importe quoi et surtout, la mise en scène montre un non maîtrise totale de la grammaire cinématographique. Néanmoins, on ressent un peu d’empathie pour Ed Wood qui montre un amour inconsidéré pour le cinéma de genre. S’il n’arrive pas à digérer ses influences, il fait étalage de son appétit goulu pour les films d’horreur, et c’est presque dommage qu’il ne fût pas aussi doué pour la mise en scène…
Note : 08/20
Par AqME
