
Auteur : Ted Naifeh
Editeur : Les Humanoïdes Associés
Genre : Aventure
Résumé :
Polly Ann Pringle est une jeune fille bien comme il faut, une élève modèle que même sa meilleure amie Anastasia n’arrive pas à dévergonder. Polly ne pense qu’à respecter les règles, jusqu’au jour où elle découvre que sa maman fût une pirate légendaire.
Avis :
Les récits de pirate tournent quasiment toujours autour de confrontations navales et de trésors à trouver. Et si l’on excepte certaines séries très matures, comme Long John Silver, on a souvent droit à des bande-dessinées pour enfants, avec de nombreuses rocambolesques. De ce fait, il est difficile de faire le tri entre les bonnes franchises qui ont envie de raconter quelque chose, et celles qui en sont là que pour attirer le chaland autour d’un univers qui continue à plaire. Durant les années 2000, Ted Naifeh va construire un comic autour de la piraterie, mais il va jouer sur deux niveaux de lecture. Ainsi, Polly et les Pirates, qui est découpé en six chapitres, va s’adresser aussi bien aux adultes qu’à un public plus jeune, puisque son héroïne est une jeune fille qui va être arrachée à sa condition de jeune bourgeoise.

Le début présente Polly, une jeune fille qui travaille dans une école très chichi avec deux autres camarades, dont l’une rêve de faire le mur. Polly est très studieuse, très calme, et suit à la lettre les recommandations de sa professeure, Mme Lovejoy. Mais durant la nuit, Polly se réveille soudainement arrachée de son sommeil par le froid, et découvre qu’elle a été enlevée par des pirates. Ces derniers ne veulent pas lui faire du mal, ils estiment qu’elle est la fille de leur ancienne cheffe, et ils ont besoin d’un nouveau capitaine. Sauf que Polly ne s’en sent pas capable et va tout faire pour retourner à son école. Sauf qu’elle va se faire kidnapper une nouvelle fois par des pirates adverses, qui veulent retrouver la carte au trésor que sa supposée mère a caché quelque part. C’est alors le début de la grande aventure.
Très clairement, le scénario de Polly et les Pirates est archi simple. Une jeune fille va s’extirper de sa condition, se dépasser et découvrir son passé pour mûrir et trouver un nouveau sens à sa vie. La grande force du récit réside dans le personnage de Polly. Elle est très attachante, car malgré son côté chichi pompon, elle se bat, ne se laisse pas faire, et trouve toujours des solutions pour s’en sortir. Elle devient alors déterminée, mais ne copte pas laisser sur le côté ses nouveaux amis, comme certains ennemis qui vont se rendre compte de leurs erreurs. Il y a un côté très touchant dans les tous les personnages, qui sont un peu naïfs, ou qui ont des profils amusants, comme Kutner Naff, une sorte de gobelin d’origine anglaise.
Alors oui, le scénario ne réinvente rien en matière de piraterie. Ici, les personnages recherchent une carte qui a été perdue de façon stupide, puis un trésor, qui va réserver une sacrée surprise. Les twists se suivent et ne ressemblent, et l’ensemble se lit d’une traite, avec un sens de l’action et de l’aventure. Même si on ne part pas dans de grandes expéditions, l’action ne s’arrête que très rarement, et il y a un design qui demeure très intéressant. Le fait de construire des bâtiments sur des bateaux rend l’ensemble innovant et très joli. Il se dégage une ambiance très chaleureuse de ce comic, même si la couleur est absente. Il y a une jovialité, une naïveté qui permet de ressentir de l’attachement pour les personnages, mais aussi pour l’univers. Même le méchant, sur la fin, se fait assez drôle malgré lui, ce qui est rare.
On pourrait néanmoins émettre des réserves sur les dessins de Ted Naifeh. Si les décors sont beaux, tout comme les bateaux et paysages, on va se rendre compte que le dessinateur ne sait pas faire les mains et les pieds. Il trouve alors une solution pittoresque, faire des griffes à tout le monde à place des doigts, et ne pas faire de pied, terminant les jambes par un rond, comme s’il s’agissait de poupées. Là-aussi, ça permet de rendre l’ensemble très enfantin, sans pour autant nuire à la lecture, et au ressenti. Le double niveau de lecture se trouve alors dans le fond, avec cette quête d’identité, et le sens que peut prendre le mot trésor en fonction de la personne. Si les pirates y voient un synonyme de richesse et d’or, ce ne sera pas le cas de tout le monde.

Au final, Polly et les Pirates est un comic très attachant. Le scénario est certes simple, mais il coche toutes les cases attendues d’un récit d’aventure qui se destine à la fois aux adultes et aux enfants. L’atmosphère très bon enfant qui se dégage de l’ensemble participe à cet immense plaisir de lecture que l’on ressent à travers chaque page, faisant alors de ce comic un excellent page-turner.
Note : 15/20
Par AqME
