
De : Guillaume Nicloux
Avec Pom Klementieff, Benoit Magimel, Freya Mavor, Astrid Bergès-Frisbey
Année : 2026
Pays : France
Genre : Thriller
Résumé :
Romy, accompagnée de son amie Chloé, se rend aux Canaries pour mixer lors d’une soirée techno. Au petit matin, son amie a disparu. Aidée de Vincent, le patron du night-club, Romy se lance à la recherche de Chloé…
Avis :
Guillaume Nicloux est un auteur à part dans le paysage du cinéma français. On aurait presque envie de dire que chacun de ses films est une expérience. Qu’on aime ou non, son cinéma, on ne peut pas nier qu’il propose toujours quelque chose, et au-delà de ça, il s’aventure là où on ne l’attend jamais. Il suffit de regarder les films qu’il a tournés depuis 2020 : un documentaire, deux comédies, un drame, un film d’époque, et un film d’horreur. On peut dire qu’il est prolifique, Guillaume Nicloux. Et surtout, il n’a pas peur de changer de registre, quitte à perdre une partie du public en route.

Un an et demi après “Sarah Bernhardt, la Divine”, le metteur en scène français est de retour avec un thriller complètement barré. Pour caricaturer, on pourrait presque dire un thriller sous acide, tant les couleurs, la musique et la manière de raconter cette histoire sont à part. “Mi Amor”, c’est l’histoire d’une disparition, celle d’une amie, qui un soir s’évapore sans laisser de trace. S’ensuivent alors presque deux heures d’un film visuellement hypnotique, dérangeant, quasi imprévisible, et surtout un film qui tient bien son mystère jusqu’à son générique de fin.
« Un film qui ne cherche pas forcément à plaire à tout le monde »
Romy est DJ. La jeune femme est connue et demandée. Avec une amie, elle se rend aux îles Canaries pour quelques soirs de sets. Or, sur place, après son premier set, Chloé disparaît sans laisser la moindre trace. La jeune femme aurait pu rencontrer quelqu’un, mais elle aurait appelé le lendemain, et là, ce n’est pas le cas. Très inquiète, Romy se lance dans des recherches. Mais plus elle cherche, moins elle trouve. Dans sa “quête”, elle va être aidée par Vincent, le patron du night-club qui l’a fait venir.
On dit souvent que les cinéastes ont tendance à se calmer avec les années. Qu’ils deviennent plus sages, plus posés, moins radicaux. Eh bien Guillaume Nicloux, c’est tout l’inverse. Plus le temps passe, plus il semble se libérer. Comme s’il avait de moins en moins envie de rentrer dans des cases. Et ça, franchement, ça fait du bien. Parce que “Mi Amor”, c’est typiquement le genre de film qu’on ne voit pas tous les jours. Un film qui ne cherche pas forcément à plaire à tout le monde. Un film qui impose son rythme, son ambiance, sa manière de raconter. Et ça, dès les premières minutes, ça se sent.
La première chose qui frappe, c’est l’image. Il y a un travail énorme sur les couleurs. Quelque chose de très saturé, presque irréel. Les Canaries deviennent un terrain de jeu étrange, presque fantasmé. On est loin de la carte postale. Là, on est dans un décor qui dérange, qui intrigue, qui met mal à l’aise par moments.
« L’ambiance prend le dessus. Le malaise s’installe »
Et puis il y a cette sensation de vide. Nicloux filme souvent des espaces sans vie, des rues désertes, des lieux qui semblent abandonnés. Et ça, ça crée un décalage assez troublant. Comme si le monde autour de Romy était en train de disparaître en même temps que son amie. Mais voilà, là où le film peut diviser, c’est sur son rythme. Clairement, “Mi Amor” prend son temps. Peut-être même trop. Sa première partie est longue, très longue. On attend que quelque chose se passe, que l’intrigue démarre vraiment. Et par moments, on peut décrocher.
Mais une fois que le film se lance… là, c’est autre chose. L’ambiance prend le dessus. Le malaise s’installe. Et surtout, on a envie de comprendre. De savoir. De voir jusqu’où ça va aller. Et c’est là que Nicloux est fort. Parce qu’il ne lâche pas son spectateur. Une fois qu’il t’a attrapé, il te garde. Jusqu’au bout. Et puis il y a la musique. Franchement, énorme point fort. Une BO électro signée Irène Dresel et Sizo Del Givry. Une techno sombre, presque hypnotique, qui colle parfaitement à l’ambiance du film. Par moments, on a presque l’impression que la musique raconte autant de choses que l’image.
Côté acteurs, ça fonctionne très bien aussi. Pom Klementieff porte le film avec une vraie intensité. Elle arrive à être à la fois fragile et déterminée, perdue et lucide. Elle donne envie de la suivre, même quand on ne comprend pas tout ce qu’il se passe. En face, Benoît Magimel est impeccable. Comme souvent. Il apporte ce côté mystérieux, un peu trouble, qui fonctionne parfaitement dans ce genre de film. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec lui, et ça renforce encore le côté inquiétant de l’histoire.
« “Mi Amor” est plus intéressant qu’il n’y paraît »
Mais au-delà de son intrigue, “Mi Amor” est plus intéressant qu’il n’y paraît. Parce que derrière cette disparition, derrière cette enquête, il y a autre chose. Quelque chose de plus intime. Le film parle du manque, du vide, de ce qu’on ne comprend pas. Et surtout, il parle du pardon. Et ça, on ne s’y attend pas forcément. Parce qu’au départ, on pense voir un simple thriller. Et petit à petit, le film s’ouvre. Il creuse. Il propose autre chose.

Alors oui, tout n’est pas parfait. Oui, le début est long. Oui, le film peut paraître parfois un peu trop “tripé” pour certains. Mais en même temps, c’est aussi ce qui fait sa force. Parce que dans un cinéma où beaucoup de films se ressemblent, voir un réalisateur qui tente, qui ose, qui propose quelque chose de différent, ça fait du bien. Au bout du compte, “Mi Amor” est une vraie expérience. Ce n’est pas un film facile. Pas un film évident. Mais un film qui marque. Et rien que pour ça, ça vaut le coup.
Note : 14,5/20
Par Cinéted
