février 7, 2023

La Passagère – Doux Adultère

De : Héloïse Pelloquet

Avec Cécile de France, Félix Lefebvre, Grégoire Monsaingeon, Jean-Pierre Couton

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame, Romance

Résumé :

Chiara vit sur une île de la côte atlantique, là où son mari Antoine a grandi. Ils forment un couple heureux et amoureux. Elle a appris le métier d’Antoine, la pêche, et travaille à ses côtés depuis vingt ans. L’arrivée de Maxence, un nouvel apprenti, va bousculer leur équilibre et les certitudes de Chiara…

Avis :

Formée à la Femis, Héloïse Pelloquet s’est intéressée tout d’abord au montage, métier qu’elle effectue depuis 2016. La jeune réalisatrice a travaillé sur des films tels que « Willy 1er« , « Les météorites » ou encore « La petite Solange« . Entre temps, Héloïse Pelloquet commence à faire ses propres réalisations. De 2015 à 2018, elle va réaliser trois courts, et ces derniers vont faire le tour des festivals, pour en revenir avec pas mal de récompenses à la clef. C’est à la fin de son dernier court qu’Héloïse Pelloquet commence l’écriture de son premier long, « La passagère« .

J’ai été attiré par ce film tout simplement parce que la première image tirée du film, montrant Cécile de France et Félix Lefebvre regardant tout deux dans la même direction, dégageait quelque chose de particulier. Du coup, je n’ai pas voulu en savoir plus et j’ai attendu ce premier film avec une certaine curiosité, et je dois dire qu’à la sortie de ma séance de cinéma, je suis un petit peu partagé. Partagé dans le sens où si le film d’Héloïse Pelloquet est somme toute sympathique, attachant, et même touchant à suivre, dans son écriture, il n’est pas exsangue de défauts et derrière ça, malgré de bons sujets, un joli couple de cinéma, une intimité joliment filmée et un côté dépaysant, cette histoire reste assez banale, ce qui convoque une légère déception.

« Parmi les beaux et bons sujets que va traiter le film, le désir de la femme aura une place importante. »

Chiara vit sur une petite île de la côte Atlantique avec son mari depuis une vingtaine d’années. Belge, Chiara a tout quitté pour Antoine et elle est aujourd’hui marin-pêcheur, métier qu’elle a appris aux côtés de son mari. Cette année-là, le couple accueille Maxence, leur nouvel apprenti. Le jeune homme d’une vingtaine d’année va alors faire basculer les fondations du couple.

L’adultère, on ne compte plus les films qui en ont parlé. C’est bien simple, le sujet est inépuisable et c’est ce sujet-là qu’Héloïse Pelloquet a choisi pour son premier film. Enfin, c’est l’un des sujets, car il n’y a pas que ça dans sa « … passagère« .

Pour sa première œuvre de cinéma, la jeune cinéaste de trente-quatre ans nous entraîne sur une petite île perdue quelque part près de la côte Atlantique, pour nous présenter Chiara, une femme de quarante-cinq ans, amoureuse de son mari, bien dans sa vie, même si le temps et le travail font forcément leur œuvre. Son personnage est une femme libre et forte, qui se pose loin des schémas classiques qu’on a déjà vu. C’est à travers elle qu’Héloïse Pelloquet va nous faire voir et vivre cette histoire. Parmi les beaux et bons sujets que va traiter le film, le désir de la femme aura une place importante. Ici, son personnage s’autorise à vivre son plaisir, même si forcément, elle finira par se faire rattraper par les jugements et les qu’en dira-t-on.

« Une vérité qui sonne d’autant plus sincère et juste, car la réalisatrice a su écrire aussi un très beau couple, lorsqu’elle s’intéresse à Chiara et son mari. »

« La passagère« , c’est aussi une aventure amoureuse avec une grande différence d’âge. Héloïse Pelloquet a écrit ici une intrigue où une femme d’âge mûr s’autorise une aventure avec un jeune homme d’une vingtaine d’années à peine. Dans l’intimité de ce jeune couple, dans la fougue des premiers émois, des corps qui se découvrent, et des expériences forcément différentes, Héloïse Pelloquet arrive à filmer et raconter quelque chose de très beau, d’autant plus que Cécile de France et Félix Lefebvre se livrent totalement, assumant l’intimité et la vérité de ce jeune couple. Une vérité qui sonne d’autant plus sincère et juste, car la réalisatrice a su écrire aussi un très beau couple, lorsqu’elle s’intéresse à Chiara et son mari.

Ici, on n’est pas dans la lassitude d’un couple et le fait d’aller voir ailleurs pour quelqu’un de plus désirable. Non, non, ici, Chiara et Antoine sont tout aussi beau ensemble, avec une vraie complicité amoureuse. Ces relations et cette intimité d’un couple à l’autre, c’est ce que « La passagère » a de plus beau, de plus juste, de plus touchant et de plus réussi. Ne serait-ce que pour ça, malgré la petite déception que le film me laisse, je ne regrette pas de m’y être arrêté.

« Ce souci dans l’écriture du temps qui passe, on va le retrouver tout le temps dans le film. »

Mais voilà, « La passagère« , c’est aussi l’histoire d’une déception, car derrière tous les bons éléments que le film peut avoir, le film de Héloïse Pelloquet est déséquilibré, avec notamment un souci dans l’écriture, du point de vue du temps qui passe et les sentiments amoureux qui naissent. Si la relation, une fois engagée, est très belle, « La passagère » a plus de mal à créer le désir et nous faire ressentir la naissance de ce dernier. Une fois lancée, l’intrigue enchaîne très vite, et l’ensemble manque de corps et de subtilité de ce côté-là.

Bien sûr, il y a bien une scène de regards insistants, mais ça s’arrête entre guillemets là, car très vite, des mois passent (expliqués en un plan où il neige…), et d’un coup, le couple amant se forme. Ce souci dans l’écriture du temps qui passe, on va le retrouver tout le temps dans le film. Qu’importe ce qui se passera dans l’histoire, le film fait des bonds, qu’on apprend aux détours de dialogues, et ça a tendance à abîmer cette « … passagère« . Heureusement, « La passagère » arrive à se conclure avec un joli final, même si ce dernier est un poil étiré.

« Mais derrière ces bons éléments, ce premier film manque de personnalité et de caractère. »

Du côté de la mise en scène, assurément, Héloïse Pelloquet arrive à joliment capturer tout ce qui est de l’intime. Que ce soit dans les relations, ou encore dans la façon qu’elle a de filmer le travail, « La passagère » résonne juste, et derrière ça, le film est dépaysant. Mais derrière ces bons éléments, ce premier film manque de personnalité et de caractère. Certes, il se laisse regarder, et il est beau, tenant certaines fulgurances, mais sur son ensemble, il se pose comme un petit film qui ne marquera pas notre année de cinéma, même s’il présente une cinéaste intéressante, et je reste curieux de voir ce qu’elle proposera avec un second long-métrage. Après, il faut dire aussi que cette « … passagère » débarque la même année que « Les jeunes amants » de Carine Tardieu, qui traite aussi d’une relation avec une grande différence d’âge, et face au chef-d’œuvre de Tardieu, le film de Héloïse Pelloquet se fait assez banal.

Je ressors donc légèrement partagé de ce premier film de Héloïse Pelloquet, car cette « … passagère » a ses très jolis côtés, et il y a ce couple formidablement interprété par Cécile de France et Félix Lefebvre, mais derrière eux, le film a des soucis d’écriture, et parfois certains événements arrivent sans subtilité. Après, lorsque qu’on additionne le bon et le moins bon, ce premier film reste sympathique, et même si parfois, c’est un peu longuet, le moment passé sur cette île en compagnie de ces personnages est loin d’être désagréable.

Note : 12/20

Par Cinéted

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