octobre 6, 2022

Feu Follet – Flammèche

Titre Original : Fogo-Fatuo

De : João Pedro Rodrigues

Avec Mauro Costa, André Cabral, Margarida Vila-Nova, Miguel Loureiro

Année : 2022

Pays : Portugal, France

Genre : Comédie, Musical, Science-Fiction

Résumé :

Alfredo, un roi sans couronne sur son lit de mort, est ramené à de lointains souvenirs de jeunesse et se rappelle de l’époque où il rêvait de devenir pompier. La rencontre avec l’instructeur Afonso, du corps des pompiers, ouvre un nouveau chapitre dans la vie des deux jeunes hommes plongés dans l’amour et le désir, et à la volonté de changer le statu quo.

Avis :

Aujourd’hui, on va aller faire un tour au Portugal, car on ne parle jamais du cinéma portugais et c’est dommage, car le pays peut réserver de bonnes surprises. Ici, on va s’intéresser à l’un de ses réalisateurs les plus « controversés », un cinéaste à l’empreinte forte et au cinéma très libéré. Ce réalisateur, c’est João Pedro Rodrigues. Très connu de la communauté homosexuelle, beaucoup ne se sont pas encore remis de son premier film, « O fantasma« , sorti en 2000, et cela fait maintenant une vingtaine d’années que le metteur en scène propose ses fantasmes sur grand écran, avec des films comme « Odete« , « L’Ornithologue » ou « Mourir comme un homme« .

Après sept années d’absence, le réalisateur fait son retour avec « Feu Follet« , film qu’il qualifiera lui-même de fantaisie musicale, et autant dire qu’encore une fois le metteur en scène n’a pas fait dans la dentelle, livrant un film très particulier et au-delà de ça, un film fourre-tout, où l’écologie se bouscule aux fantasmes entre un prince et un pompier dans un Portugal en proie, comme tous les ans, aux flammes. Étrange, brouillon, pompeux, absurde, partant dans tous les sens sans y trouver de véritable logique, « Feu Follet » laisse pantois, tant on ne comprend pas de quoi le réalisateur veut parler et où est-ce qu’il veut aller avec ce délire fantasmo-écologico-érotico-dramatique (et encore, on aurait pu en rajouter quelques-uns !)… Bref, pour la faire courte, on est vraiment passé à côté…

Sur son lit de mort, Alfonso, Roi du Portugal, repense à ses jeunes années, et plus particulièrement à ce moment où il rêvait d’être pompier. Cette année-là, il avait commencé avec le consentement de ses parents une formation, et sa rencontre avec Alfredo, un jeune homme d’une vingtaine d’années comme lui, va le bouleverser, le bousculer et peut-être même le changer à tout jamais…

« Feu Follet« , dans ses grandes lignes, avait tout l’air d’être un film qui allait tourner autour d’une relation amoureuse entre deux jeunes hommes dans le milieu des pompiers. D’ailleurs, c’est sûrement ce que le film aurait été chez d’autres, mais ici, la différence, c’est son réalisateur, João Pedro Rodrigues, dont on n’avait pas forcément remarqué le nom avant l’entrée en salle. Ou plutôt non, on n’avait pas forcément fait l’association qui nous rappellera à nos bons souvenirs de « O Fantasma » ou « Mourir comme un homme« .

Pour ce nouveau film, le réalisateur portugais a eu envie de se faire un film qui va piocher à droite et gauche, et de tout réunir pour faire une sorte de gloubi-boulga dont finalement, on ne sait trop quoi en penser à la sortie de ce film, tant cette histoire, au demeurant simple, part dans tous les sens, sans logique. Divisé entre trois parties, avec en premier une parenthèse dans le futur qui nous ramène sur des flashbacks, « Feu Follet » est un film qui une fois dans le passé, se prend les scènes dans sa trame et ça, il va le faire vite, avec son ouverture écologique pompeuse au possible.

Une ouverte divisée en deux, avec en premier une chanson autour des arbres qui sont nos amis, et une deuxième autour d’un dîner royal, où le réalisateur, au travers de ses personnages, et plus précisément le personnage de ce jeune Prince, reprend mot pour le mot le célèbre discours de Greta Thunberg, en s’adressant les yeux dans les yeux à son public. Nous, public, on restera pantois, ne s’attendant à aucun moment à tomber dans un film qui serait un petit pamphlet militantiste qui nous jugerait… De plus, histoire de nous perdre un peu plus, derrière le sérieux de ce discours, ainsi que de sa mise en scène, João Pedro Rodrigues pose quelques touches d’humour et autres clins d’œil qui nous seront directement adressés.

Puis d’un coup, le réalisateur oublie totalement le côté écolo de son histoire, pour se lancer dans cette intrigue érotico-amoureuse, entre ce jeune Prince qui se rêve pompier et son instructeur, un jeune homme venu d’un milieu populaire. Là, d’un coup, « Feu Follet » se transforme et résonne comme la mise en images des fantasmes de son réalisateur, qui nous entraîne dans les vestiaires de ces bombeiros où tous ces personnages sont nus, ou presque, (des pompiers en jockstrap dans tous les coins, on n’était pas prêt) prenant des poses sensuelles, pour ne pas dire sexuelles, aguichant leur jeune altesse, qui a tout l’air d’être l’agneau au beau milieu d’une meute de loups.

Mais voilà, entre deux scènes de comédie musicale bien originales et des scènes où le Prince apprend quelques gestes pour sauver des vies, l’agneau en question va se révéler finalement peu farouche, le réalisateur amenant ces personnages en montagne pour une scène qui se pose comme un pur et très étrange fantasme et encore, on ne parlera pas de l’amour des forêts qui est très, très, très imaginé.

Enfin, après ce tout et rien à la fois, le scénario reviendra dans le « futur/présent » pour une conclusion qui scellera notre perdition, et nous laissera dans le flou total, n’ayant pas vraiment compris cette fantaisie musicale.

Heureusement, « Feu Follet » aura, derrière cette intrigue étrange, quelques branches pour nous éviter la chute lourde. Ainsi, en termes d’esthétisme, le film de João Pedro Rodrigues est très beau, le réalisateur, qu’on aime ou pas, ayant vraiment développé cette idée de fantasme dans la construction de ses images, qui sonnent souvent érotiques. On remarque aussi le joli travail fait pour donner un réel au futur, l’intrigue futuriste se passant en 2069 (69 tiens tiens). On remarquera aussi l’originalité de ses chorégraphies, qui changent de ce qu’on a l’habitude de voir lorsqu’on s’aventure dans des comédies musicales (même si on mettra un sacré bémol à la première, avec cette chanson niaise autour des arbres qui sont nos amis, même Disney ne l’aurait pas osé).

Puis enfin, même si ce n’est pas forcément toujours bien joué par ces acteurs, les deux comédiens principaux, au final, sont assez hypnotisants.

Ainsi, lorsqu’on conjugue les bons et les mauvais côtés de ce nouveau film de João Pedro Rodrigues, « Feu Follet » sonne comme un film très étrange, dont on ne sait pas vraiment quoi en penser tant son histoire n’a pas de sens et résonne comme confuse entre son côté écologique, et son côté fantasme entre un Prince qui se rêve pompier, et un jeune instructeur qui compte bien attiser le feu de ce jeune Prince qui va se révéler, derrière son côté coincé, bien peu farouche… Bref, c’est étrange, atypique, osé, et finalement, c’est si particulier, qu’on ne serait le conseiller ou non, tant on est clairement resté sur le bas-côté de cette fantaisie portugaise. À vous de voir maintenant.

Note : 06/20

Par Cinéted

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