juin 29, 2022

Willy 1er

De : Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier, Hugo P. Thomas

Avec Daniel Vannet, Noémie Lvovsky, Romain Léger, Robert Folley

Année : 2016

Pays : France

Genre : Comédie, Drame

Résumé :

À la mort de son frère jumeau, Willy, 50 ans, quitte pour la première fois ses parents pour s’installer dans le village voisin. “À Caudebec, j’irai. Un appartement, j’en aurai un. Des copains, j’en aurai. Et j’vous emmerde !”. Inadapté, Willy part trouver sa place dans un monde qu’il ne connaît pas.

Avis :

L’univers de la comédie française est clairement gangréné par des « super-productions » qui n’ont que faire du cinéma. On pourrait prendre tout ce qui a un rapport avec Les Tuche, ou encore toutes les comédies avec des comédiens plus ou moins connus à l’instar de Franck Dubosc, Kev Adams et autre Christian Clavier. Pourtant, il existe aussi un marché parallèle de la comédie française. Un coin un peu en retrait, moins tape-à-l’œil, mais qui essaye de faire bouger les lignes et de proposer du cinéma presque expérimental. On peut évoquer le cinéma d’Antonin Peretjatko avec La Loi de la Jungle, ou encore celui de Quentin Dupieux et ses comédies sans aucun sens. Avec Willy 1er, on est un peu dans ce délire-là, avec quatre réalisateurs qui vont s’inspirer de la vie d’un homme illettré, un peu limité, mais qui va tout faire pour réussir sa vie seul.

Willy 1er s’inspire en partie de la vraie vie de Daniel Vannet, un homme d’une cinquantaine d’années, illettré, mais qui a envoyé paître ses parents à la mort de son frère pour tenter de vivre sa vie tout seul. Embauché à la base pour un précédent court-métrage, l’homme va être repris par le quatuor de réalisateurs grâce à son côté magnétique et le charisme qu’il dégage devant une caméra. S’amusant alors des anecdotes de Daniel Vannet, le scénario va prendre forme pour raconter un fragment de vie romancé, presque comme un documentaire, tout en y incluant des éléments tragicomiques qui lui vaudront des retours chaleureux de la part de la critique spécialisée, mais aussi de divers festivals. Encore très confidentiel, le film mérite pourtant son coup d’œil pour son aspect étrange et le portrait qu’il dépeint, aussi bien de Willy que de la société.

Le début est très déroutant. On y croise Willy, qui raconte sa vie en voix-off et sa forte relation avec son frère jumeau. Lorsque ce dernier se suicide, ses parents veulent le placer dans un institut spécialisé, mais Willy refuse. Les dialogues sont à la fois naturels et très bizarres, au sein d’une famille rurale où la communication n’est pas le point fort. Dès le départ, les quatre cinéastes jouent avec des tonalités différentes qui ne sont pas forcément bien équilibrées. On aura un humour burlesque, de par les réflexions enfantines de Willy, mais aussi un humour noir incisif, notamment lorsque Willy découvre que ses parents ont mis une photo de lui à la place de celle de son frère, sur la tombe de ce dernier. On est rapidement mis dans le bain de cette chronique de la France profonde et des éléments qui se mettent en place pour aider une personne en situation de handicap.

Le problème, c’est qu’une fois que Willy s’en va de chez ses parents, on va vite tomber dans quelque chose d’assez pathétique et un portrait d’une France des laissés-pour-compte presque glauque. Willy va donc se faire héberger chez un copain qui est lui aussi limité. Après une fête ratée en slip, il va se faire héberger par sa tutrice, qui va lui trouver un appartement. Mais Willy réagit mal et devient presque violent. Il accepte alors l’appartement, qu’il va meubler du strict minimum. Ici, le film met alors l’accent sur ces personnes limitées qui sont laissés seuls, dans un logement vétuste, sans meuble, n accompagnement pour meubler ou simplement apprendre les gestes du quotidien. Là, le film se veut moins drôle pour mieux nous percuter, mais l’ascenseur émotionnel n’y est pas. La faute à une rupture de ton trop abrupte.

Le film va tenter de rattraper le coup avec les rencontres que va faire Willy. En tout premier avec un autre Willy, qui travaille dans un Carrefour Contact avec lui, un homosexuel dont on va apprendre des choses sur lui tout le long du métrage. Willy va aussi se faire des copains au bar. Des amis profiteurs, pas vraiment très intéressants, et qui vont profiter de lui, pour lui prendre son scooter, se faire payer des coups ou encore se foutre de sa gueule. Le film vire vite à la gaudriole et au tragique plus qu’au comique. On voit bien que tout le monde s’accorde à dire que l’humanité est dégueulasse, et que les cons sont dans toutes les classes sociales, le métrage va parfois loin dans un aspect assez glauque. L’opportunisme de ces gens, la photo très grise donnant des airs moroses à cette ville, la pluie, omniprésente, et la palette de personnages trop hauts en couleurs.

Là aussi, le film ne marque par forcément des points. On retrouve des gens qui ne collent pas forcément à la réalité. On pense à ce deuxième Willy, travesti, homosexuel, qui a perdu son conjoint dans un accident de la route, et qui veut se venger des gens de la ville qui se foutent de sa gueule. Il y a trop de choses en un seul personnage, et cela nuit à la crédibilité. Tout comme il en va de même avec les personnages du bar, une bande de profiteurs qui n’auront aucun scrupule à dépouiller un type limité pour se faire payer des coups ou lui emprunter son scooter. Seul la conseillère, jouée par Noémie Lvovsky, fait preuve de crédibilité, mais elle reste une mère célibataire aux goûts douteux. En force de trop en faire, on s’éloigne d’une réalité qui aurait pu trouver le juste milieu entre comédie et drame.

Au final, Willy 1er est un film qui est très intéressant dans ce qu’il veut raconter, mais il le fait de manière trop marginale pour vraiment nous convaincre. Si le portrait de Willy est attachant et parfois drôle, il est aussi souvent glauque et tragique. La différence de tons est trop importante pour vraiment nous emporter dans ce portrait un peu trop miséreux de Caudebec. On se retrouve donc devant un film en équilibre précaire, qui n’arrive pas à pointer du doigt des éléments essentiels, sans tomber dans la gaudriole ou le pathétique. Dommage, il y avait des choses intéressantes dans ce film, à commencer par son acteur principal, qui joue son propre rôle, et qui est d’un naturel saisissant.

Note : 11/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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