juin 29, 2022

La Dernière Maison sur la Gauche

Titre Original : The Last House on the Left

De : Dennis Iliadis

Avec Tony Goldwyn, Monica Potter, Garret Dillahunt, Aaron Paul

Année : 2009

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Les Collingwood possèdent une maison isolée, sur les berges d’un paisible lac. Leur fille, Mari, et sa copine Paige ne vont pas tarder à se faire enlever par un psychopathe évadé, Krug, sa compagne Sadie, son frère Francis et son fils, Justin. Laissée pour morte, Mari tentera de rejoindre à la nage la demeure familiale, sa dernière chance de survie…

Avis :

C’est en 1972 que Wes Craven va lancer sa carrière de réalisateur, avec un film qui va faire polémique. S’inspirant librement de La Source d’Ingmar Bergman, lui-même inspiré d’un conte scandinave du XIVème siècle, le cinéaste américain a dans l’idée de faire un film d’horreur pornographique, avant de changer son fusil d’épaule et de virer toutes les scènes cochonnes. Pour autant, La Dernière Maison sur la Gauche va faire un tollé, notamment à cause de sa scène de viol à la limite du documentaire. Il faudra alors attendre 37 ans avant de voir un remake poindre le bout de son nez, dans lequel Craven n’aura plus que le rôle de producteur. Il laisse la caméra à Dennis Iliadis, qui va tenter d’y apposer sa patte, pour offrir un film plus protéiforme, moins choquant, mais plus percutant. Car oui, on fait face à un excellent remake et pas une simple copie.

Le film démarre de manière brutale, avec un prisonnier qui se retrouve à l’arrière d’une voiture de flics. Le véhicule est obligé de s’arrêter à un passage à niveau et il se fait percuter par une autre voiture, conduite par deux personnes venues sauver leur ami (ou plutôt frère et amant). Après cette introduction qui montre le côté fou des trois personnages, qui n’hésitent pas à torturer l’un des deux flics, jusqu’à le buter, on va faire la connaissance d’une famille tout ce qu’il y a de plus normal. Un père chirurgien et aimant, une mère poule qui fait très attention à sa fille, et une jeune fille donc, qui désire devenir championne de natation. Dès le départ, Dennis Iliadis crée énormément de différences entre les deux « familles », puisque l’un pourrait presque être le modèle idéal, alors que l’autre représente l’esprit du mal et des laissés-pour-compte.

Ce qui est très intéressant dans cette distance, c’est que le réalisateur va prendre le temps de présenter cette famille idéale, pour petit à petit écorcher un peu le tableau. On va vite comprendre que la famille a perdu un fils/frère, et que cela pèse sur tout le monde. La mère sur-couve sa fille, alors que le père essaye de faire la part des choses. Il se dégage quelque chose de serein dans cette famille, et cela sera d’autant plus percutant lorsqu’un nouveau drame va venir s’abattre sur eux. Le point de fissure se fait lorsque la fille fait la rencontre du fils de la famille de fous furieux, et que ceux-ci arrivent et décident donc de « jouer » avec les adolescentes et de leur faire vivre un enfer. L’empathie est déjà installée et on n’a pas forcément envie d’un nouveau drame dans cette famille aimante.

En prenant son temps, en distillant les effets d’angoisse et en retardant au plus possible la scène de viol, le cinéaste permet d’instaurer une ambiance glauque qui ne fait que grandir, jusqu’à une scène difficile, bien qu’édulcorée par rapport au film original. Pour autant, si le côté cru à disparu, on a droit à un ressentiment plus puissant en l’encontre des méchants, qui font ça gratuitement et prennent plaisir à torturer une jeune fille pure qui a déjà subi un gros trauma dans sa vie. Le point d’orgue étant lorsque cette dernière s’enfuit et prend une balle dans l’épaule, alors qu’elle se retrouve dans son élément, l’eau. Dennis Iliadis évoque alors la possibilité que personne n’est à l’abri, pas même dans son lieu de prédilection, dans sa sainte chapelle. C’est assez malin et fait craindre le pire pour les parents, lorsque le trio de malfrats débarque chez eux.

Bien évidemment, le climax arrive lorsque la jeune fille parvient jusqu’à chez elle, que son père la sauve et que sa mère découvre que les types qu’ils hébergent sont ceux qui ont fait ça à leur fille. Là, on bascule dans un Revenge Movie sanglant et sans aucune concession. Si la tension est montée très haute lors de dialogues entre les deux familles, le point d’orgue culmine lorsque le cousin drague ouvertement la femme de maison et devient alors la première cible du couple. Le cinéaste ne va pas se gêner pour fournir de la violence et du gore, quitte, parfois, à aller dans le mauvais goût et la gaudriole (coucou la scène du micro-ondes). Cependant, c’est à travers ces affrontements violents que l’un des thèmes principaux fait surface : l’union fait la force. Et cela se détermine en quelques actes.

Tout d’abord avec la première victime. La femme seule galère à se débarrasser de lui, malgré un bon coup de couteau et une bouteille de vin dans la gueule. Ce n’est que lorsque le mari arrive que les choses sont facilitées. Ensuite, c’est lorsque le couple modèle s’attaque au couple de méchants. Là, Krug, le grand méchant, saute par la fenêtre et s’enfuit, tandis que sa nana s’enferme dans la salle de bains. Séparés, ils ne font rien faire, alors que le couple gentil continue de faire équipe et arrive à s’extirper d’un sacré bordel. La force de la famille prend alors tout son sens, avec des gens soudés et aimants, qui tiennent la dragée haute à des malfrats expérimentés qui n’ont jamais su éduquer leur fils. Qui va vite prendre parti et devenir, lui aussi, un sauveur inespéré. Bref, on du sens là-dedans.

Et bien évidemment, cela est aidé par la mise en scène inspirée de Dennis Iliadis. Le réalisateur refuse des coupes trop brutales pour donner un aspect très protéiforme et plus percutant. On a droit à quelque chose de racé qui ne fait que très rarement du tape à l’œil, mais qui a une volonté de rendre l’ensemble crédible. De ce fait, on ressent réellement de l’empathie pour la famille des gentils, qui ne sont pas trop lourds et véhiculent un vrai sentiment familial. L’ambiance s’accorde aussi avec la tension. Le début est sombre, dans la nuit, puis la lumière vive du jour vient illuminer la gentille famille, avant que l’orage n’éclate juste après le viol, annonçant alors un déluge de violence. Si ça reste « grossier » dans sa façon de faire, on ne peut nier une volonté de cohérence dans l’atmosphère générée.

Au final, La Dernière Maison sur la Gauche, version 2009, est une petite réussite qui pourrait même prétendre à dépasser son aîné. Si le film est moins gênant que celui de Craven, il reste cependant très efficace dans son déroulement et dans sa façon d’opposer deux familles aux antipodes l’une de l’autre. A la fois malsain, gore et complètement décomplexé, parfois régressif, il n’en demeure pas moins que le film réussit son pari de faire aussi bien (si ce n’est mieux) que l’original. Il est même étrange que derrière, Dennis Iliadis n’ait rien fait de probant…

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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