novembre 30, 2021

Le Dernier Duel – Scott en Grâce

Titre Original : The Last Duel

De : Ridley Scott

Avec Matt Damon, Adam Driver, Jodie Comer, Ben Affleck

Année : 2021

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame, Historique

Résumé :

Basé sur des événements réels, le film dévoile d’anciennes hypothèses sur le dernier duel judiciaire connu en France – également nommé « Jugement de Dieu » – entre Jean de Carrouges et Jacques Le Gris, deux amis devenus au fil du temps des rivaux acharnés. Carrouges est un chevalier respecté, connu pour sa bravoure et son habileté sur le champ de bataille. Le Gris est un écuyer normand dont l’intelligence et l’éloquence font de lui l’un des nobles les plus admirés de la cour. Lorsque Marguerite, la femme de Carrouges, est violemment agressée par Le Gris – une accusation que ce dernier récuse – elle refuse de garder le silence, n’hésitant pas à dénoncer son agresseur et à s’imposer dans un acte de bravoure et de défi qui met sa vie en danger. L’épreuve de combat qui s’ensuit – un éprouvant duel à mort – place la destinée de chacun d’eux entre les mains de Dieu.

Avis :

Voilà quatre ans que Sir Ridley Scott a disparu des radars après qu’il ait divisé avec deux films sortis en l’espace de six mois. D’un côté, il y avait le très philosophique et contesté « Alien: Covenant » et de l’autre, le tout aussi contesté et néanmoins sympathique « Tout l’argent du monde« . D’ailleurs, si l’on passe à l’échelle de la décennie précédente, Ridley Scott a énormément divisé avec pas moins de sept films, dont finalement, « Seul sur Mars« , sorti en 2015, a réussi à fédérer autour de lui.

Pour cette nouvelle décennie qui commence, Rildey Scott fait un comeback et pour le coup, on peut dire qu’il fait très fort, puisqu’en l’espace d’un mois et demi, on aura pas moins de deux films, ce « … dernier duel« , puis « House of Gucci« , autant dire, deux salles, deux ambiances.

Tourné en partie en Dordogne, pour son vingt-sixième long-métrage, Ridley Scott revient dans un genre qu’on lui adore, le film en costumes. Basé sur des faits réels, « Le dernier duel » est un film très différent de ce à quoi l’on pouvait s’attendre et c’est très bien ainsi, car ce nouveau cru se pose comme un film aussi passionnant qu’il est surprenant. Exposant des points de vue sur deux heures et demie de film qu’on ne voit absolument pas passer, « Le dernier duel » signe un retour de Sir Scott en très grande forme !

France, XIVe siècle, Jean de Carrouges et Jacques Le Gris sont deux écuyers qui ont fait la guerre ensemble. Très proches, cette amitié va être toutefois brisée à cause de petites magouilles politiques et autres jeux de pouvoir. Ainsi, pendant des années, cette amitié va petit à petit se transformer en haine. Janvier 1386, alors que Jean de Carrouges est en visite sur Paris pour récupérer son dû, sa femme, restée dans leur demeure, reçoit la visite impromptue de Jacques Le Gris. Dame Marguerite sera alors violée par Le Gris et à la place de se taire, comme beaucoup de femme à l’époque, elle va parler de ce drame à son mari. Un mari qui, pour sauver l’honneur de sa femme et découvrir la vérité, livrera le dernier duel judiciaire que la France ait vu.

Passionnant, j’irais même jusqu’à dire que ce « … dernier duel » m’a mis une petite et très belle claque tant le film de Ridley Scott est à mille lieues de ce à quoi je m’attendais. Revenant au film en costume, chose qu’on n’avait pas vu chez le réalisateur depuis le pas terrible « Exodus » sorti en 2014, « Le dernier duel » est donc un film qui en plus d’être excellent de bout en bout, n’est pas le film de baston et de guerre qu’on pouvait imaginer.

Tenant un scénario parfaitement maîtrisé, « Le dernier duel » est une confrontation de regards et de recherche de vérité sur un événement donné. « Le dernier duel« , c’est un film qui raconte comment deux amis ont fini par se défier en duel jusqu’à ce que mort s’ensuive. Très riche dans sa narration et ses sujets, le film de Ridley Scott est passionnant partout. Très moderne dans ses thèmes, cette histoire vieille de sept cents ans demeure sur bien des regards terriblement d’actualité. Le film évoque une conception de la justice complétement archaïque pour découvrir la vérité, deux hommes se combattent à mort et celui qui gagne et survit a le soutien de Dieu, et ainsi, ce qu’il défend est la vérité. Bref, ce regard est aussi passionnant que terrifiant en un sens.

Mais le film va bien sûr bien plus loin que ça, car en plus des magouilles et soutiens politiques d’hommes puissants, Ridley Scott aborde aussi avec son film la position de la femme dans cette époque-là. Une femme qui n’a aucun statut juridique et qui ne peut que compter sur le soutien de son mari pour exister, se défendre, et surtout trouver la justice, au péril de son honneur et de sa vie. Pour raconter cette histoire, ce procès, ce défi et ce duel, Ridley Scott fait alors le choix de présenter l’histoire sous trois angles. Trois angles qui sonnent comme trois vérités, et dans ces trois vérités, il va falloir démêler le vrai du faux et le faux du vrai.

Ainsi, racontant encore et toujours la même histoire avec un point de vue différent, Ridley Scott passionne, car ce qui est et demeure un viol, ne l’est pas forcément du point de vue de certains personnages. De plus, avec ces points de vue, les regards changent et ce qui est enjolivé d’un côté n’est pas perçu de la même manière d’un autre côté et nous, spectateurs, on adore se plonger dans les dédales de cette affaire-là pour la redécouvrir à chaque fois sous un autre œil.

On ajoutera à ce scénario terrible, une mise en scène flamboyante de la part de Ridley Scott qui nous sort ici l’artillerie lourde. Plongée dans des décors somptueux, soutenu par une photographie magnifique, « Le dernier duel » est un film qui jouit d’un immense savoir-faire. Un savoir-faire qui est capable d’offrir un montage et une narration génial. Ainsi, Ridley Scott, au gré des points de vue, ne cesse d’étoffer son intrigue, et « Le dernier duel« , plus qu’un film d’époque qui assure dans ses scènes de guerre ou dans la tension intense, presque insoutenable dans son ultime duel, se pose surtout comme un film d’enquête, où chaque chapitre, chaque vérité, noie entre guillemets le poisson, ce qui nous pousse à être attentif au moindre détail. À mentionner aussi que l’artillerie lourde est de sortie avec la BO quasi parfaite de Harry Gregson-Williams. Le compositeur souligne et accompagne l’ambiance, les émotions et plus largement la montée en puissance du film, qui nous emmène vers ce duel final d’une brutalité folle.

Enfin, dans ce quasi parfait, Ridley Scott s’est parfaitement entouré. Pour l’occasion, il retrouve Matt Damon six ans après « Seul sur Mars » et le duo fait encore une fois des merveilles. Damon est impressionnant dans la peau du Chevalier de Carrouges, un homme qui selon les points de vue, n’est pas le même. Et d’ailleurs, ce sentiment l’est aussi sur les deux acteurs du film qui livrent eux aussi de très belles prestations, entre un Adam Driver désormais figure incontournable du cinéma américain et une Jodie Comer qui décrit à merveille la condition de la femme à cette époque-là. On ajoutera quelques petits ou grands rôles par-ci par-là qui complètent admirablement le tableau (Ben Affleck, Alex Lawther, Marton Csokas…).

Ce premier Ridley Scott des années 2020 est un grand cru, et à y regarder de plus près même, Sir Scott pose là son meilleur film depuis une éternité (j’aurais presque envie de dire depuis « Gladiator » ou du moins depuis « Kingdom of Heaven« ). Puissant, passionnant, sombre, crasseux, féministe sans tomber dans le piège d’en faire trop, magnifique dans son esthétique, brillant dans son montage qui redéfinit encore et encore cette histoire, parfaitement tenu par ses acteurs… Bref, ce cru 2021 pour Ridley Scott est un grand film, dans lequel j’ai d’ores et déjà envie de me replonger.

Note : 18/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.