janvier 28, 2022

La Voix Humaine

Titre Original : The Human Voice

De : Pedro Almodovar

Avec Tilda Swinton

Année : 2021

Pays : Espagne

Genre : Drame

Résumé :

Une femme regarde le temps passer à côté des valises de son ex-amant (qui est censé venir les chercher, mais n’arrive jamais) et d’un chien agité qui ne comprend pas que son maître l’ait abandonné. Deux êtres vivants face à l’abandon.

Avis :

S’il y a bien un cinéaste espagnol qui est connu et reconnu à travers le monde, c’est bien Pedro Almodóvar. Cinéaste à l’univers singulier, cinéaste admiré, cinéaste qui collectionne les Goya comme je collectionne les DVD, Pedro Almodóvar a su s’imposer, et dans un sens, il a atteint une telle stature qu’il peut tout se permettre. Et c’est pourquoi, après avoir livré ce qui restera comme l’un de ses plus beaux films en 2019 (et personnellement peut-être mon préféré aujourd’hui), Pedro Almodóvar a décidé de se lancer dans un court-métrage. Pourquoi un court-métrage ? Parce qu’il en avait l’envie et les moyens, tout simplement.

Ainsi donc, presque deux ans après « Douleur et gloire« , Pedro Almodóvar est de retour tout d’abord en DVD, puis son film fera une pause en salle, car tout Almodóvar, même petit soit-il, mérite de faire un tour dans les salles obscures.

Douze ans après « La Conseillère anthropophage« , son précédent court-métrage, le réalisateur espagnol s’aventure dans son premier film en anglais et il a décidé, pour les trente minutes que son film allait durer, de laisser le premier rôle à Tilda Swinton. Ainsi donc, l’alliance Almodóvar/Swinton faisait d’ores et déjà rêver et à la découverte de ces quelques minutes, « La voix humaine » se pose comme un film tout ce qu’il peut y avoir de plus Almodóvarien. Un film qui ne sera peut-être pas essentiel dans la filmographie de son auteur, mais qui reste diablement intéressant et beau, pour sa mise en scène, pour tout ce qu’il nous fait imaginer, pour ses décors, ses couleurs, sa photographie, puis et bien sûr pour son actrice, drapée du plus beaux des rouges que son auteur aime tant.

Une femme se rend dans un magazine pour y acheter une hache. En rentrant chez elle, cette femme atteint son compagnon, ou son ex-compagnon, mais l’homme ne viendra jamais. Cette femme se sent abandonnée, puis d’un coup, le téléphone sonne…

« La voix humaine » est une pièce qui fut écrite par Jean Cocteau dans à la fin des années 20, pour être mis en scène pour la première fois en 1930. Cette pièce est le monologue d’une femme désespérée qui répond à son amant, ou son compagnon, au téléphone. Pedro Almodóvar est un amoureux de cette pièce, qu’il a déjà plus ou moins citée à travers son cinéma et à force de la citer, à force d’inspiration, Almodóvar a fini par se dire qu’il pourrait en faire une adaptation et ainsi donc, après des années qu’on pourrait presque qualifier d’obsession, le metteur en scène donne vie à sa manière à la femme que Jean Cocteau avait imaginée, presque cent ans auparavant.

Délire, voire caprice, d’un réalisateur qui peut désormais faire tout ce qu’il veut, ou profonde démarche artistique qui s’ancre parfaitement dans une filmographie, les réponses se trouveront peut-être à la frontière entre ces deux choix, mais quoi qu’il en soit, cette « … voix humaine » par Pedro Almodóvar demeure un petit de cinéma intéressant à bien des égards.

La première chose qui frappe pendant la diffusion, c’est l’imaginaire qu’on peut avoir de cette conversation. Après une ouverture des plus sublimes, une ouverture qui rappelle à quel point son réalisateur aime le rouge, et que cette couleur est faite pour son cinéma, Pedro Almodóvar nous entraîne dans un monologue au féminin. Un monologue qui sera alors bourré d’espoir et de regrets, et surtout un monologue dont le plus intéressant, finalement, est ce que l’on n’entendra pas. Et oui, cette conversation par téléphone est à sens unique, et ne sachant de son héroïne que ce que le cinéaste a voulu nous en montrer, on s’imaginera alors ce qui peut être dit, ou non, en guise de réponse de l’autre côté du fil. Sentiments amoureux, regrets, remords, envie, amours, désamours et fin d’une liaison qu’on imaginera plus ou moins intense, tout ceci et plus encore se bouscule aussi bien grâce à la voix d’une Tilda Swinton faite pour entrer dans le cinéma d’Almodóvar, que dans tout ce que l’on n’entendra jamais de la part de son interlocuteur. Ce pouvoir, de celui qu’on ne voit pas et au-delà de ça, de ce qu’on ne sait pas sur ces personnages, fait jouer notre imagination et cette « … voix humaine » se fait touchante dans son désespoir et tout l’amour qu’il y a, qu’il y avait et qu’il reste encore et restera.

L’autre élément qui vient en tête, par la suite, c’est la beauté, voire la grâce de cette mise en scène. Pedro Almodóvar nous entraîne dans un film parfaitement Almodóvarien. Un film qui tient une imagerie des plus superbes. Un film qui tient un style qui lui est propre, et Pedro Almodóvar sait parfaitement mettre en scène cette conversation, qui se voit en un sens comme une pièce de théâtre, et pour cela, il nous entraîne dans un faux appartement, nous montrant bien la facticité du décor, comme si « La voix humaine » de Cocteau, même si elle est mise en images, ne peut se passer nulle part ailleurs que sur une scène de théâtre. La démarche est intéressante, même si elle peut aussi résonner comme un petit caprice d’artiste. Mais qu’importe finalement, car on se laisse entraîner par ce qui nous est raconté et ce qu’il ne nous est pas raconté.

Ainsi donc, avant de retrouver Penelope Cruz pour « Madres paralelas« , Pedro Almodóvar a voulu s’essayer à autre chose, il a eu l’envie de faire une expérience et mettre en images ce qui l’obsédait depuis des années. « La voix humaine » ne sera peut-être pas un essentiel dans la filmographie de son metteur en scène, mais caprice ou non, ce court-métrage demeure un très bel exercice et un film qui joue très bien sur l’imagination du spectateur et rien que pour cela, en plus de la mise en scène d’Almodóvar et l’interprétation sans faille de Tilda Swinton, « La voix humaine » est une curiosité qui mérite le coup d’œil, en DVD, ou quand il sortira dans nos salles de cinéma.

Note : 14/20

Par Cinéted

Une réflexion sur « La Voix Humaine »

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