janvier 28, 2022

Madres Paralelas – Almodovar et les Mères

De : Pedro Almodovar

Avec Penélope Cruz, Milena Smit, Israel Elejalde, Aitana Sanchez-Gijon

Année : 2021

Pays : Espagne

Genre : Drame

Résumé :

Deux femmes, Janis et Ana, se rencontrent dans une chambre d’hôpital sur le point d’accoucher. Elles sont toutes les deux célibataires et sont tombées enceintes par accident. Janis, d’âge mûr, n’a aucun regret et durant les heures qui précèdent l’accouchement, elle est folle de joie. Ana en revanche, est une adolescente effrayée, pleine de remords et traumatisée. Janis essaie de lui remonter le moral alors qu’elles marchent telles des somnambules dans le couloir de l’hôpital. Les quelques mots qu’elles échangent pendant ces heures vont créer un lien très étroit entre elles, que le hasard se chargera de compliquer d’une manière qui changera leur vie à toutes les deux.

Avis :

Pedro Almodóvar, soixante-douze ans, est un cinéaste espagnol qu’on ne présente plus. Il faut dire que depuis plus que quarante ans maintenant, Pedro Almodóvar a embelli le cinéma espagnol à grands coups de métrages dont seul lui a le secret. 2021 est une année tout à fait particulière pour le réalisateur, puisque « Madres Paralelas« , son vingt-deuxième film, est le deuxième métrage qu’il propose cette année. Sorti discrètement en Mars dernier en DVD et encore plus discrètement au cinéma en Juin, Pedro Almodóvar nous avait proposé un court-métrage, « La voix humaine« , son premier film en anglais, avec notamment Tilda Swinton.

Après neuf mois d’absence et être passé par la Mostra de Venise, où Penelope Cruz a été sacrée meilleure actrice, voici que « Madres Paralelas » débarque dans nos salles de cinéma, et si ce nouvel Almodóvar ne figurera pas dans le panthéon des grands films du cinéaste, ce deuxième cru 2021 est assurément un beau, très beau, film.

Croisant plusieurs intrigues dans son intrigue, « Madres Paralelas » est un film qui, comme l’on s’en doute, aborde le sujet de la maternité, mais pas que, car le metteur en scène, de manière ingénieuse, implante au sein des maux de son film, une réflexion sur la grande histoire de l’Espagne, qui évoquera une douleur, qui malgré les années, n’arrive pas à cicatriser.

Janis, la quarantaine, et Ana, dix-sept ans, se rencontrent à l’hôpital où elles sont venues toutes les deux pour accoucher. Toutes deux sont célibataires et toutes deux ont très envie d’être mère. Cette rencontre fortuite va pourtant chambouler leur vie à tout jamais.

« Madres Paralelas » est le nouveau film de Pedro Almodóvar et c’est un film qui réunit bien des thématiques que le cinéaste chérit depuis des années. Deux ans après un chef-d’œuvre que je ne me lasse pas de voir et revoir, « Douleur et gloire« , le réalisateur fait son retour pour nous offrir un film aussi riche qu’il se fait touchant.

En gestation depuis plus de vingt ans, « Madres Paralelas » est un film que le réalisateur aura pris du temps à écrire, et au-delà de ça, c’est un film qui va être bien plus complexe qu’il n’y parait. Comme je le disais plus haut, « Madres Paralelas » est un film qui tient deux histoires dans son intrigue. La première nous raconte l’histoire de deux femmes qui accouchent et qui vont se retrouver liées l’une à l’autre à vie. Cette première intrigue, qui peut avoir un goût de déjà vu et un goût grossier, tant Pedro Almodóvar peut exagérer certains des rebondissements, arrive toutefois sans aucun mal à nous entraîner et nous emporter vers de jolis sommets d’émotions. Si ça peut résonner comme déjà vu, Pedro Almodóvar arrive aussi à nous raconter cette histoire avec nouveauté et surprise, et il évite tous les pièges de la facilité et de la prévisibilité, ce qui fait que plus « Madres Paralelas » se dévoile, plus il raconte ses liens, ses amours, ses angoisses, et plus il se fait intéressant et beau.

Puis presque en filigrane, en arrière, Pedro Almodóvar explore au travers d’un personnage les cicatrices profondes de l’Espagne. Totalement surprenant de ce côté, touchant et passionnant, « Madres Paralelas » explore alors les disparitions sous le régime de Franco. Des disparitions qui font que certaines familiales, quelque part, demeurent coincées dans le passé. Astucieux, Pedro Almodóvar arrivera alors à faire basculer son film, pour que cette histoire se conjugue parfaitement à ces histoires de jeunes mères.

Ce scénario est aussi accompagné et soutenu par une mise en scène aussi élégante que surprenante. Typiquement Almodóvarien, on retrouve tout ce qui fait la beauté et l’élégance du cinéma du réalisateur. Le montage est superbe, le rythme ne faiblit jamais, les fondus au noir qui marquent presque des chapitres sont de petits chefs-d’œuvre de beauté à eux seuls. L’ambiance, aussi solaire que tendue, sonnant parfois comme un Hitchcock, nous tient à merveille. Cadres, mouvement, lumière, tout est magnifique, presque trop même. Bref, c’est beau et l’on se plaît à suivre cette histoire qui sait nous tenir aussi en suspens.

« Madres Paralelas » est la huitième collaboration entre Almodóvar et l’une de ses muses, Penelope Cruz, et autant dire que le réalisateur lui offre encore une fois un sublime rôle. Un rôle qui a parfois des côtés clichés et pourtant ce rôle ne cesse de nous surprendre. Penelope Cruz est comme toujours incroyable et bouleversante. « Madres Paralelas« , c’est une histoire de mères, et la deuxième de ce film, c’est Milena Smit, qui s’impose comme une très belle révélation. L’actrice tient un rôle qui ne cesse de se faire intriguant d’un côté et de l’autre le réalisateur la filme avec beaucoup de magnétisme qu’elle en crève l’écran.

Le reste du casting ne sera aussi que plaisir avec d’un côté le charme et le talent d’Israel Elejalde et le plaisir de retrouver Rossy De Palma (qui est elle aussi une des muses du réalisateur avec pas moins de huit films ensemble) et Julieta Serano (huit films aussi) qui y fait une touchante apparition.

Si « Madres Paralelas » n’arrive pas à à la hauteur de chefs-d’œuvre tels que Douleur et Gloire, « Tout sur ma mère« , « Volver« , « Femmes aux bords de la crise de nerfs » ou « Matador« , il n’en reste pas moins que ce deuxième cru 2021 est magnifique, intéressant et très touchant. Surprenant d’un côté, déjà-vu et cliché de l’autre, Pedro Almodóvar arrive sans mal à nous entraîner dans cette intrigue, qui va se révéler bien plus riche et intéressante qu’elle n’y paraissait au départ. Bref, il est fort ce Pedro !

Note : 15/20

Par Cinéted

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