février 20, 2026

Hantise – La Très Mauvaise Adaptation de Shirley Jackson

Titre Original : The Haunting

De : Jan de Bont

Avec Lili Taylor, Liam Neeson, Catherine Zeta-Jones, Owen Wilson

Année : 1999

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Sous prétexte de les guérir de leurs insomnies, le docteur David Marrow a invité à « Hill House » trois de ses patients, Theo, jeune femme belle et élégante, Luke, cobaye professionnel qui est venu pour gagner un peu d’argent ; et Lili, fragile, sensible et vulnérable. En réalité, le docteur conduit une expérience sur les mécanismes de l’angoisse. Or, le château de « Hill House », lugubre résidence construite au XIXe siècle par le richissime industriel Hugh Crain, homme cruel et tourmenté, a la réputation d’être hanté.

Avis :

En 1959, l’écrivaine Shirley Jackson va écrire un roman qui fera sa renommée, La Maison Hantée. Racontant l’histoire d’un docteur en parapsychologie voulant prouver l’existence des phénomènes paranormaux et embauchant quatre cobayes au sein d’une maison supposée hantée, le roman va faire beaucoup de bruit, jusqu’à devenir un immanquable pour les fans d’horreur littéraire. Bien entendu, un tel succès va attirer les producteurs du septième art, c’est Robert Wise qui va se coller à la première adaptation en 1963 avec La Maison du Diable. Le film est réussi, mais il faudra attendre plus de trente ans pour voir débouler un remake, avec Hantise de Jan de Bont. Dès lors, l’éditeur Fleuve Noir décide de renommer le roman de l’autrice en changeant La Maison Hantée par Hantise. Mais peut-être n’aurait-il pas dû, tant le film va être mauvais, et ne quasiment plus coller à l’histoire du roman.

Ici, il est toujours question d’un médecin qui veut faire des tests sur des patients, mais pas pour prouver l’existence du paranormal, mais plutôt pour faire une étude sur la peur. De ce fait, il a besoin de trois personnes qu’il va recruter à cause de problèmes de sommeil, les rendant alors plus sensibles aux phénomènes effrayants. Dans tout ce lot, on retrouve une femme un peu festive et délurée, un jeune homme qui ne trouve jamais le sommeil, et une jeune femme qui vient de perdre sa mère handicapée, qui lui menait la vie dure. Tout ce petit monde se retrouve dans le château de Hugh Crain, un sinistre personnage qui a eu une vie tourmentée avec de nombreux décès d’enfants non élucidés. Bref, comme on peut le voir, on s’éloigne grandement du roman de base pour tenter d’être plus moderne dans les thèmes.

« le film s’enlise dans une démarche malhonnête »

Mais ce ne sera qu’un feu de paille. Très rapidement, le film s’enlise dans une démarche malhonnête, qui va faire du frontal et du raccourci dans tous les sens. En premier lieu, les personnages sont écrits avec les pieds. Le docteur, joué par Liam Neeson, est inintéressant au possible, et on ne peut pas dire que ses objectifs scientifiques soient mis en avant. IL est un personnage secondaire sans background et sans aucune empathie. Ensuite, la supposée « héroïne » est d’une naïveté pénible. Lili Taylor joue comme une patate, effrayée par tout et n’importe quoi, et n’arrivant jamais à créer le moindre impact sur nous. C’est pourtant le personnage pivot de ce scénario, mais les raccourcis sur ses origines, ou encore sur son extra-sensibilité sont d’une fadeur pénible. Et il en va de même pour les personnages de Theodora ou Luke.

Là où le roman arrivait à créer une cohésion de groupe, avec des personnages qui s’entraidaient et avaient de vrais backgrounds, ici tout est lissé à l’extrême. Exit donc le côté de Theodora que l’on remplace par une fille festive et légère. Et Luke ne sera plus l’héritier de ce domaine qui accueille le groupe. Il ne sera qu’un type lambda avec des problèmes de sommeil. Bref, tout ça ne sert pas le propos du film, ni même sa pseudo enquête autour de Hugh Crain et des enfants disparus. Le scénario s’embourbe une succession de saynètes qui doivent faire peur, ou alors montrer que la maison prend petit à petit possession de cette pauvre Lili, qui a à la fois peur et se montre déterminer pour sauver les âmes des enfants. Et cela sans jamais profiter du cadre qui est offert avec un tel manoir.

« les effets de peur sont d’une banalité affligeante »

Les pièces sont sublimes, grandes, baroques, mais rien n’est fait pour ajouter de la frayeur au décorum. Le schéma était pourtant simple, avec des salles incongrues, comme ce carrousel au milieu d’un palais des glaces, que l’on nous présente en préambule en suivant Lili et Theodora qui visitent les lieux, mais par la suite, ce sera juste pour un court moment sans importance. On a l’impression que Jan de Bont ne sait que faire de tout ce matériel, et se contente donc d’empiler les scènes dans l’espoir que ça suscite quelque chose chez le spectateur. Et c’est louper, puisque la peur ne sera jamais au rendez-vous, laissant place, petit à petit, à un ennui poli. Comment créer de la peur chez le spectateur quand il se fout royalement des personnages et que l’ambiance n’a aucune forme d’épaisseur ou de travail (pas de lumière, pas de fumée, photo banale).

Et puis les effets de peur sont d’une banalité affligeante, même pour l’époque (pas si lointaine). On retrouve les portes qui essayent de s’ouvrir, le froid qui s’invite, les apparitions dans les draps et les rideaux, bref, tout ce qui fait un film de fantôme lambda et sans aucune âme. Mais le pire ici, c’est l’utilisation abusive des CGI qui étaient déjà dégueulasses pour l’époque. Jan de Bont ne possède aucune finesse et se refuse à utiliser l’atmosphère comme levier pour susciter la frousse. Ici, tout est mécanique, sans une once d’originalité. Le fait de vouloir rendre la maison vivante n’est pas une mauvaise idée en soi, mais encore faut-il le faire avec intelligence, et pas une grossièreté comme on peut le voir dans ce film. Et bien évidemment, le tout est édulcoré pour échapper à une interdiction en salle, rendant l’ensemble bien trop sage, graphiquement parlant.

Au final, Hantise est un mauvais film, et il le reste encore avec les années qui passent. Jan de Bont n’a rien compris à l’essence même du roman, et part sur un truc frontal moche et imbécile. Il s’agit-là d’un film de fantôme sans aucune finesse, au scénario vide de sens, et aux personnages inexistants et sans aucun background intéressant. Bref, parfois, le temps fait réhabiliter certains films, mais là, ce n’est clairement pas le cas…

Note : 05/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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