
De : John Badham
Avec Matthew Broderick, Ally Sheedy, John Wood, Dabney Coelman
Année : 1983
Pays : Etats-Unis
Genre : Thriller
Résumé :
David Lightman, jeune lycéen, est aussi un hacker de génie capable de déjouer des systèmes de sécurité informatique hyper sophistiqués, de déchiffrer les codes secrets les plus complexes et de réussir les jeux vidéo les plus difficiles. Mais lorsqu’il fait intrusion par erreur dans le système informatique du département de la défense, le NORAD, les conséquences de ses actes prennent des proportions beaucoup plus dramatiques… comme le déclenchement de la troisième guerre mondiale !
Avis :
C’est au début des années 70 que John Badham commence à travailler pour la télévision, notamment en dirigeant des épisodes de séries, comme Les Rues de San Francisco ou Kung Fu. Fait rare, le réalisateur atteindra la consécration dès son premier long-métrage, à savoir La Fièvre du Samedi Soir. Film culte chez culte, c’est à cause de lui que l’on doit la propagation de la musique disco dans le monde et grâce à lui que John Travolta va devenir une star populaire, allant jusqu’à une nomination pour les Oscar. Par la suite, John Badham ne va jamais lâcher sa caméra, et il va même faire sa propre interprétation de Dracula, avec Frank Langella dans le rôle du célèbre vampire. En 1983, il va alors encore changer de registre, puisqu’il propulse Matthew Broderick sur le devant de la scène dans un thriller en avant sur son temps.

Quand sort WarGames, il n’est pas encore question d’intelligence artificielle. Ou tout du moins pas comme on l’entend aujourd’hui. Le film se base sur un fait réel, puisqu’en 1979, suite à un accident sur une programmation d’ordinateur, des techniciens ont réellement cru, pendant six minutes, que des soviétiques avaient balancé des missiles nucléaires sur les Etats-Unis. Forcément, cela a donné des idées à plusieurs scénaristes, et à John Badham, pour placer une intrigue sous tension, alors que la guerre froide est encore d’actualité. WarGames va alors raconter l’histoire d’un jeune garçon, très intelligent, passionné de jeux vidéo, qui va hacker un nouveau système et faire croire à une intelligence artificielle que la guerre est déclarée entre les States et la Russie. Les conséquences peuvent être désastreuses, et il va falloir tenter de bloquer cet ordinateur, dont le créateur est mort.
« doit-on faire confiance à la « perfection » d’une machine ? »
Le début du film est assez intéressant, car il montre les faiblesses de l’être humain en cas de grosse tension. On y voit deux types dont le rôle est d’activer des missiles nucléaires en cas de menace, et l’un des deux en est incapable. On assiste alors à une réunion de crise, où il est question du manque de nerf chez l’homme, puisque seulement 27% ont réussi à passer ce test. Un homme présente alors un nouveau jouet, un gros ordinateur qui semble être capable de prévoir les attaques soviétiques, et d’agir en conséquence. Avec cette introduction, John Badham pose les bases de la réflexion de son film : doit-on faire confiance à la « perfection » d’une machine, ou est-il plus prudent de garder les « imperfections » de l’être humain ? Une réflexion qui est toujours d’actualité aujourd’hui, avec l’avènement de l’intelligence artificielle.
Par la suite, le film se focalise alors sur David, un jeune garçon qui n’est pas bon à l’école alors qu’il est un génie de l’informatique. Ici, le but est de donner corps au futur héros du long-métrage. On y voit un jeune ado passionné par les jeux vidéo, heureux dans sa vie, curieux, un brin dragueur, mais qui ne souhaite du mal à personne. Cependant, c’est un malin, et en voyant l’arrivée d’un nouvel ordinateur, il décide de hacker le système pour avoir les jeux en avant-première. Et il tombe sur le simulateur de guerre utilisé par l’armée. Croyant que ce n’est qu’un jeu, et pour faire le beau devant une fille, il décide de faire croire à des attaques nucléaires sur certaines villes des Etats-Unis. Il va alors déclencher le réveil de Joshua, nom du logiciel qui va réellement mettre en péril les relations entre les deux pays susmentionnés.
« John Badham ne parvient jamais à nous faire craindre le pire »
Cette deuxième partie est sans doute la plus intéressante dans le film, et c’est à quelque part un problème. On y voit le développement de l’intrigue, comment David traine dans des sphères de hackeurs alors que cela n’est que les prémices de l’informatique, et en même temps, il est impossible de ne pas ressentir de l’empathie pour ce garçon passionné et un peu inconscient. Là où c’est un problème, c’est que le côté thriller sera moins intéressant que le reste. Une fois que David est arrêté par l’armée, la tension n’est jamais à son comble. John Badham ne parvient jamais à nous faire craindre le pire, et cela vient sans doute de l’histoire qui piétine, et qui ne révèle jamais les liaisons entre les différentes sphères politiques, u géopolitiques. Il manque vraiment quelque chose dans cette partie pour que l’ensemble soit vraiment prenant et inquiétant.
Et puis il faut bien l’avouer, le film a quand même vieilli. Non pas dans sa réalisation, qui est toujours bien fichu, mais plutôt dans les rouages de son scénario. Si WarGames était en avance sur son temps, aujourd’hui, il est clairement dépassé avec son ordinateur gigantesque qui fait ce qu’il veut. La partie enquête est trop vie expédiée pour vraiment jouer, à la fin, un duel entre David et la machine, et la sauce ne prend pas vraiment car ça a pris un coup de vieux. C’est dommage, car dans le fond, le film est toujours d’actualité, mais certains moments s’avèrent presque gênants, comme le duel final, l’installation militaire, ou encore certains sujets de fond qui sont à peine effleurés, comme lors de la visite de journalistes dans le site sensible, alors que c’est tendu entre la Russie et les Etats-Unis.

Au final, WarGames est un film qui souffle le chaud et le froid, même s’il reste hautement recommandable. Si la partie géopolitique est trop prudente, le scénario se rattrape sur son personnage principal, bien travaillé et attachant, ce qui permet de ressentir de l’empathie pour lui, et sa quête. Cependant, il faut reconnaître que le film a vieilli sur certains aspects, et notamment sur ce logiciel de prévention qui devient incontrôlable. Même si aujourd’hui, on a un parallèle à faire avec l’intelligence artificielle, le côté désuet est parfois désarmant…
Note : 13/20
Par AqME
