janvier 28, 2022

Jusqu’en Enfer

Titre Original : Drag me to Hell

De: Sam Raimi

Avec Alison Lohman, Justin Long, Lorna Raver, David Paymer

Année : 2009

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Christine Brown, spécialiste en crédit immobilier, vit à Los Angeles avec son petit ami, le Professeur Clay Dalton. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où la mystérieuse Mme Ganush débarque à la banque et la supplie de lui accorder un crédit supplémentaire pour sa maison. Christine hésite entre la compassion et la pression de son patron, Mr Hicks, qui la voudrait plus ferme avant de lui octroyer une promotion. Fatalement, Christine choisit sa carrière, même si sa décision met Mme Ganush à la rue. Pour se venger, la vieille femme jette la malédiction du Lamia sur Christine, transformant sa vie en un véritable cauchemar. Hantée par un esprit malfaisant, incomprise de son petit ami, elle se fait aider du medium Rham Jas, qui l’entraine dans une course frénétique contre la damnation éternelle, pour inverser le sortilège…

Avis :

Parmi les réalisateurs de films d’horreur les plus connus, Sam Raimi s’impose presque comme une référence. Car même si le réalisateur a fait des détours super-héroïques au cours de sa carrière (et il a d’abord fait Darkman avant de s’attaquer à l’homme-araignée), il reste celui qui a fait Evil Dead, un film innovant, gore, complètement fou et qui a permis à Bruce Campbell de lancer une belle carrière, assez fluctuante, mais résolument groovy. Alors forcément, quand le type se lance dans un nouveau film d’horreur en 2009 après son incursion chez Marvel, cela a de quoi attirer le regard, mais aussi attiser les curiosités. Car comment Sam Raimi peut renouer avec ses premiers amours ? Mais il faut croire que c’est comme le vélo et que cela ne s’oublie pas. Avec Jusqu’en Enfer, le réalisateur livre une partition presque parfaite, où l’on ressent encore toute sa folie.

Il faut dire que Sam Raimi a une façon bien à lui de manier la caméra et il utilise des codes très personnifiés. A titre d’exemple, dans Evil Dead, pour symboliser la folie qui s’empare de Ash, on se rend vite compte que les cadres deviennent penchés, comme pour montrer le changement de psychologie de son héros. Dans Jusqu’en Enfer, c’est sensiblement la même chose, puisque chaque phase où le personnage principal va être torturé par le Lamia, la mise en scène accumule les plans de travers avec des contre-plongées, renforçant ainsi le côté fou et malsain de la créature ou de la situation. On sait aussi que Sam Raimi est quelqu’un de très généreux dans sa mise en scène. Relativement frénétique, le film n’arrête pas une seule seconde et s’enclenche très vite sur une succession de déboires relativement efficace, évitant non seulement l’ennui, mais proposant aussi un véritable déluge de scare jump ou de montée en pression. Utilisant à merveille le physique de ses acteurs et les lumières sombres, Sam Raimi montre aussi tout son savoir-faire dans des moments d’angoisse pure, à l’image de l’attaque de la vieille dans la voiture de l’héroïne.

Mais le plus étrange dans ce film, c’est clairement son fond, très sombre sur l’âme humaine et sa galerie de personnages tous plus ou moins détestables mais qui fonctionnent à merveille. Il est très compliqué de sentir de l’empathie pour l’héroïne car cette dernière n’est qu’une carriériste, se vouant corps et âme à son travail, au mépris des gens faibles ou dans le besoin. Véritable image d’Epinal de la première de classe prête à tout pour écraser ses adversaires, Sam Raimi met en avant une jeune femme ambitieuse qui va payer le prix fort. Le plus étonnant, c’est que tous les personnages sont de cet acabit, que ce soit le petit copain fortuné, ses beaux-parents aux principes érodés ou encore le collègue de boulot prêt à tuer pour avoir une place plus haute. Du coup, le cinéaste va trouver une parade imparable pour que malgré tout on s’attache au personnage d’Alison Lohman, c’est qu’elle va en prendre plein la gueule et que le spectateur va prendre un plaisir malsain à la voir souffrir. C’est relativement jouissif et à tour de rôles les personnages vont en prendre pour leur grade, comme le collègue de boulot qui va se chier dessus, le patron de la banque qui prendra une bonne rasade de sang ou encore les médiums, ne rêvant que de vengeance et non pas de rédemption, le paieront de leur vie. Même la vieille gitane, à l’origine de la malédiction, sera une saloperie sans nom.

Bien évidemment, à l’image de son auteur, Jusqu’en Enfer sera très généreux en gore et en passages clairement dégueulasses. Si le sang coulera à flots lors de certains passages, ce n’est pas tant les mises à mort qui seront intéressantes dans ce film, puisqu’il n’y en a pas. En fait, le film se concentre uniquement sur la pauvre Alison Lohman et son combat contre le Lamia ou contre Sylvia Ganush, la vieille gitane qui l’a maudite. Et afin de montrer le lien indéfectible qu’il y a entre la vieille et la jeunette, tout ou presque passe par la bouche. En effet, l’héroïne va prendre une flopée de saloperies dans la gorge, que ce soit de la terre, des vers, du liquide d’embaumement ou encore de la salive et même carrément un bras ou une mouche, tout passe bouche et c’est à la fois flagrant et relativement sale. Jouant parfois sur le dégout, Sam Raimi s’en donne à cœur joie dans ce film. Cependant, on notera que certains effets spéciaux, et notamment les numériques, ont quelque peu vieilli. Rien de bien méchant, mais les bonnes vieilles méthodes de maquillage sont les plus efficaces, à l’image de la chèvre qui parle. Et le plus gros défaut que l’on pourrait octroyer à ce film, c’est qu’il ne fait pas tellement peur. Si certains passages sont angoissants, le délire prend bien souvent le pas sur la peur, la faute à une surenchère de gore qui en devient drôle. Mais Jusqu’en Enfer remplit parfaitement son cahier des charges, à savoir alterner les phases drôles et les phases un peu plus angoissantes.

Au final, Jusqu’en Enfer est un très bon film de Sam Raimi. Si certains avaient peur que le cinéaste ait perdu de sa verve à se laisser aller chez Marvel, il n’en est rien et il le prouve avec ce film généreux et complètement fou. Beaucoup plus libre de ses mouvements, le réalisateur livre un film à la mise en scène virevoltante et à l’histoire intéressante, en profitant au passage pour critiquer ouvertement le cynisme de notre époque et cette volonté toujours plus puissante de ne penser qu’à soi et à son propre avenir sans se soucier des autres. Un film d’horreur gore, drôle et intelligent donc.

Note : 17/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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