
Auteurs : Rurik Sallé, Eric Corbeyran, Jef
Editeur : Ankama
Genre : Fantastique
Résumé :
Japon, été 1970. Le réveil de Takashi, jeune pêcheur du port de Shikomi, sonne alors qu’il fait encore nuit… En tirant ses rideaux, il observe les villageois affolés : il est bien 9h du matin… mais le jour ne s’est pas levé ! Pire encore, la température chute brutalement et la neige se met à tomber… La situation devient critique : si la route n’est plus praticable, Shikomi sera totalement isolé. Alors que des villageois volontaires partent chercher des secours, les autres trouvent refuge dans le bar de Makiko, dont la bonne humeur réchauffe tous les coeurs. Cependant, l’arrivée de Kohei, l’ivrogne du village, va tout bouleverser… Ce dernier raconte avoir vu un cadavre bardé de coups de lames si profonds que la neige est recouverte de sang. Takashi décide d’aller voir par lui-même et constate qu’il dit la vérité… Que s’est-il passé ? Y a-t-il un assassin parmi eux ?
Avis :
La BD est un médium culturel assez intéressant dans le fait qu’il pousse certains scénaristes à faire des efforts d’écriture. C’est-à-dire que le choix de faire un one shot sera totalement différent que celui de raconter une histoire sur plusieurs tomes, et que parfois, il faut faire des choix narratifs pas évidents. A cela, il faut rajouter aussi la pression des éditeurs, qui veulent faire de la rentabilité, et qui parfois jouent sur les contrats, préférant un tome à quatre, ou demandant alors une rallonge si la série se vend bien. Néanmoins, ces choix scénaristiques apportent parfois des déceptions, notamment quand on sent qu’il n’y a pas assez de place pour développer certains personnages, ou certains pans de l’histoire. Et c’est un peu ce qu’il se passe avec Neige de Sang scénarisé par Rurik Sallé et Eric Corbeyran, et dessiné par Jef.

Nous sommes en 1970, en plein été, dans un petit village japonais. On apprend rapidement que le village n’est plus aussi fréquenté qu’auparavant, la faute à une déviation qui permet aux automobilistes de ne plus traverser le lieu. Puis le ciel s’obscurcit, et une tempête de neige s’abat sur le village. Tout le monde se réfugie dans la taverne, lorsque des corps sont retrouvés dans la neige, lacérés de coups de katana. Certaines personnes vont alors mener l’enquête, et les élucubrations vont bon train, avec notamment une légende autour de cinq samouraïs qui auraient été empoisonnés par les villageois, il y a fort longtemps. C’est le postulat de base de cette bande-dessinée qui va jouer sur deux registres : une enquête par un jeune couple, et un aspect un peu horreur avec des fantômes de samouraïs.
L’histoire se déroule sur une semaine, et la BD est chapitrée en fonction des jours. Cela donne une sensation de compte à rebours qui est plus plaisante, puisqu’on a l’impression que les choses s’accélèrent rapidement, ne laissant aucun temps mort. La lecture est fluide, il n’y a pas d’anicroche et Neige de Sang peut se voir comme un bon page-turner. D’autant plus que la partie enquête se révèle assez intéressante, avec quelques éléments fantastiques qui permettent alors de nous plonger dans une ambiance à la fois mortifère et onirique. De plus, les dessins de Jef sont vraiment beaux. On sent qu’il y a eu un vrai travail de recherche pour coller au mieux à cette ambiance si particulière des années 70, au Japon. On notera un sacré travail sur les couleurs. Le contraste entre les tons sépia de la taverne et le bleu/noir du froid extérieur est vraiment bien rendu.
Cependant, la BD n’est pas parfaite, et il réside en son sein quelques scories qui sont dues au format. C’est-à-dire que le scénario prévoit que l’on ressente de l’empathie pour le jeune couple d’enquêteurs, notamment quand il fouille la cabane du menteur. Mais les choses vont beaucoup trop vite, et de ce fait, sur le point final, on ne va pas ressentir les émotions recherchées. C’est dommage, car cela aurait été grand, si seulement il y avait plusieurs tomes pour travailler les personnages plus en profondeur. Ensuite, sur l’explication de la venue des fantômes, on ne restera que sur des suppositions. Les habitants émettent des hypothèses dans la taverne, élaborant alors la peur des villageois de l’époque, mais rien ne sera vraiment vérifié et vérifiable. Ce sentiment d’urgence que l’on a avec le chapitrage empêche réellement de prendre le temps de construire de bons personnages, ainsi qu’une bonne raison.

Au final, Neige de Sang est une BD qui est relativement plaisante à lire. C’est rapide, fluide, intéressant dans son ambiance, et les dessins de Jef sont vraiment très beaux. Mais malheureusement, le format one shot empêche un bon développement des personnages. On ne ressentira aucune empathie pour eux. Et on n’aura jamais les raisons de l’arrivée des spectres, restant alors sur les suppositions des villageois, et jamais rien sur quelque chose d’acquis. Bref, c’est une BD sympathique, mais qui détient un potentiel qui ne sera jamais pleinement exploité.
Note : 14/20
Par AqME
