janvier 8, 2026

La Fille du Dr. Jekyll – Un Bon Film d’Exploitation ?

Titre Original : Daughter of Dr. Jekyll

De : Edgar G. Ulmer

Avec Arthur Shields, Gloria Talbott, John Agar, John Dierkes

Année : 1957

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Partie avec son fiancé en Angleterre pour hériter d’une maison familiale, Janet découvre qu’elle est en fait la fille du Dr. Jekyll. Très vite, elle se retrouve hantée par d’affreux cauchemars et le sang se met à couler.

Avis :

L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de mister Hyde demeure un classique de la littérature gothique du XIXe siècle. Son succès aidant, il a bénéficié de nombreuses adaptations cinématographiques et télévisées. On peut évoquer le film de John S. Robertson avec John Barrymore ou la version de Rouben Mamoulian avec Fredric March, en tête d’affiche. Produit par Paramount, ce dernier métrage coïncide avec l’âge d’or des monstres des studios Universal. Ceux-ci ont d’ailleurs fait l’objet de déclinaisons dédiées à une exploitation outrancière de leur supposés enfants. On songe, entre autres, à La Fille de Dracula et La Fille de Frankenstein. Ici, nous avons droit à la progéniture du célèbre praticien britannique.

La Fille du docteur Jekyll se présente avant tout comme un film de commande. Une adaptation de l’univers de Robert Louis Stevenson qui ne s’attarde guère sur une quelconque fidélité à l’histoire originale. D’ailleurs, elle ne possède aucune occurrence avec la nouvelle, si ce n’est l’affiliation avec le médecin et son double maléfique. Afin d’amorcer l’héritage parental, on peut toutefois déduire une transposition au début du XXe siècle. Certaines allusions modernes renvoient à quelques anachronismes, tandis que le contexte s’ancre dans le siècle précédent. Le fait de se cantonner à la propriété des Jekyll renforce la notion d’intemporalité de la narration. Elle n’est d’ailleurs pas sans rappeler d’autres occurrences similaires, notamment avec Le Chien des Baskerville.

« Edgar G. Ulmer parvient à instaurer une ambiance gothique »

On songe à cette brume omniprésente ou à cette communauté invisible (dont le porte-parole est le domestique Jacob) percluse de superstitions. Les lieux restent empreints de légendes et de craintes. Preuve en est avec la femme de chambre qui refuse de résider dans la demeure à la levée de la Lune. Certes, le film dispose de moyens modestes. Son tournage s’est achevé en quelques jours. Ses ambitions s’orientent davantage vers des velléités mercantiles qu’artistiques. Pour autant, Edgar G. Ulmer parvient à instaurer une ambiance gothique et inquiétante que ne renieraient pas les fleurons de la Hammer. L’exercice du huis clos vient renforcer la sensation d’isolement face à un environnement étranger.

Contrairement à d’autres séries B du même acabit, on peut aussi avancer une dimension psychologique dans la narration. Cela ne tient pas uniquement au questionnement de l’ascendance entre la femme et son géniteur. On y discerne une profonde remise en question de ses valeurs, de sa capacité à se maîtriser. Crainte qui se traduit par la volonté de se faire enfermer dans la chambre à la nuit tombée. Dès lors, ce n’est pas tant la présence du double maléfique qui s’impose, mais la bestialité qui sommeille en chacun de nous. L’occurrence avec le loup-garou n’y est d’ailleurs pas anodine. Elle présente une importance prépondérante dans les considérations à venir, à un point tel qu’on pourrait croire qu’il y a erreur sur la créature.

« le film accumule différentes maladresses »

On songe à ces attaques nocturnes qui se multiplient ou à cette paranoïa grandissante qui se propage au sein de la population locale. Pour autant, le film accumule différentes maladresses, sans doute est-ce la faute à la précipitation de la production ou à la négligence qu’on porte à son histoire. Cela sans oublier différentes invraisemblances narratives ou des ficelles éculées pour susciter mystère et suspense, là où ne réside que prévisibilité. Malgré l’ambiance générale, le cadre pâtit d’éléments stéréotypés pour instiller un sentiment d’effroi ou d’appréhension vis-à-vis des exactions perpétrées à la nuit tombée.

Au final, La Fille du docteur Jekyll augure d’un pur film d’exploitation. Une série B aux intentions mineures qui se résume à une variante facile du roman culte de Robert Louis Stevenson. À sa découverte, on y entrevoit pourtant davantage de subtilités qu’escompté. Cela porte sur son atmosphère lugubre, ainsi que sur son traitement psychologique. L’ambivalence de la protagoniste, eu égard à son héritage parental et à ses craintes légitimes, renforce l’imprévisibilité de son devenir. Pour autant, les ficelles scénaristiques rendent l’ensemble attendu. On reste ancré dans les carcans d’un film de commande. Il n’en demeure pas moins qu’Edgar G. Ulmer lui offre des perspectives inespérées pour s’affranchir d’une simple transposition contemporaine de son illustre modèle littéraire.

Note : 14/20

Par Dante

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