
Avis :
Si le Stoner est un genre qui n’est pas suffisamment mis en avant dans notre « culture » musicale française, il reste un genre à part entière passionnant et foisonnant. Riffs lourds et lents, ambiance poussiéreuse qui sent bon le désert et la chaleur, le Stoner est un genre qui pousse à l’introspection, sans avoir besoin de prendre du mezcal. Parmi la flopée de groupes qui officient dans ce genre, on retrouve des formations qui font uniquement de l’instrumental, c’est-à-dire sans chanteur ni parole. Tout le songwriting passe alors par les guitares et leurs riffs saturés. L’un des piliers de cela demeure Belzebong, quatuor polonais formé en 2008, et qui va sortir son premier album en 2011. Après un changement de batteur en 2014, le groupe enchaîne les albums, jusqu’à arriver à The End is High, quatrième opus sorti chez Heavy Psych Sounds Records.
Alors oui, que ce soit le nom du groupe ou la typographie même du logo, on sait que l’on fait face à un groupe qui joue sur les mots et sur la drogue. Entre Belzébuth et un bong, il n’y a qu’un pas, qui est allègrement franchi par les polonais. Néanmoins, si on pourrait croire à un groupe parodique, il n’en est rien. On fait face ici à un groupe très sérieux, qui propose un Stoner instrumental puissant et enivrant, jouant constamment sur les textures et les nuances pour nous faire voyager. Loin de sonorités dissonantes, ou encore d’ambiance brumeuse, Belzebong offre une musique lourde, puissante qui met clairement en avant les qualités techniques de ses musiciens. Depuis le premier album, les polonais suivent un schéma structurel similaire à chaque skeud, quatre morceaux pour un peu plus d’une demi-heure d’écoute, et cette dernière galette n’échappe pas à la règle.
Tout commence avec Bong & Chain, le plus long morceau de cet album, puisqu’il dépasse les dix minutes. Le début est caractéristique du Stoner, avec un riff lourd et long, qui pose une ambiance lourde, dans une ambiance très pesante, voire inquiétante. La seule chose que l’on espère quand ça attaque comme ça, c’est que le titre ne va pas se contenter de faire uniquement la même note pendant un long moment. Et heureusement pour nous, ce ne sera pas le cas. Au fur et à mesure du titre, l’ambiance s’étire, s’épaissit, la ligne de basse vient alourdir l’ensemble, et on se prend une belle chappe de plomb sur le coin de la gueule. Petit à petit, on se rend compte aussi que le rythme prend plus d’ampleur, que ça va plus vite, tout en gardant le côté lourd du Stoner en ligne de mire.

Et le final est intéressant, puisqu’il inclut quelques bruitages de gouttes qui semblent tomber d’un plafond, nous donnant l’impression d’entrer dans une caverne humide. Cette ambiance ne sera alors pas poursuivie dans le deuxième morceau, 420 Horsemen, qui fut le single sorti en 2025. On a droit à un début avec des paroles, mais ça ne compte pas vraiment, puisqu’il s’agit d’une réplique issue d’un film ou d’une série. Le groupe en profite alors pour continuer son travail de sape avec des riffs ultra lourds et une ambiance qui rejoint plus le Desert Rock. C’est poussiéreux, c’est puissant, et on ressent presque les grains de sable dans nos esgourdes. Le titre est vraiment excellent, et il démontre qu’il n’y a pas forcément besoin de paroles pour nous plonger dans une histoire précise. Seuls les riffs et l’atmosphère suffisent à nous faire imaginer un storytelling pertinent.
En abordant Hempnotized, on renoue avec un Stoner plutôt classique. Durant plus de huit minutes, le morceau est clairement grisant, et il faut s’accrocher pour ne pas avoir envie de headbanger dessus. D’autant plus que le groupe joue constamment sur les nuances, avec un final plus lent, mais aussi plus lourd, qui laisse plus de place à la batterie. L’ennui n’est jamais présent, puisqu’on a de nombreuses textures, avec notamment du fuzz, et l’ensemble tient pleinement la route. Enfin, Reefer Mortis clôture l’album de la meilleure des façons. C’est lugubre, d’une grosse densité, et dès le démarrage, on sent qu’on n’est pas là pour rigoler. La puissance qui se dégage du titre est impressionnante, et on va se prendre un gros parpaing dans la tronche. Un véritable déluge de riffs puissants, qui viennent côtoyer un autre riff, plus éthéré, donnant une ambiance zinzin.
Au final, The End is High, le dernier album de Belzebong, est une totale réussite, et la preuve par quatre qu’il n’y a pas besoin d’un chanteur pour faire du métal et un excellent effort. En l’espace d’un peu plus de trente-cinq minutes, les polonais nous envoient un Stoner puissant et mélodique, qui nous fait voyager dans de lointaines contrées. Loin du pastiche que l’on pourrait croire avec un tel nom de groupe, Belzebong démontre un talent inné et balance un album qui pourrait bien figurer dans les tops de fin d’année.
- Bong & Chain
- 420 Horsemen
- Hempnotized
- Reefer Mortis
Note : 17/20
Par AqME
