
Auteur : Stephen Baxter
Editeur : Presses de la Cité
Genre : Science-Fiction
Résumé :
En 2052, après une ultime inondation qui a submergé les dernières parcelles de terre présentes sur notre planète, la fin du monde a eu lieu. Quelques années auparavant, anticipant le déluge final, le gouvernement américain a eu l’idée de construire une arche. Non pas un bateau permettant de naviguer sur les eaux et de sauver ainsi les derniers survivants, mais une navette spatiale conçue pour accueillir à son bord une poignée d’individus destinées à fonder une colonie humaine dans l’espace, sur une nouvelle Terre. Reste à choisir les heureux élus… Suite grandiose et captivante du spectaculaire Déluge, Arche est une épopée palpitante qui, en ces temps de réchauffement climatique, pose une question très actuelle: si la Terre venait à disparaître, où irions-nous ?.
Avis :
La science-fiction constitue un registre où les divagations de l’imaginaire peuvent se projeter dans un avenir à plus ou moins longue échéance. Le genre fait montre d’une grande richesse, tant il peut évoquer de nombreux contextes à plus ou moins longue échéance. Cela sans oublier les différentes thématiques abordées, comme les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, le changement climatique ou l’exploration spatiale. Ces deux derniers sujets demeurent le point de mire du cycle des catastrophes de Stephen Baxter. Avec Déluge, l’auteur proposait une incursion angoissante et néanmoins vraisemblable sur la montée du niveau des océans.
Dans un premier temps, Arche ne constitue pas la continuité directe de son prédécesseur. En parallèle des évènements de Déluge, Stephen Baxter évoque les préparatifs propres à la troisième arche. En l’occurrence, celle qui se destine à un voyage interstellaire. En principe, l’idée demeure bonne pour effectuer un rappel du contexte et des catastrophes qui modifient le visage de la Terre. Il est également intéressant d’y entrevoir des compléments d’information au regard de ce qui a été avancé auparavant. Seulement, la mise en place s’avère plus laborieuse qu’escomptée, car elle se révèle répétitive.
Le premier tiers de l’histoire se montre poussif, car il ressasse des éléments déjà évoqués, ainsi que des faits qui restent superficiels. Au-delà de séquences qui laissent perplexes quant à leur pertinence, on s’empêtre dans une routine qui mêle rivalité des Candidats avec leur entraînement intensif. L’auteur s’attarde sur de nombreux détails ou aspects dispensables de son intrigue. Ceux-ci trouvent peu de résonnance dans ce qu’il advient par la suite. Qu’il s’agisse des ingérences ou du scepticisme du corps militaire, de l’égarement d’une des protagonistes auprès des personnes déplacées ou des investigations propres à un meurtre, rien n’est approfondi. Ce qui implique de se désintéresser de leurs péripéties, sans compter sur un niveau de gravité variable.
Il faut se contenter de quelques considérations formelles qui n’induisent que peu de conséquences ou d’incidences. Cela s’explique aussi par une structure elliptique qui n’hésite pas à effectuer des bonds de plusieurs années ou décennies pour progresser. Certes, le procédé était déjà présent dans Déluge. Cependant, il s’avérait mieux maîtrisé, car plus fluide dans son déroulement. Ici, on nous assène une multitude de données pour atteindre le point d’orgue d’une scène clef ou conclure un chapitre. Puis on embraye sur des évènements antérieurs qui brisent le rythme, tant ils sont distants de ce qui fut avancé dans les précédentes pages. Ce qui oblige le lecteur à resituer le récit, en comblant les manques par ses propres moyens.
Cela se confirme quand on engage l’exploration spatiale. On se contente alors d’exacerber les tensions et les velléités de pouvoir au sein de l’équipage pour remplir la vacuité d’un quotidien qui se résume à l’entretien du vaisseau. Les responsabilités propres aux naissances intersidérales sont reléguées au second plan, sans doute pour amorcer l’imbécillité d’une génération qui semble régresser sur un stade évolutif inférieur. On note d’ailleurs un parallèle avec ceux qui voient le jour sur la terre, leur propension à s’affranchir de la gravité (de l’eau au vide intersidéral), ainsi que leur obsession pour le sexe à un âge précoce. La déliquescence de la situation ne fait que se confirmer au fil des pages avec un agacement manifeste pour des protagonistes aussi incompétents que stupides.
Au final, Arche constitue une deuxième partie décevante pour le diptyque consacré au cycle des catastrophes. Stephen Baxter ressasse tout d’abord les mêmes mécaniques que le premier tome, au risque de se montrer redondant. Le rythme elliptique malmène également le sentiment d’immersion et accroît la passivité du lectorat au gré des chapitres. On occulte des éléments notables. On s’attarde sur des points de détail et des séquences superficielles. L’odyssée spatiale tant attendue et suggérée dans Déluge laisse place à une déconvenue où une bande d’adolescents vieillissent sans se remettre en question, tout en faisant montre d’immaturité. L’excursion s’avère vaine, longue et peu convaincante.
Note : 12/20
Par Dante
