novembre 30, 2022

La Petite Nemo et le Monde des Rêves – Le Deuil Pour les Enfants

Titre Original : Slumberland

De : Francis Lawrence

Avec Jason Momoa, Marlow Barkley, Chris O’Dowd, Kyle Chandler

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Fantastique, Aventure

Résumé :

Accompagnée d’un hors-la-loi extravagant, une jeune orpheline intrépide voyage dans le monde des rêves pour trouver une perle qui exaucera son vœu le plus cher.

Avis :

En 1905, Winsor McCay va révolutionner le monde de la bande-dessinée en sortant Little Nemo in Slumberland. Tout d’abord publié dans le New York Herald, puis dans le New York American, le récit va connaître un immense succès, jusqu’à se faire adapter en dessin-animé par son auteur en 1911. Aujourd’hui, cette histoire est connue de tous, mettant en scène un petit garçon qui rencontre le roi Morphée, le faisant alors voyager dans le pays des rêves afin qu’il rencontre une princesse. Il aura fallu un certain temps avant que Netflix ne se penche sur une adaptation, afin de la remettre au goût du jour. Féminisation du héros, enjeux plus concrets, avec notamment un travail autour du deuil, on peut dire que ce La Petite Nemo et le Monde des Rêves a des arguments pour parler à un public plus large, qui ne connaissait même pas l’œuvre originale.

Ici, Francis Lawrence et ses scénaristes reprennent sensiblement la même trame que la BD. On va y voir une petite fille qui voyage dans le monde des rêves lorsqu’elle s’endort, la faute à un père qui aime raconter des histoires, lui faisant travailler son imaginaire. Cependant, le cadre va vraiment changer, tout comme les tenants et les aboutissants du récit. Car même si c’est le voyage qui est important, il faut aussi trouver un but à ce voyage, et ici, ce sera cette volonté de retrouver son père, qui a perdu la vie en mer. Le cadre de l’histoire prend donc une importance relative, permettant de jouer sur plusieurs thèmes, comme le deuil, les souvenirs et le fait de devoir vivre ailleurs, avec d’autres personnes, qui sont toutes différentes. Pour parfaire cela, le récit va surtout se concentrer sur deux personnes, Nemo et son oncle.

« On ressent une profonde empathie pour cette jeune fille grâce à un double traitement, dans les rêves et dans la réalité. »

En ce qui concerne le personnage de la petite fille, on va forcément être touché par sa démarche, celle de ne pas oublier son père et de vivre tous les jours avec lui, dans ses rêves. Elle entame donc ce voyage dans l’espoir de retrouver une perle qui lui permettrait de réaliser son rêve. Son cheminement va croiser la route de Flip, un vagabond qui a des airs de Jack Sparrow, qui souhaite savoir qui il est, car il est bloqué au pays des rêves. Se transformant alors en buddy movie, le film va prendre des atours de film d’aventure, mais aussi de film fantastique. Bref, tout cela va permettre à Nemo de combattre ses peurs, matérialisé par un cauchemar, et de faire le deuil de son père, le gardant dans ses souvenirs et dans son cœur.

On ressent une profonde empathie pour cette jeune fille grâce à un double traitement, dans les rêves et dans la réalité. D’un côté, elle est intrépide, curieuse et souhaite vraiment faire ce voyage. De l’autre côté, dans la réalité, sa relation avec son oncle, très maladroit avec les enfants, et avec ses camarades de classe, font qu’elle déprime et ne se sent pas à sa place. Sans jamais tomber dans le pathos ou le fantastique neuneu, Francis Lawrence arrive à donner de l’épaisseur à cette petite héroïne, à la fois fragile et maline, forte tête et malheureuse. Le ton est juste, et elle sera d’autant plus touchante dans sa relation fusionnelle avec son père en début de film (sa mort est un crève-cœur) qu’avec son oncle, qui essaye de bien faire malgré ses maladresses. Bref, le personnage de Nemo fonctionne, octroyant de la couleur au film.

« Le seul défaut de ce personnage, c’est finalement son alter ego, Flip, joué par Jason Momoa dans le pays des rêves. »

Mais le personnage de l’oncle est aussi très attachant. Déjà parce que Chris O’Dowd est très bon dans le rôle, mais aussi parce qu’il est bon. On aurait pu craindre un type sans cœur, qui n’essaye même pas de s’occuper de sa nièce, et pourtant, c’est tout le contraire qui va se passer. On sent de la sincérité, une envie de bien faire, et de cette maladresse découle un amour fort et honnête. Et à quelque part, ça fait du bien de voir des personnages simples et bons, qui essaye de combattre une réalité morose, parfois triste, mais parfois galvanisante. D’ailleurs, la scène du caméscope et des souvenirs d’enfance est juste magnifique, restant sobre alors qu’elle aurait pu partir dans le pathos. Le seul défaut de ce personnage, c’est finalement son alter ego, Flip, joué par Jason Momoa dans le pays des rêves.

Là, on est clairement dans la caricature du vagabond de base, qui bouge tout le temps, fait de l’humour à deux balles et tente de se donner de la consistance en gesticulant dans tous les sens. Le problème, c’est que l’on ne ressentira pas la même empathie envers ce personnage, qui apprend qui il est sur la fin, permettant alors une petite pirouette scénaristique pour apporter un happy end. Mais cet état de fait, on pourrait presque le donner à tous les éléments du pays des rêves. Là-dedans, malgré des personnages qui pètent la classe avec leurs fringues des années 70, on reste en surface et rien n’est vraiment marquant. L’agente secrète n’est pas vraiment intéressante, tout comme les rêves traversés qui manquent cruellement d’identité. Même le petit asiatique avec sa coupe et son camion poubelle a du mal à convaincre.

« Au final, La Petite Nemo et le Monde des Rêves pourrait presque se voir comme le Quelques Minutes Après Minuit pour les enfants. »

D’ailleurs, si le film est peut plombé par le personnage de Flip et l’interprétation de Jason Momoa (qui pourtant semble prendre un plaisir monstre), il l’est aussi par des effets spéciaux un peu désuets, où le numérique se voit beaucoup trop. Même si la salle des papillons est plutôt jolie, le reste demeure faiblard, voire carrément moche. Le pays du camion poubelle est infâme, et on effleure à peine deux autres rêves. C’est dommage, car le traitement du deuil est bien amené, l’actrice principale est fort sympathique, mais quand on évolue dans ce monde, il ne se passe pas grand-chose, alors même que toute l’action se déroule là-dedans. Et c’est un peu ce qui fait de ce film une semi-réussite, auquel il manque quelques petites choses pour être vraiment bon.

Au final, La Petite Nemo et le Monde des Rêves pourrait presque se voir comme le Quelques Minutes Après Minuit pour les enfants. Les thèmes abordés sont quasiment similaires, mais on ressent que ce n’est pas la même personne derrière la caméra (n’est pas Bayona qui veut) et les effets spéciaux en pâtissent. Il aurait été pus judicieux de mettre en avant des mondes plus marqués, plus forts, graphiquement parlant, pour compléter une histoire qui est touchante et bien amenée, et qui plus est portée par des acteurs investis et empathiques (Marlow Barkley, Chris O’Dowd et Kyle Chandler, magnifique en père veuf). En l’état, le film de Francis Lawrence est un bon moment, mais il aurait pu être encore meilleur.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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