
Avis :
Qui écoute encore des albums entiers de nos jours ? C’est la question qui revient de plus en plus, avec des personnes qui mettent leur plateforme de streaming en lecture, avec des morceaux aléatoires de différents groupes, refusant alors l’écoute complète d’un album lié à un artiste. Et c’est bien dommage. Car si écouter des titres à droite à gauche, c’est sympathique de temps en temps, ne pas écouter un album en entier est une marque d’irrespect envers le groupe, les musiciens, et leur création. C’est un peu comme voir seulement un extrait d’un film, ou encore alors lire quelques pages d’un roman. D’autant plus que de nombreux groupes cherchent à créer des histoires, des ambiances, au film d’un album complet. Si cela s’est un peu perdu dans la Pop et la musique mainstream, dans certains domaines, c’est toujours d’actualité, et important.
Prenons comme exemple récent le cas de Worm. Il s’agit à la base d’un one man band initié par le multi-instrumentiste Phantom Slaughter en 2012. Le type sort alors deux démos, puis deux albums complets, jouant avec différents genres, allant dans le Death, le Doom et le Black, mais toujours avec cette volonté d’ajouter quelque chose d’épique à sa musique. Dès le départ, le type joue beaucoup sur l’image sulfureuse des vampires, de l’occultisme, et les pochettes affichent une typologie propre au Death. Et à chaque fois, une histoire complète est racontée. En 2021, il est rejoint par le guitariste Wroth Septentrion, avec qui il va faire deux nouveaux albums, dont Necropalace, le tout dernier, et qui a eu les égards d’un très gros label, puisque le duo a signé chez Century Media Records. Une mise en avant méritée pour un album plutôt réussi.
Si c’est le plus gros skeud de la formation (plus d’une heure d’écoute pour seulement sept morceaux en comptant une introduction de deux minutes), c’est aussi le plus grandiloquent, et celui qui risque fort de marquer les esprits. A condition d’aimer les longues plages de plus de dix minutes, les ambiances gothiques et horrifiques, et un sens du grandiloquent qui frôle parfois l’exagération (pour cela, il suffit de regarder la photo des deux membres). Car oui, tout réussi qu’il soit, Necropalace est un album exigeant, qui peut laisser des personnes sur le carreau, de par sa longueur, mais aussi de par ses va-et-vient entre les différents genres. Gates to the Shadowzone annonce la couleur au niveau du gothisme avec son tonnerre et son orchestre qui évoque des films comme Dracula. Difficile de s’y tromper avec la jaquette qui pousse tous les potards du genre au maximum.

Par la suite, Necropalace débute, et c’est déjà un très gros morceau. Ici, on dépasse les dix minutes, et on va être dans un Death épique, avec quelques ajouts théâtraux, comme un clavecin omniprésent, ou encore un duel à l’épée qui vient rompre le rythme. Le résultat est très bien fichu, et on plonge rapidement dans cette ambiance lugubre et pourtant grandiloquente. La guitare mange littéralement tout le reste, avec quelques envolées vraiment intéressantes. Néanmoins, vers la fin du morceau, il y a une rupture très étrange, qui fait suite à un solo dantesque, et cela gâche presque le titre. En abordant Halls of Weepering, on va presque changer de registre. Ici, on s’approche plus d’un Death à tendance Doomy, ce qui démontre tout le talent du groupe pour naviguer entre les genres. Mais encore une fois, il y a un petit truc qui cloche, les arrangements vocaux.
Afin de faire plus éthéré, la voix est transformée, et cela sied assez mal à l’ambiance globale du morceau. The Night has Fangs aura une introduction qui ressemble un peu au titre précédent, mais rapidement, le rythme s’emballe, et on y ira plus volontiers vers un Death à tendance Heavy, baignant dans une ambiance morbide… et kitsch. Il faut vraiment entrer dans le délire pour totalement adhérer à tout cela. Mais il faut reconnaître une technique monstrueuse, surtout sur les solos de guitare, qui sont nombreux, et parfaitement maîtrisés. Dragon Dreams sera alors un énorme morceau sur sa durée (plus de douze minutes), et on va passer par bien des nuances. Le problème avec ce genre de titre, c’est que ça reste difficile en tête, et c’est l’un des soucis de cet album, il manque au moins un titre entêtant. Derrière, Blackheart fait un peu kitschouille…
Au final, Necropalace, le dernier album de Worm, est un bon album, ultra technique et perclus de moments de bravoure impressionnants. Le dernier titre, par exemple, Witchmoon : The Infernal Masquerade, est un titre-fleuve titanesque qui frôle le quart d’heure et qui fait étalage de tout le talent des musiciens. Cependant, c’est très long, et l’ajout de clavecin, de modulation vocales ou d’effets plus ou moins grand-guignols, a tendance à rendre l’ensemble presque risible, tant tout va trop loin. Bref, on reste tout de même sur un excellent album qui trouvera à coup sûr ses aficionados.
- Gates to the Shadowzone
- Necropalace
- Halls of Weepering
- The Night has Fangs
- Dragon Dreams
- Blackheart
- Witchmoon : The Infernal Masquerade
Note : 15/20
Par AqME
