
Avis :
Formé au début des années 90, Ulver est tout d’abord un groupe de Black Métal qui introduit quelques éléments Folk au genre. Leur premier album, Bergtatt, se fait rapidement remarquer, promettant le groupe comme un futur pilier du genre. Mais l’année suivante, les types décident de sortir Kveldssanger, délaissant complètement le Black pour se plonger dans une Folk acoustique qui va en étonner plus d’un, mais dans le bon sens du terme. Puis, histoire de surprendre une nouvelle fois, leur troisième album Nattens Madrigal, revient à un Black très agressif et violent. En seulement trois ans, le groupe floute déjà les limites de sa musique, ne voulant pas être cantonné à un seul genre. Puis, à la fin des années 90/début des années 2000, Ulver va introduire des sonorités expérimentales en utilisant de plus en plus le synthétiseur. Jusqu’à devenir aujourd’hui un groupe de synthwave.
Enfin… Encore une fois, il est très complexe de réduire Ulver à un groupe de synthwave tant tous les genres électro se mélangent dans leurs derniers albums, quitte à perdre une partie de leurs fans. Si les albums The Assassination of Julius Caesar et Flowers of Evil ont eu de très bons retours (et à raison), depuis 2020, ce n’est pas la même tambouille pour les norvégiens. Gardant un line-up stable depuis 2017, on a la sensation que leur musique stagne, et devient presque minimaliste. Ce qui pourrait être un reproche pour certains et un atout pour d’autres, trouvant que la formation se renouvelle alors, et offre des ambiances très particulières, loin du schéma mercantile dont on a l’habitude. Sauf qu’au bout d’un moment, il faut aussi trouver des liants entre les pistes, et parfois fournir de la musique, plus que du son.
Et avec Neverland, on peut se demander où va le groupe, qui nous avait plus ou moins déçu avec Liminal Animals. Sortant toujours leur skeud via leur propre label, House of Mythology, le groupe s’abroge de toutes les règles et fait ce qu’il lui plait, au risque de laisser l’auditeur sur le bas-côté. Cependant, avec ce nouvel opus, les fans de la dernière heure seront certainement comblés, et trouveront leur compte dans ce voyage introspectif particulier, blindé d’éléments sonores qui empruntent aussi bien à la synthwave qu’au shoegaze. Ce qu’il faut savoir avant de se jeter dans l’album, c’est que l’écoute doit se vivre comme une expérience. L’écoute au casque, au calme, sur un divan, sera une expérience totalement différente que lors d’une écoute dans une voiture par exemple. On sent que cet album a été conçu pour être un voyage sonore, insinuant dans nos rêves et nos pensées.

C’est très intéressant à vivre et écouter, mais est-ce que cela suffit à pleinement nous satisfaire. Il réside dans ce skeud une certaine paresse, avec des éléments qui peuvent paraître redondant. Si le premier tire, Fear in a Handful of Dust, promet des moments plutôt lugubres avec des voix éthérées, le reste de l’album n’ira pas forcément dans ce sens. On va naviguer en eaux troubles, avec parfois des pistes très courtes qui font plus écho à des interludes qu’à de vrais titre potentiellement jouables sur scène. Par exemple, They’re Coming ! The Birds ! ou encore Hark ! Hark ! The Dogs Do Bark sont des morceaux à la fois étranges et sans grand intérêt. Leurs titres promettent peut-être quelque chose d’inquiétant et de lugubre, mais rien ne viendra nous sortir d’une terrible torpeur. Il en va de même avec le très long Weeping Stone qui manque de consistance.
A contrario, plus on va vers la fin de l’album, plus le voyage prend un sens presque cosmique et étrange. Cela commence avec Pandora’s Box et ses sonorités robotiques qui prend presque des allures de science-fiction. On s’imagine rapidement au sein d’un vaisseau spatial, dans un trip interstellaire, et c’est plutôt agréable. Cela se poursuit avec Quivers in the Marrow, qui ajoute une touche complètement planante à l’ensemble, renforçant un sentiment d’apesanteur assez agréable. Puis le clou du spectacle arrive avec Welcome to the Jungle, qui poursuit cette ambiance en y ajoutant des éléments orientaux et presque en lien avec le Dubstep. Un mélange qui peut sembler incongru, mais qui trouve un bel écho avec le titre, ajoutant même des bruits de perroquet à l’ensemble. Seul Fire in The End manque de liant avec les trois morceaux précédents, et clôture l’ensemble de façon assez simpliste.
Au final, Neverland, le dernier album de Ulver, qui intervient quasiment un an pile poil après leur précédent opus, n’est pas mauvais en soi, mais il demeure assez inconséquent. Si la seconde moitié du skeud est agréable et propose un vrai voyage autre part, le début est presque pénible et manque cruellement de profondeur, ainsi que d’une ambiance plus prégnante. En bref, Ulver poursuit son expérience musicale, et cela peut enchanter comme laisser sur le carreau.
- Fear in a Handful of Dust
- Elephant Trunk
- Weeping Stone
- People of the Hills
- They’re Coming ! The Birds !
- Hark ! Hark ! The Dogs Do Bark
- Horses of the Plough
- Pandora’s Box
- Quivers in the Marrow
- Welcome to the Jungle
- Fire in The End
Note : 12/20
Par AqME
