
De : Olga Gorodetskaya
Avec Elena Lyadova, Vladimir Vdovichenkov, Evgeniy Tsyganov, Roza Khayrullina
Année : 2019
Pays : Russie
Genre : Horreur
Résumé :
Quatre ans après le décès de leur fils, un couple décide d’adopter un garçon orphelin. De manière étrange, celui-ci se met à ressembler à leur fils décédé. La mère est convaincue qu’il est une sorte de réincarnation de leur enfant disparu tandis que le père soupçonne qu’il soit en fait possédé par des forces démoniaques.
Avis :
Il est évident que de grands films d’épouvante ont laissé leur empreinte dans l’imaginaire collectif, et parfois dans la tête de certains scénaristes et réalisateurs, qui rêvent alors d’en faire leur propre version. On ne compte même plus les itérations sur L’Exorciste de William Friedkin, ainsi que toutes les déclinaisons possibles et imaginables. Et cela sans parler de suites ou autres reboots. Une chose un peu moins courante, ce sont les versions venues d’autres pays. Certes, la Turquie fut un temps la spécialiste en faisant des rip-off à toutes les sauces, même en littérature (il suffit de lire Dracula à Istanbul), mais aujourd’hui, chaque nation essaye de trouver son originalité, sa voie. Sauf visiblement la Russie qui, en 2019, décide de proposer sa version de La Malédiction de Richard Donner. Ça se nomme Tvar et c’est extrêmement mauvais.

En fait, d’entrée de jeu le film se tire une balle dans le pied. On assiste, impuissant, à un couple qui vient de perdre son enfant. Le père se décide à aller à la morgue pour reconnaître le corps, mais ce n’est pas son enfant, qui demeure alors introuvable. Quatre ans plus tard, on retrouve le couple dans un orphelinat, plutôt décidé à adopter pour essayer de faire leur deuil. Mais la femme n’arrive pas à passer outre, jusqu’à un évènement impromptu, la découverte d’un enfant caché dans les sous-sols de l’orphelinat. A côté de ce gosse, un cadavre, un homme qui semble s’être tiré une balle dans la tête. Et histoire de rendre la chose encore plus débile, la femme va se prendre d’affection pour cet enfant qui, pour en rajouter une couche, se déplace comme un chien, mord, a la peau grise avec des furoncles.
« L’histoire devient alors totalement incompréhensible »
Dès le départ, on ne comprend pas ce choix. C’est d’une stupidité affligeante, et encore plus lorsque le mari accepte l’arrivée de ce gosse dans sa vie, alors qu’il fait plus peur qu’autre chose. Le summum parvient lorsque le môme échappe à la police pour rejoindre le couple sur la route, qui se décide à le cacher. Absolument rien ne va dans l’écriture de ce début, qui ne possède aucune crédibilité. D’autant plus que le gamin va se faire appeler Damien, histoire de faire un gros appel du pied au film de Richard Donner. Bref, on se doute bien que le déroulement de l’histoire ne va pas aller en s’améliorant, le gamin devenant de plus en plus effrayant, agressif et arrivant à contrôler le pitbull des voisins. Cependant, malgré tous ces appels craignos, il faut bien faire avancer l’intrigue.
Pour ce faire, le scénario prévoit un ping-pong émotionnel. C’est-à-dire qu’au départ, c’est le père qui est méfiant, et la mère aimante, jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte, et se rende compte des méfaits de son fiston adoptif, dont le père va alors prendre la défense. C’est du grand n’importe quoi, mais la stupidité du truc n’est pas encore à son paroxysme. Car malgré tout l’amour du père, ce dernier va quand même mener une enquête sur les origines du petit, jusqu’à s’apercevoir que visiblement, il est né de la terre, suite à l’invocation d’une sorcière, qui n’est autre que… sa femme. L’histoire devient alors totalement incompréhensible, même pour ceux qui ont tenu jusqu’à cette conclusion complètement incongrue. Car oui, les autres auront déjà lâché depuis belle lurette, soit en arrêtant le film, soit en regardant cela d’un air détaché, la main pas très loin de son smartphone.
« Il est juste dommage que parfois, le mauvais goût revienne au galop »
Cependant, il faut reconnaître deux bonnes petites choses à ce film. En premier lieu, la mise en scène. Le film n’est pas vilain à regarder, et la réalisatrice essaye de garder une mise en scène sombre et déliquescente. Elle fait avec les moyens du bord, mais c’est plus lisible que de nombreux films d’horreur que l’on peut voir passer encore aujourd’hui. D’autant plus qu’il y a quelques bonnes fulgurances graphiques au sein de ce film, notamment la scène de la naissance du gamin. Le rituel satanique est certes court, mais il bénéficie d’une bonne mise en scène, avec un vrai travail autour de l’ambiance. Il est juste dommage que parfois, le mauvais goût revienne au galop, avec notamment des CGI dégueulasses, qui n’apportent rien au récit, sinon une démonstration de tout ce qu’il ne faut pas faire dans le cinéma d’horreur.

Au final, il n’y a pas grand-chose à dire sur Tvar, sinon que c’est un mauvais film. La réalisatrice veut faire son La Malédiction en version russe, mais elle parvient tout simplement à montrer que ce n’est pas donné à tout le monde de faire peur en utilisant l’image d’un enfant démoniaque. Le film ennuie plus qu’autre chose, et l’histoire se tire une balle dans le pied dès le démarrage, avec une situation totalement improbable. Bref, vous pouvez économiser du temps en ne regardant pas Tvar, ou Evil Boy en fonction de son titrage.
Note : 06/20
Par AqME
