avril 3, 2026

Fragments d’un Dieu Mourant – Jonathan Brychcy

Auteur : Jonathan Brychcy

Editeur : ActuSF

Genre : Fantasy

Résumé :

Dans un paysage désolé, un homme sans nom poursuit une folle quête….
Chargé de la garde personnelle du souverain, et alors qu’il avait rejeté ses désirs, il s’est vu transformé par sa relation amoureuse avec le nouveau roi. Protéger et aimer sont devenus les deux mots qui le guident.
Mais, malgré cet amour, une profonde dépression vient assaillir le monarque. Les jours de bonheur laissent la place à des paysages hantés et délabrés.
Pour sauver son aimé, l’homme décide de prendre la route sur ces terres angoissées, en quête de la Déesse, créatrice de cet univers, pour qu’il lui soutire un moyen de sauver la vie de l’homme qu’il aime.

Avis :

S’il y a bien un médium qui est compliqué dans la littérature, c’est celui de la nouvelle. En effet, il faut toucher, surprendre et accrocher son lecteur dès les premières pages, sinon, c’est peine perdue. Et il faut aussi rendre compte d’un univers complet en très peu de pages, ce qui n’est pas une chose aisée. On a souvent l’habitude de retrouver des recueils de nouvelles, ce qui permet aux éditeurs de prendre moins de risque en mélangeant des auteurs connus à d’autres moins connus. Les éditions ActuSF ont décidé de prendre le problème dans l’autre sens, en créant une collection dédiée aux nouvelles. Cela s’appelle Nagori, et le premier ouvrage à ouvrir le bal est Fragments d’un Dieu Mourant de Jonathan Brychcy, dont c’est la première œuvre à bénéficier d’une sortie dans une maison d’édition. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est surprenant.

Ici, on évolue dans un monde purement Fantasy, mais on est loin d’un cadre conventionnel. Que ce soit au niveau de la forme, du fond et de la manière de raconter cette histoire, on est sur un projet qui mêle poésie, fantasy, aventure et érotisme, pour un résultat en dehors des normes. Le début pose les conditions de ce nouveau monde. Le héros nous raconte que son monde est régi par une déesse qui choisit un élu, qui va devenir roi, et son humeur fait la météo. A chaque fois qu’un roi ou une reine meurt, une sorte de cataclysme plonge le monde dans la noirceur, jusqu’à l’élection d’un nouveau monarque. Fragments d’un Dieu Mourant raconte alors l’histoire d’un garde royal, qui va tomber amoureux de son roi, et une romance intense va s’installer. Tout cela est raconté du point de vue du garde, qui évolue dans un monde sombre.  

Avec ce point de vue, on se doute que le roi va mal, et que le héros mène alors une quête désespérée pour que son amant aille mieux. Au fil des pages, on va en savoir plus sur la relation entre les deux personnages, mais aussi sur ce monde, et sur la quête du garde, qui ne cherche pas à aller vers son roi, mais plutôt défier la déesse. Les pièces du puzzle sont délivrées avec parcimonie, au sein d’un récit qui se veut poétique, en jouant sur les mots, les chapitres et la mise en page. Certaines pages ne contiennent qu’un seul mot, donnant des allures de poésie, ou d’essai, à cette histoire, qui est alors racontée de façon étrange, mais addictive. On veut savoir le but de ce récit, on a envie d’aller plus loin dans la psyché de ce garde.

Il est transi d’amour pour un roi qui se rend compte de son pouvoir, ce qui le rend malheureux. Fragments d’un Dieu Mourant raconte alors quelque chose en filigrane, celui du poids du pouvoir, surtout quand ce dernier n’est pas désiré. Il pose des questions sur les responsabilités qui pèsent, et sur la santé mentale pour un fermier qui se retrouve roi à cause d’un hasard plus ou moins heureux. C’est plutôt malin, et les choses évoluent de manière assez naturelle. La lecture est fluide, la narration est curieuse mais elle donne envie d’avancer, d’accompagner ce garde qui va affronter monstres et tempêtes pour réussir sa quête, et sauver son bien-aimé, quitte à y laisser sa peau. Pour faire bref, c’est déroutant, mais ça marche bien, et le côté ludique de la lecture est suffisamment bien fichu pour étonner dans le bon sens du terme.

Néanmoins, tout n’est pas parfait non plus. Cette quête s’avère assez courte, et parfois, on aurait aimé un peu plus d’aventures. Là, hormis confrontation avec un monstre difforme, conglomérat de plusieurs cadavres, humains et animaux, on reste un peu sur notre faim. L’histoire demeure un cheminement vers une île perdue, et malgré le côté poétique, il manque un petit truc en plus pour pleinement convaincre. Alors oui, c’est inventif et plaisant, mais parfois, la vulgarité prend le pas sur le reste. Notamment lorsqu’il faut raconter les relations sexuelles entre les deux personnages, qui sont assez crues, et semblent dénuées d’amour véritable. C’est un peu dommage, même si ce n’est qu’un détail.

Au final, Fragments d’un Dieu Mourant est une nouvelle déroutante mais relativement addictive. A la lecture, on a souvent l’impression de faire face à un jeu vidéo indépendant onirique, à la Child of Light ou Gris, puisant dans une atmosphère mélancolique et lugubre pour espérer atteindre la lumière. Si on peut regretter un univers pas assez travaillé, et quelques passages vulgaires qui ne font que dans la démonstration, la nouvelle de Jonathan Brychcy se révèle réussie, jouant avec divers codes pour offrir une œuvre poétique et inventive.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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