décembre 4, 2021

Nouvelle Sparte – Erik L’Homme

Auteur : Erik L’Homme

Editeur : Gallimard

Genre : Fantasy, Dystopie

Résumé :

Deux siècle après les grands bouleversements qui ont balayé le monde-d’avant, Nouvelle-Sparte vit en paix au bord du lac Baïkal. Valère et Alexia, seize ans, se préparent à devenir pilotes d’élite quand une série d’attentats sème le chaos dans la cité. Qui se cache derrière ces lâches attaques ? Les fanatiques du Darislam ? Les patriciens corrompus de Paradise ? Valère est chargé par le Directoire de mener l’enquête. Une mission périlleuse qui va le plonger dans les sombres entrailles de l’Occidie et faire voler son univers en éclats…

Avis :

Nouvelle Sparte est le dernier roman adolescent de Erik L’Homme, un auteur bien connu, et au talent qui n’est plus à présenter. L’auteur s’est essayé à de nombreux genres littéraires. On se souvient, par exemple, de sa trilogie fantastique Le livre des Étoiles, ou de sa trilogie de science-fiction originale Le maître des brisants. Nouvelle Sparte est d’un tout autre genre, d’un genre bien aimé en ce moment, qui plaît énormément aux adultes comme aux ados, que ce soit en séries, romans ou films : la dystopie.

Après de Grands Bouleversements, dont nous ne récoltons que peu de détails le long de la lecture, le monde que nous connaissons s’est séparé en deux : ceux qui continuent à aimer l’argent et le système économique associé, creusant un écart toujours plus grand entre les riches et les pauvres, et un monde nouveau, basé sur les croyances antiques d’Athènes et de Sparte, à l’éducation stricte dans un système où l’argent n’existe plus et où le vivre-ensemble prime. Cette nouvelle société est intéressante dans sa conception de par plusieurs aspects. Trois notions s’en dégagent et ces dernières sont toutes imbriquées les unes dans les autres : ce que nous représentons au sein de la communauté, notre fonction, notre métier ; ce que l’on est vraiment au fond de soi, notre conscience, notre personnalité et ce que nous sommes en groupe, notre identité commune. Cette philosophie est expliquée de belle manière, à la manière antique, par un orateur doué et pédagogue. Malgré une société qui apparaît codifiée, celle-ci reste libre et ouverte à des mœurs qui restent tabous encore chez nous aujourd’hui.

Ce livre fait de nombreuses références aux dieux du panthéon grec, auxquels les habitants de Nouvelle Sparte croient, aux traditions de l’époque antique et à la manière de se comporter d’antan. On a vraiment l’impression de revivre comme en antiquité, même si quelques détails technologiques (comme des machines volantes) nous font comprendre que notre société est tout de même passée par là. Les habitants de la ville sont bien différents de nous : ils parlent mieux, font très attention aux autres, ne prennent rien à la légère, ont des principes bien catégoriques et sont de ce fait un peu moins attachants, tant les mœurs mises en avant nous paraissent étrangères. Pourtant, ils nous apparaissent, au fur et à mesure du récit, plus humains que les habitants de l’ancien monde, que nous découvrons vers la moitié du livre et qui nous ressemblent davantage.

Ce roman est une belle critique de notre société consumériste et trop individualiste. L’auteur en profite pour faire passer d’autres messages à propos des guerres de religion, des attentats, des statuts sociaux et des manipulations politiques. Son avis est intéressant, bien mis en scène et touchant. Par ailleurs, il ne s’encombre pas de détails et va souvent droit au but, ce qui est appréciable, notamment au moment de l’épreuve initiatique des jeunes devant prouver leur bravoure pour devenir de vrais citoyens de la cité. L’histoire avance vite et on ne s’y ennuie pas !

Ce livre a une particularité qui est plutôt déconcertante, surtout notamment à cause du public visé : l’écriture est unique en son genre ! Les passages suivants sont tirés des premières pages et, si vous butez sur des mots ou expressions, cela est tout à fait normal : « Elle est si belle, songe-t-il. J’en oublie mon je-suis, dévoré d’amour-silence ». « […] et ne concourait-on pas sans vêtance aux jeux gymniques ? La nudité vécue dans le respect ou la sexance… ». L’écrivain a, ni plus ni moins, inventé un vocabulaire propre à son monde.

L’auteur invente des mots de plusieurs manières, en déclinant certains mots que l’on connaît bien ou en associant des termes via l’ajout d’un tiret. Ces nouveaux mots sont plein de sens et s’intègrent parfaitement à cet univers. La lecture, notamment au début, n’est ainsi pas facile et nous semble même bizarre. On s’y habitue pourtant et on finit par apprécier. Cette écriture nous transporte loin, tant par ces nouveaux mots que par les tournures de phrases qui sont poétiques et rythmées d’une manière inhabituelle. Cela nous donne l’impression de retourner en antiquité, ou du moins dans une société ou le bien-parler est important et essentiel. Le ton paraît toutefois parfois un peu guindé.

Les personnages sont intéressants et évoluent au fil du roman. Valère est intelligent et essaie de toujours bien faire. Entre ce qu’il sait, ce qu’il a appris, et ce qu’il voit, il tente de tirer ce qui est juste, ce qui n’est pas une mince affaire. Son amour pour Alexia est vraiment touchant, même s’il semble niais. Ses discours amoureux sont lyriques et musicaux, ce qui laisse une impression adorable. Alexia est plus terre à terre mais attachante. On la sent plus proche de nous, ouverte d’esprit et perspicace. Ses réflexions et sa dévotion sont mises en avant d’une belle manière et ne sont pas lourdes. Leurs amis sont aussi importants et très actifs. Leur caractère rebelle est saisissant de crédibilité.

L’intrigue de ce livre étonne et change radicalement d’une histoire dystopique classique. Les informations délicates et utiles à la compréhension d’évènements du roman n’arrivent qu’à la toute fin et sont originales. On ne s’y attend pas. De plus, il semble que la société antique ne soit pas décriée ni ouvertement critiquée, contrairement à la nôtre. Valère ne combat pas son propre système mais plutôt ses représentants, ce qui est moins caractéristique d’une dystopie où le système est souvent mis à mal. Ce parti-pris innovant est intéressant et fait plaisir. L’intrigue reste cependant peu complexe mais on se plaît à suivre Valère dans ses péripéties.

Il n’est pas certain qu’une suite sera publiée, étant donné que ce roman a une fin très claire et qui n’amène pas spécialement une nouvelle histoire, à moins ce que la prochaine critique le système, ce qui reste une possibilité. Nouvelle Sparte est loin d’être parfaite.

Un moment de lecture agréable, même si l’immersion est difficile par rapport à l’écriture, dans un monde antique revisité et totalement différent du nôtre. L’auteur nous montre sa vision d’un monde presque idéal où l’argent n’existe et où le bonheur est une quête possible, tant pour soi que pour la communauté. L’auteur nous donne à découvrir une dystopie différente, plus adulte et plus spirituelle.

Note : 17,5/20

Par Lildrille

Lildrille

Passionnée d’imaginaire et d’évasion depuis longtemps, écrire et lire sont mes activités favorites. Dans un monde souvent sombre, m'évader et fournir du rêve sont mes objectifs. Suivez-moi en tant qu'auteure ici : https://www.facebook.com/ChloeGarciaAuteure. Et en tant que chroniqueuse aussi là : https://simplement.pro/u/Lildrille.

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