juillet 18, 2024

Judo

Titre Original : Yau Doh Lung Fu Bong

De : Johnnie To

Avec Louis Koo, Aaron Kwok, Tony Leung Ka Fai, Jordan Chan

Année : 2004

Pays : Hong-Kong, Chine

Genre : Action

Résumé :

Autrefois champion mythique de judo, Sze-To a depuis longtemps abandonné le monde du sport de manière inexplicable. Criblé de dettes, il s’est désormais bâti une triste réputation d’alcoolique sans aucun avenir. Les seuls à croire encore en lui sont Tony, passionné de judo et bien décidé à affronter l’ex-champion et Mona, apprentie chanteuse qui rêve de percer… Sze-To retrouve alors l’envie de se battre. Mais c’est en donnant un nouveau sens à sa vie qu’il acceptera, enfin, de remonter dans l’arène…

Avis :

On connaît le cinéma hongkongais pour sa productivité effrénée. Les moyens ne sont pas les mêmes qu’en occident, tout comme les conditions de tournage et les techniques de mise en scène. En parallèle des carrières tout aussi prolifiques de Tsui Hark ou John Woo, Johnnie To constitue l’un des exemples les plus frappants que la quantité peut rimer avec la qualité. En l’espace de quarante ans d’activité, le cinéaste a réalisé plus de 70 longs-métrages. Certes, tous ne sont pas des films exceptionnels, mais l’on peut saluer des œuvres emblématiques de son style tels que Breaking News, PTU, Triangle ou le diptyque Election. Judo s’ancre dans sa période faste où il enchaîne les succès critiques et commerciaux.

Avant tout, Judo a une importance particulière pour Johnnie To. En effet, il s’avance comme une réalisation très personnelle qui se veut un hommage au premier film d’Akira Kurosawa : La Légende du grand judo. D’ailleurs, on y retrouve cette empathie à l’égard de ces individus en errance. Johnnie To ne cache pas son admiration qu’il manifeste à travers sa passion et son histoire. Contrairement au titre suggestif, celle-ci ne se focalise pas sur la pratique de l’art martial éponyme. Enfin, pas uniquement. Ce projet interpelle par sa créativité, son élégance, son sens de la mise en scène, sans compter un contexte à l’atmosphère prégnante, elle-même soutenue par une bande-son privilégiant les notes de jazz.

En l’occurrence, on ne se contente pas ici d’un cinéma d’action débridé, du drame social ou même du polar urbain. À la manière d’un duel entre judokas, ces influences s’entrecroisent, se côtoient et se confrontent. Là où d’autres productions marquent un contraste appuyé dans le mélange des genres, le présent métrage les expose de telle sorte à les rendre indissociables. Afin d’illustrer ce propos, on songe à cette scène mémorable dans le bar de Sze-To où un simple désaccord se transforme en une bagarre généralisée. Le tout est capté avec douceur, presque avec nonchalance. Le ralenti est pertinent, les jeux de caméra sont fluides avec un cadrage nuancé, comme la chanson en fond sonore à la connotation très allégorique.

Comme évoqué précédemment, Judo se démarque aussi par son ambiance. Elle constitue une immersion sans pareil dans le monde interlope de la nuit. La photographie sature les couleurs, n’hésitant pas à s’appuyer sur les lieux et les néons omniprésents, pour dépeindre un milieu aux antipodes de cet aspect clinquant. On songe aux tripots de paris clandestins, à la salle de jeux d’arcade ou encore à ses rues délabrées ; étroites artères enclavées dans un labyrinthe de tours bétonnés. Mais ce n’est pas le vertige de la verticalité qui prévaut. Hormis quelques rares incursions sur les toits des immeubles, on reste ancré dans les bas-fonds, comme si la caméra démontrait l’incapacité des personnages à sortir de leurs conditions.

À ce titre, la caractérisation se montre forte et marquante tant on ressent la détresse et la dépression qui se manifestent chez chaque intervenant. Leur parcours s’apparente à une fuite en avant sur fond d’alcoolisme, de larcins et de crise identitaire. Une volonté de s’affranchir du passé, sans pour autant parvenir à l’oublier. L’histoire s’avance comme un périple qui enchaîne les épreuves, les échecs et les coups. Il s’en dégage une détermination émergente qui constitue le déclencheur pour que naisse l’espoir, que les protagonistes regagnent l’estime de soi. L’évolution est progressive et subtile pour développer toute la profondeur de l’intrigue.

Au final, Judo est une œuvre remarquable doublée d’un bel hommage à Akira Kurosawa. Le métrage de Johnnie To entremêle les influences sans toutefois marquer de scission entre elles. Le réalisateur joue constamment sur les codes du film noir, du drame et du cinéma d’action. Il insuffle une atmosphère unique, auréolée des préceptes initiés par les arts martiaux. On songe à la rigueur qu’implique la pratique du judo et cette recherche de l’excellence. Celle-ci est particulièrement représentative du travail entrepris pour dépeindre des portraits esseulés dans un contexte social délétère. Il en ressort une œuvre contemporaine forte, inspirée et d’une créativité débordante.

Note : 16/20

Par Dante

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