juillet 15, 2024

Typhoon – Film Taïwanais Culte

Titre Original : Tai Feng

De : Lei Pan

Avec Hsiao-Yun Chiang, Shih Chin, Lei Ming, Wei Ou

Année : 1962

Pays : Taïwan

Genre : Drame

Résumé :

Un gangster se réfugie au mont Ali accompagné d’une petite fugueuse qui se fait passer pour sa fille. Il séduit une femme alcoolique et frustrée, puis une jeune aborigène. Mais la police le traque toujours.

Avis :

À bien des égards, les années 1960 ont marqué une scission dans le cinéma international. Le terme de Nouvelle Vague émerge durant cette période. Des méthodes de production à la mise en scène, en passant par les sujets abordés, ce mouvement du 7e art a bousculé les codes tels qu’on les connaissait auparavant. De même, les films se démarquent en fonction des pays, des mœurs ou de la culture. Le phénomène s’est aussi bien étendu en France, en Italie qu’au Japon. Bien moins populaire, le cinéma taiwanais ressort d’un contexte politique difficile durant cette période. Sa Nouvelle Vague ne surviendra qu’à partir des années 1980. Cependant, les sixties ont vu fleurir des pépites avant-gardistes telles que Typhoon.

À l’époque, le gouvernement a la mainmise sur la production cinématographique, tant en matière de culture que de contenu. Preuve en est avec des films tournés presque exclusivement en mandarin, délaissant le taiwanais. Dans un tel contexte, on pourrait s’attendre à une vision sommaire des thématiques abordées, voire propagandiste. Cependant, Pan Lei va à contre-courant de cet a priori et des dictats gouvernementaux. À l’image de ses homologues occidentaux ou nippons, le cinéaste dépeint une histoire qui voue une admiration sans bornes à la jeunesse, son insouciance et, surtout, sa liberté. Ce dernier principe occupe une part prépondérante au fil du métrage.

« Le cinéaste dépeint une histoire qui voue une admiration sans bornes à la jeunesse. »

En l’occurrence, la liberté n’est pas assimilée à une notion abstraite ou même un droit. Le récit le rapproche d’une manière d’appréhender l’existence, presque illusoire. Synonyme de bonheur, elle s’identifie aisément chez les autres et semble inatteignable pour soi-même. On le constate au travers de la frustration de Chun-li, cloisonnée dans une station météorologique avec son mari. Quotidien qu’elle oublie par l’alcool. C’est également le cas avec M. Zhang et son statut de fugitif inavoué. En somme, on assiste à une insatisfaction manifeste de leur vie respective, parfois une volonté de fuir leurs responsabilités. La sensation d’emprisonnement est à la fois psychologique et physique.

Cette observation tient aux états d’âme des protagonistes, ainsi qu’à l’appropriation du cadre. Alors que la cabane s’arroge les codes d’un huis clos, la nature environnante semble offrir une ouverture, voire une échappatoire. Cela se traduit par une multitude de chemins et de détours qui entre en opposition avec la linéarité de l’existence, elle-même symbolisée par des sentiers balisés ou les rails du chemin de fer que l’on se borne à suivre au travers de la forêt d’Alishan. À l’image de ces déambulations entre les fourrés et les arbres, on assiste à une exploration pleine de poésie, magnifiée par les pans brumeux qui auréole les personnages et leur avenir.

« Les sentiments font preuve d’une grande pudeur à l’écran. »

Quel que soit le plan ou la séquence, Pan Lei offre une double lecture à son histoire. Elle est à la fois pragmatique et allégorique. Ce qui permet au public de mieux s’identifier à cette romance impossible. Au demeurant, les sentiments font preuve d’une grande pudeur à l’écran. Sans doute est-ce dû au regard scrutateur de la censure, il y a très peu de contact physique. Les silences et les regards en disent davantage, exacerbant cette tension qui va croissante entre des personnages aux intentions vacillantes. Ici, la notion d’amour est fluctuante, au gré de l’évolution de la situation. Elle s’arroge alors les atours d’une croyance dont on se délaisse face aux épreuves de la vie. A contrario, on s’en rapproche face à une rencontre inopportune.

Au final, Typhoon est un drame nuancé, d’une grande justesse dans l’évolution de ses personnages et de son intrigue. Œuvre méconnue et néanmoins notable, le film de Pan Lei travaille la profondeur des sentiments et exacerbe les états d’âme pour amener à un point de non-retour inéluctable. Pleine de tension, l’histoire multiplie les allusions et les métaphores pour interpeller le spectateur, sans pour autant se montrer subversive. On songe aussi à cette tempête qui menace et qui frappe, là où les protagonistes sont face à leurs décisions passées et leurs choix à venir. Ces derniers constituent peut-être la facette la plus importante du point central du métrage : la liberté. Celle de ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs, de se remettre en question et de faire face à ses responsabilités.

Note : 16/20

Par Dante

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