mars 3, 2026

Pillion – Amour Unilatéral

De : Harry Lighton

Avec Harry melling, Alexander Skarsgard, Georgina Hellier, Bryan Martin

Année : 2026

Pays : Angleterre, Irlande

Genre : Drame

Résumé :

Colin, un jeune homme sans histoire, rencontre Ray, le leader charismatique d’un club de motards. Il l’introduit dans sa communauté queer et fait de Colin son soumis.

Avis :

Harry Lighton est un jeune réalisateur britannique révélé par plusieurs courts-métrages remarqués, dont « Wren Boys« , sélectionné aux BAFTA. Son cinéma explore souvent les masculinités fragiles, les rapports de pouvoir et le désir sous un angle cru, intime et dérangeant. « Pillion » est son premier long métrage, porté par une mise en scène très visuelle et une radicalité assumée.

C’est bien l’une des premières fois que je me retrouve plusieurs minutes face à mon écran blanc sans trop savoir par où commencer, tant le film m’a bousculé, irrité et testé mes limites en termes d’histoire d’amour. « Pillion« , c’est un film difficile dans ce qu’il raconte, puisqu’il s’aventure sur les sentiers d’une histoire d’amour entre deux hommes avec en toile de fond le milieu du BDSM. Et surtout l’idée d’un dominant et d’un dominé.

«  »Pillion« , ce n’est pas un film qui va nous mettre à l’aise »

Là, comme ça, on pourrait se dire : « Ça va, on connaît le genre. Plus que « 50 Nuances de Grey« , qui était très light, on pense à des films comme « La Secrétaire« , « Belle de jour« , « Shortbus« , « Querelle« , et allez pourquoi même « Basic Instinct« . Sauf qu’ici, on est très loin de ces films-là, car « Pillion« , c’est une histoire d’amour à sens unique, et ça, ça m’a extrêmement dérangé. Alors bien sûr, il y a des sujets, le film a une part d’ombre qu’il explore, mais cette histoire nous est vendue comme une histoire d’amour… et… ce n’est pas le cas. C’est autre chose : plus toxique, plus personnelle, plus égoïste, ouais, égoïste, c’est bien le mot ! Je n’ai pas vraiment compris ce que voulait me raconter ce film, cette histoire et ces personnages.

Colin est un jeune homme sans histoire qui rêve de rencontrer un garçon avec qui il serait bien. La veille de Noël, dans un pub, il tombe sur Ray, un biker magnétique. Sans même lui parler, Ray lui donne rendez-vous le lendemain. Commence une relation entre les deux hommes. Une relation sous le signe de la soumission. Ray domine, Colin se soumet.

La première chose qui me vient en tête concernant le film de Harry Lighton, c’est la proposition radicale qui est faite ici. « Pillion« , ce n’est pas un film qui va nous mettre à l’aise. Ce n’est pas un film qui va nous chouchouter et nous raconter la traditionnelle rom-com que le cinéma a tendance à nous offrir beaucoup trop de fois par an. Non, Harry Lighton nous plonge en plein dans un univers qu’on connaît mal. Un univers qu’on ne maîtrise pas. Un univers qui, pour beaucoup, est à mille lieues de « nous ».

«  »Pillion« , c’est un Harry Melling étonnant »

Là encore, c’est intéressant de découvrir autre chose, d’oser aller là où peu vont, d’autant plus que « Pillion » est extrêmement bien mis en valeur. Le film, visuellement, est très beau. Les images sont magnétiques. Il y a beaucoup de moments très forts. Puis il est tenu par deux acteurs incroyables, qui osent se lancer dans des rôles très courageux. Ce n’est pas tous les jours qu’on va revoir des personnages comme ceux-là.

Après, il faut garder à l’esprit que « Pillion » n’est pas un film grand public. Et ça, aussi bien dans ce qu’il raconte que dans la façon dont il va le raconter. « Pillion« , c’est l’archétype du cinéma d’auteur. La mise en scène de Harry Lighton prend son temps pour raconter cet univers. Il y a une recherche constante d’un visuel marquant. Le film a une esthétique forte, qui étonne, notamment venant d’un premier film. D’emblée, on ne peut nier que Harry Lighton a du talent et qu’il veut faire un cinéma autrement, loin des sentiers battus.

Toujours dans ses bons côtés, il est impossible de passer à côté des deux acteurs. « Pillion« , c’est un Harry Melling étonnant. Très étonnant dans un rôle très loin de ceux dans lesquels on l’a déjà vu. Quant à Alexander Skarsgård, il est… comment dire… puissant ! Le mec arrive à rendre les silences et les regards intenses. Ce duo, dans ce qu’on leur a demandé de faire, est excellent.

« son histoire d’amour qui marche à sens unique »

Mais voilà, derrière tout ça, « Pillion » est un film qui m’a profondément irrité avec son histoire d’amour qui marche à sens unique. Alors oui, le film est extrême et va jusqu’au bout de lui-même, mais il est très difficile d’y voir une histoire d’amour ou d’être touché par ces personnages, tant l’un écrase l’autre par pur plaisir. Jamais une tendresse, jamais un mot, une attention. Rien de rien. Il y a bien des jeux de regards. De l’attirance. De la séduction. Mais de la tendresse ? Il faut repasser. On reste face à un personnage qui est autocentré sur son propre plaisir. Sur ses désirs. Sur ses envies. Et qu’importe si l’autre a envie d’autre chose, même l’espace d’une journée. La réponse sera NON.

Puis, au-delà de ça, le personnage de Ray, le dominant, est extrêmement antipathique. Certes, il est magnifique et magnétique, mais pour caricaturer mon ressenti, on se retrouve face à un connard handicapé du sentiment, qui a peur de se laisser aller, qui a sûrement des blessures (vu le final de cette histoire) et qui préfère écraser l’autre par peur de s’ouvrir et de se livrer. C’est très compliqué de suivre un personnage qui ne voit que par lui-même. Qui ne vit que pour lui-même. Qui n’essaie pas de voir plus loin que lui. Pourtant, il y a bien quelques sursauts parfois. Quelques moments où il glisse, mais clairement, ils sont de trop pour ce personnage, qui préfère faire du mal plus qu’autre chose.

Alors bien sûr, cette idée du couple, de l’amour (enfin… si on peut appeler ça comme ça, dans ce film-là, franchement, je me répète, mais en une heure quarante-cinq, Ray ne demande pas une seule fois à Colin comment il va…), se frotte à ma vision du couple, à ma propre sexualité, à mes désirs. Et c’est l’exact opposé.

« Un film radical qui va jusqu’au bout de sa démarche »

Je ne suis pas contre m’aventurer dans un univers que je ne connais pas. Je ne suis pas contre poser un regard et des émotions sur des personnages qui ne sont pas au diapason de mes valeurs et de ce qui me fait vibrer dans une vie à deux. Et bien sûr, derrière cet égoïsme, il y a des zones d’ombre, des fêlures, des interrogations sur ce qu’on est capable de supporter ou non. Bien sûr que le film questionne les limites de l’humiliation et pose tout un tas de questions quant à la vision d’un couple. Mais au-dessus de ça, reste une histoire d’amour qui veut nous être présentée comme partagée… alors qu’elle est à sens unique.

« Pillion« , c’est un film qui met très mal à l’aise. Un film radical qui va jusqu’au bout de sa démarche, quitte à ne pas plaire. Mais voilà, derrière ça, le film se veut être une histoire d’amour qui exclut toute forme de tendresse. Et ça, ça fait mal pour le personnage de Colin, qui plus qu’amoureux, nous apparait surtout comme sous influence, sous emprise. « Pillion« , c’est une histoire d’amour autocentrée, qui ne fait plaisir qu’à un seul. Une histoire d’amour égoïste, qui, au vu de sa bande-annonce, nous est en plus vendue comme une petite rom-com romantique.

« Pillion » a eu cette qualité de me pousser dans mes retranchements. Le film n’est pas mauvais, très loin de là. Il a même plein de qualités. Mais de là à dire que j’ai aimé le film, on en est très loin, tant finalement, je ne sais pas vraiment ce que j’ai regardé, ce que j’ai suivi et ce que le film voulait me transmettre. Et tant il m’a irrité avec cette histoire qui ne fonctionne que dans un seul et unique sens. Et ça, c’est très, très loin d’une vision de couple. Bref, je suis paumé face à ce film.

Note : 9,5/20

Par Cinéted

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