mars 4, 2026

The Ruins of Beverast – Tempelschlaf

Avis :

Il est assez étrange de voir comment le monde du Black métal est peuplé de One Man Band, c’est-à-dire que groupes qui se composent d’un seul membre qui s’occupe de tous les instruments. Alors oui, on parle bien entendu pour les sessions en studio. Pour les lives, les types sont obligés de recruter. Mais rien qu’en ce début d’année 2026, on peut compter pas moins trois groupes qui ont sorti un nouvel album avec un seul mec aux commandes. On peut citer l’excellent dernier album de Ellende, le sympathique Dawnbreaker, ou encore le très étrange The Ruins of Beverast. Fondé en 2003 par Alexander Von Meilenwald, et directement tombé chez Vàn Records (un label teuton spécialisé dans le Black, le Doom et le métal expérimental), The Ruins of Beverast va faire les beaux jours des amateurs de musique complexe et d’expériences sonores.

Septième album à sortir, faisant suite à The Thule Grimoires sorti en 2021, Tempelschlaf est un disque qui jouit déjà d’une excellente réputation. Les premiers avis qui sont tombés sur internet sont plutôt dithyrambiques, et beaucoup de fans de la première heure sont ravis de ce nouvel opus. Nous pensions donc y aller confiant. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Alors attention, cela ne veut pas dire que l’album n’est pas bon. Cependant, il détient quelques scories qui peuvent dérouter, voire nous sortir du délire imposé par le multi-instrumentiste. Et cela se ressent dès le premier titre, Tempelschlaf. On est clairement dans un délire doomy à tendance Black métal, avec une ambiance très forte, mais il va falloir s’accrocher à un chant très étrange, et surtout, une construction interminable et complexe. Durant plus de neuf minutes, ce premier titre n’est pas facile d’accès.

En premier lieu, le chant n’est pas du tout évident. On a l’impression qu’il est constamment sous l’eau. Cela a certainement une explication, mais globalement, on reste sur une impression étrange, et surtout, un arrangement vocal qui peut cacher des faiblesses. L’autre point noir provient de la multitude de nappes mélodiques qui règnent dans le morceau. Tout cela se superpose jusqu’à étouffer l’ensemble. On a l’impression d’écouter un immense bordel qui part dans tous les sens. Comme entrée en matière, on a connu mieux. Et heureusement, Day of the Poacher va nous réconcilier avec l’album. Le début est plus tonitruant, via une batterie martiale et des riffs plus lourds. Le chant se rapproche alors du Black, devenant plus pur et sans artifice. Pour autant, malgré la prouesse technique, on aura du mal à pleinement entrer dans le titre, qui manipule un aspect presque jovial avec quelque chose de très sombre.

Encore une fois, il faut saluer la prouesse technique, mais ce n’est pas à la portée de tout le monde. Cathedral of Bleeding Statues suit ce chemin sinueux et visqueux. On a des passages très calmes, éthérés et aériens, qui vont côtoyer alors des moments plus rugueux, mais qui manquent à chaque fois d’impact. Chaque morceau étant très long, on va avoir du mal à faire ressortir de mémorable à chaque fois. Et encore une fois, ce n’est pas parce que c’est mauvais, mais tout simplement parce que c’est bordélique et trop bizarre. On a parfois l’impression que le groupe tourne au ralenti, comme si on faisait tourner un 33 tours en 45 tours. Alpha Fluids va réduire ce décalage que l’on peut entendre. Le morceau est plus pêchu, malgré quelques fulgurances qui nous sortent de l’aspect Black plus prégnant ici.

Un Black qui déboule à toute berzingue sur Babel, You Scarlet Queen !, un morceau très nerveux, mais qui ne va pas marquer comme il le devrait. La faute, encore une fois, à des sonorités qui viennent saupoudrer les riffs agressifs. Il y a une superposition des mélodies qui ne colle pas vraiment, tout comme le chant qui aura trop de reverb. Last Theatre of the Sea va aller encore plus loin dans le délire, avec des notes qui semblent noyées, juxtaposant alors des riffs plus rapides et virulents. Le mélange ne fonctionne pas vraiment et offre une dissonance très étrange, trop étrange. Il est très difficile de ne pas sortir du délire après cela. Enfin, The Carrion Cocoon clôture l’album. Long de treize minutes, le titre nous fait passer par pleins de moments différents, à la fois grisants, et parfois incongrus, se posant comme une synthèse de l’album.

Au final, Tempelschlaf, le dernier album de The Ruins of Beverast, est vraiment un effort déroutant. Tous les effets pour marquer l’ambiance ne sont pas judicieux, et parfois, on se demande ce que veut nous raconter son auteur. On est constamment partagé entre féliciter la prouesse technique, ou raccrocher les écouteurs, faute d’une ligne directrice convaincante. Néanmoins, il s’agit d’un skeud qui ne laisse indifférent, et en ce sens, c’est déjà pas si mal, arrivant à susciter autant la curiosité que l’agacement.

  • Tempelschlaf
  • Day of the Poacher
  • Cathedral of Bleeding Statues
  • Alpha Fluids
  • Babel, You Scarlet Queen !
  • Last Theatre of the Sea
  • The Carrion Cocoon

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.