avril 22, 2026

American Psycho – Golden Serial Killer

De : Mary Harron

Avec Christian Bale, Willem Dafoe, Jared Leto, Josh Lucas

Année : 2000

Pays : Etats-Unis, Canada

Genre : Thriller, Horreur

Résumé :

Au cœur des années Reagan, Patrick Bateman est un pur produit de la réussite américaine. Jeune, riche, il est un de ces golden boys qui triomphent à la bourse. Seul le nec plus ultra est digne de lui et il s’emploie à ne retrouver que des symboles qui lui renvoient une image de succès. Il accumule, avec une obsession maladive, les vêtements selects, les relations enviables. Son vœu le plus cher est de se fondre dans cette foule, de trouver sa place au milieu de ceux auxquels il s’identifie.

Avis :

En règle générale, quand un auteur à succès voit son nouveau livre se faire refuser par son éditeur, c’est souvent bon signe. Au début des années 90, Brest Easton Ellis a une avance de 300 000 dollars sur son prochain roman, et il va écrire American Psycho. Chronique acerbe autour d’un fils à papa riche et psychopathe, le manuscrit va être jeté par l’éditeur, qui va même renoncer à réclamer l’argent à l’auteur. Forcément, un autre éditeur va prendre le risque de publier le roman, ce qui donnera lieu à un best-seller, mais aussi et surtout à un énorme scandale. Accusé de violence gratuite et de pornographie, Brest Easton Ellis va devenir la cible de menaces de mort, et va devoir embaucher des gardes du corps pour se déplacer. Si le roman arrive dans d’autres pays, le scandale sera moindre, mais les éditeurs lâchent quand même l’auteur.

Que l’on aime ou déteste l’œuvre, ce n’est guère un souci, mais comme tout ce qui est clivant, cela va amener le regard de producteurs qui vont vouloir en faire un film. Fait intéressant, American Psycho au cinéma sera l’œuvre de deux femmes, Guinevere Turner au scénario, et Mary Harron au scénario aussi, et à la réalisation. Pourtant, le roman est principalement masculin, avec un personnage principal qui zigouille pauvres, concurrents et femmes, les prenant pour des objets. Cependant, comme on peut le lire sur les interviews faites autour du film, les deux femmes derrière le projet ont trouvé le livre très féminin. C’est-à-dire que le « héros » est détestable, antipathique au possible, en plus d’avoir un grain, et tous les personnages féminins sont gentils, innocents, empathiques. Et c’est de faire le portrait d’un salaud qui leur a plu.

« American Psycho va choquer par ses différentes tonalités »

Tout comme le livre, le film va aussi faire son petit scandale. Sorti en 2000, American Psycho va choquer par ses différentes tonalités, et par la prestation impeccable de Christian Bale, qui interprète à merveille ce yuppie complètement zinzin. Totalement indescriptible dans son genre, le film est un mélange de comédie noire, d’horreur et de thriller, avec quelques passages dramatiques. Mais dans chacun de ces genres, il y a toujours un message caché derrière, une critique d’une société de consommation qui devient folle, ainsi que de ces hommes qui se définissent comme des symboles de réussite. American Psycho est un film très riche dans ce qu’il raconte, et cela au sein d’un seul et même homme : Patrick Bateman. Il cristallise à lui seul tous les problèmes de notre société patriarcal et capitaliste, poussant les idéaux de certains jusqu’à l’extrême.

Par exemple, à chaque fois que cet homme est frustré, il n’arrive pas à contrôler ses émotions, ses pulsions. Contrairement à certains qui n’ont que de la bouche, il donne corps à ses fantasmes les plus inavouables. Ainsi, pour se défouler, il tue des sans-abris, qu’il considère comme des êtres inférieurs. Quand il n’arrive pas à assouvir ses pulsions sexuelles déviantes, ou quand sa maîtresse se refuse à lui à cause d’un planning chargé, il embauche prostituée et call-girl pour jouer à des jeux interdits. Il est la personnification du golden boy qui n’a jamais eu aucune limite, aucune éducation, sinon son narcissisme exacerbé. L’absence de la figure paternelle y est sûrement pour quelque chose, puisqu’elle est évoquée dans le film, mais toujours invisible. C’est là que l’on voit une vraie finesse dans l’écriture, qui possède plusieurs interprétations dans chacun des genres.

« La réalisation de Mary Harron est à la fois épurée et inspirée »

Car si le côté thriller démontre la critique d’un monde destructeur et capitaliste au possible, toujours à travers le portrait de ce golden boy cynique, les autres genres du film sont là pour amener du grain à moudre. Le côté comédie met en avant la vacuité de Patrick Bateman. Il ne travaille jamais, fait semblant à chaque fois, ce qui lui laisse du temps pour apprendre des choses assez vaines, avec notamment toutes ses tirades autour de la musique. Même si c’est drôle, cela montre que dans le monde des riches, le vide a quand même de la valeur. Un triste écho qui résonne encore d’actualité de nos jours. Et le côté horreur, qui est très graphique dans le film, est là pour montrer toute la décadence d’une partie de la population. Quoi qu’il fasse, le héros va s’en sortir, et plus c’est gros, plus ça passe.

Il peut tuer autant qu’il veut, il ne sera jamais pris au sérieux sur ce sujet, et s’en sortira toujours. Et c’est sans doute là-dessus que le film marque le plus. La réalisation de Mary Harron est à la fois épurée et inspirée en fonction de ce qu’elle veut exprimer. L’appartement de Patrick Bateman est aussi vide que lui. Il est blanc, immaculé, représentant un homme transparent, sans sentiment, dénué de la moindre émotion. Cela permet aussi au rouge du sang de mieux ressortir lors des moments horrifiques. Le côté graphique explose, percute le spectateur, qui va alors se retrouver au milieu d’un maelstrom de violence. Le coup de la hache qui survient d’un coup, ou encore la poursuite avec la tronçonneuse, sont autant de moments qui marquent la rétine de par des choix artistiques forts et impactants.

Au final, American Psycho demeure un grand film, même plus de vingt ans plus tard. Portrait acide d’un yuppie qui n’arrive pas à contrôler son vide dévorant, le film met en avant des critiques sociales importantes, à travers un personnage détestable et complètement crétin. Porté par une mise en scène inspirée et épousant plusieurs genres qui ont chacun une fonction précise, American Psycho demeure un long-métrage malade, déroutant, mais toujours d’actualité dans ce qu’il brasse et raconte.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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