mars 3, 2024

Pauvres Créatures – Lanthimos Signe son Chef-d’œuvre

Titre Original : Poor Things

De : Yórgos Lánthimos

Avec Emma Stone, Mark Ruffalo, Willem Dafoe, Ramy Youssef

Année : 2024

Pays : Etats-Unis, Irlande, Angleterre

Genre : Drame, Fantastique, Science-Fiction, Romance

Résumé :

Bella est une jeune femme ramenée à la vie par le brillant et peu orthodoxe Dr Godwin Baxter. Sous sa protection, elle a soif d’apprendre. Avide de découvrir le monde dont elle ignore tout, elle s’enfuit avec Duncan Wedderburn, un avocat habile et débauché, et embarque pour une odyssée étourdissante à travers les continents. Imperméable aux préjugés de son époque, Bella est résolue à ne rien céder sur les principes d’égalité et de libération.

Avis :

Devenu réalisateur incontournable, Yórgos Lánthimos s’est taillé une solide réputation depuis une bonne dizaine d’années. Grec d’origine, après trois films chez lui, c’est au milieu des années 2010 que le réalisateur s’exporte à l’étranger, et s’établit notamment au Royaume-Uni, où il va tourner « The Lobster« , une satire politique futuriste. S’il avait déjà commencé à faire parler de lui, avec ce film porté par Colin Farrell et Rachel Weisz, le cinéaste accède à un autre statut et ce n’est pas ses deux films suivants, et notamment « La favorite« , comédie historico-biographique qui va démontrer le contraire. Mieux encore, le film est un véritable succès pour un film indépendant et il ira jusqu’à remporter le Golden Globe du meilleur film dramatique.

Reparti de la Mostra de Venise de 2023 avec le Lion d’Or, « Pauvres créatures » est le film événement de ce début 2024. Il faut dire qu’avec sa bande-annonce ô combien sublime, ainsi que son histoire à la Frankenstein, « Pauvres créatures » était de ces films qui donnent sacrément envie.

« Expérience de cinéma folle, visuellement incroyable. »

Expérience de cinéma folle, visuellement incroyable, jouissant d’un univers rétro-futuriste dingue, tenu par une très grande Emma Stone, « Pauvres créatures » propose de suivre l’émancipation d’une femme au travers d’une histoire et d’un format qui ne laissera pas indifférent. Bref, la première grande claque de 2024, elle est là.

Une jeune femme se jette d’un pont à Londres. Elle voulait mourir, mais son corps est repêché et amené auprès du Docteur Godwin Baxter. Avec le corps de cette jeune femme morte et en même temps proche de la vie, le Docteur va faire une expérience qui va la ramener à la vie. Enceinte, l’homme a remplacé le cerveau de la femme adulte par celui du nouveau-né qu’elle attendait, ce qui fait que la jeune femme va repartir à zéro, et petit à petit, une soif d’apprendre et de découvrir le monde va se faire ressentir.

Septième long-métrage de Yórgos Lánthimos, et le réalisateur grec signe là son chef-d’œuvre. Enfin, du moins parmi les films qu’il a réalisés, car le metteur en scène fait mieux de film en film, et on espère qu’il fera mieux que celui-ci un jour, même si la barre est tellement haute que ça va être compliqué.

« Le film est fascinant à regarder. »

Avec « Pauvres créatures« , Yórgos Lánthimos nous propose un voyage de Londres à Londres, en passant par Lisbonne, Alexandrie ou encore Paris. Doté d’un univers rétro-futuriste, la première chose qui frappe dès les premières images de « Pauvres créatures« , c’est son ambiance et son univers unique. Le film est fascinant à regarder. Évidemment, il est difficile de ne pas penser à Mary Shelley et son « Frankenstein« , tant le film en lui-même, pour commencer, est une expérience, et avec ça, au sein du récit et de cette découverte, il y a tout un tas d’expériences qui sont faites (que l’on voit ou non) qui y font penser. Puis évidemment, il y a le visuel de Willem Dafoe, qui rappelle avec ses traits le monstre de Frankenstein.

Mais réduire « Pauvres créatures » à cela serait bien dommage, car le film a tout un tas d’autres choses. Yórgos Lánthimos greffe à son histoire et à son univers tout un tas d’inspirations (« Metropolis« , Murnau, ou encore des tableaux et autres peintures) qu’il réussit à s’approprier pour donner à son film son propre caractère et son propre univers, ce qui est assez fou. À l’heure où les franchises et autres suites règnent en maître sur le cinéma, il est excitant de voir un tel film, et encore plus lorsqu’il est réussi comme celui-là.

«  »Pauvres créatures » s’aventure dans le récit de l’émancipation d’une femme. »

Très inspiré, « Pauvres créatures » propose aussi des décors grandioses assez incroyables dans lesquels le metteur en scène s’amuse, teste, ose, déroute, voire même dérange. Yórgos Lánthimos utilise et mélange les focales, il pousse les couleurs, chorégraphie les déplacements de ses personnages, joue avec les costumes, parfois trop grands, parfois trop courts, ce qui donne encore un plus à l’ensemble. Le réalisateur joue aussi avec sa BO, qui parfois s’accorde parfaitement, et d’autres fois, se trouve en décalage, ce qui dénote et fascine en même temps. Puis que dire de sa photographie qui est splendide, que ce soit dans les parties en noir et blanc, ou celles en couleurs.

Avec ce visuel dément, Yórgos Lánthimos nous propose aussi, et surtout, une histoire passionnante à suivre. Après une expérience folle, et une présentation incroyable, « Pauvres créatures » s’aventure dans le récit de l’émancipation d’une femme qui a soif d’apprendre. Voir le monde à travers les yeux de Bella est aussi fascinant que très touchant. Argent, ego, sexualité, féminisme, sont au cœur d’un théâtre absurde, caricaturé, démesuré, déjanté, et pourtant, malgré tout ça, la société que décrit l’intrigue, et les sujets par lesquels passe le film, sont d’actualité et résonnent comme juste. Le film, au cours de son récit, offre même des fulgurances qui resteront marquées un petit bout de temps, comme lorsque Bella découvre la pauvreté. D’ailleurs, cette scène-là est l’un des points de bascule de l’histoire, qui emporte le film ailleurs, pour encore plus d’intérêt et d’émotion.

« Emma Stone est bluffante du début à la fin. »

Avec tout cela, « Pauvres créatures » offre l’un de ses meilleurs rôles à Emma Stone qui est bluffante du début à la fin. Tenant un personnage qui ne cesse d’évoluer, aussi bien mentalement que physiquement, l’actrice livre une prestation hors norme qui, personnellement, m’a autant tenu que fasciné et bouleversé. Pour l’accompagner, Yórgos Lánthimos a vu les choses en grand, avec un Willem Dafoe incroyable, un Mark Ruffalo hilarant, et plus loin encore, tout un tas d’acteurs parfaits dans leurs rôles. Au cours du récit, on croisera Ramy Youssef, Hanna Schygulla, Jerrod Carmichael, Christopher Abbott, Damien Bonnard, Suzy Bemba, Raphaël Thiéry… Et j’en oublie, tant le casting est riche et chacun y trouve sa juste place.

« Pauvres créatures » est donc le film d’un réalisateur qui marque un sacré retour dans les salles obscures. Spectacle de tous les instants, beauté, laideur, expériences, émotions, réflexions sont au rendez-vous de ce film qui ne ressemble à aucun autre et qui assurément marquera l’année 2024. C’est même assez dingue de se dire que l’année a à peine commencé, et qu’on a déjà vu l’un de ses meilleurs films. Intelligent dans son récit, passionnant dans ce qu’il propose, et je le redis, mais Emma Stone est au firmament. Bref, ici, Yórgos Lánthimos signe son chef-d’œuvre !

Note : 20/20

Par Cinéted

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