juin 23, 2024

Macbeth

De : Justin Kurzel

Avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, Paddy Considine, David Thewlis

Année : 2015

Pays : Angleterre, France, Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

11ème siècle : Ecosse. Macbeth, chef des armées, sort victorieux de la guerre qui fait rage dans tout le pays. Sur son chemin, trois sorcières lui prédisent qu’il deviendra roi. Comme envoûtés par la prophétie, Macbeth et son épouse montent alors un plan machiavélique pour régner sur le trône, jusqu’à en perdre la raison.

Avis :

William Shakespeare, le plus célèbre dramaturge d’Angleterre, continue aujourd’hui d’inspirer de nombreux scénaristes et réalisateurs pour adapter ses œuvres, ou en faire des relectures. Que ce soit Roméo et Juliette, Othello, Le Roi Lear ou encore Macbeth, on retrouve de très grands noms derrière des projets cinématographiques qui, parfois, font des versions contemporaines, ou s’accordent à être le plus fidèle possible à l’œuvre. Parmi les œuvres les plus adaptées, Macbeth et son roi paranoïaque doivent truster en tête avec des réalisateurs cultes tels que Orson Welles ou encore Roman Polanski. Si l’on oublie volontairement certaines adaptations boiteuses destinées à un public adolescent, la plus récente signée Justin Kurzel reste une sorte d’ovni lors de sa sortie en 2015. Gardant le texte de Shakespeare tel quel, en vers, jouant sur un côté mutique et une mise en scène sublime, on peut dire que le réalisateur australien marque un joli coup.

L’histoire de Macbeth est plus ou moins connue de par tout le monde. Chef d’armées, il est victorieux d’une guerre qui ravage l’Ecosse. Il rencontre alors trois oracles qui vont lui prédire son avenir, celui de devenir roi d’Ecosse. Voulant à tout prix que cette divination se produise, et influencé par sa femme qui veut se venger de la mort de son fils, Macbeth va alors devenir paranoïaque, faisant tuer tout ceux qu’il estime être des traitres ou un danger pour sa place. Ce scénario a déjà été exploré plein de fois, que ce soit dans les diverses adaptations de Macbeth, ou dans des transpositions plus ou moins réussies. Justin Kurzel le sait, et il lui faut alors sortir des balises pour trouver une réelle identité et renouveler cette histoire culte. Son choix va alors se porter sur le visuel, ainsi que sur la volonté de garder le texte d’origine.

« Les plans larges sont sublimes et il en ressort quelque chose de très naturaliste. »

Et la première chose qui frappe dans cette version de Macbeth, c’est clairement la mise en scène. Le démarrage est mutique au possible, avec des teintes grises, marquant le deuil et la mise en terre d’un enfant. Les plans larges sont sublimes et il en ressort quelque chose de très naturaliste. Très rapidement, on tombe dans la guerre et la fureur, avec là aussi un choix audacieux, celui d’alterner des plans furieux et vifs avec des ralentis silencieux, montrant alors le sang et la sueur. Il se dégage de cette séquence un côté très granuleux, avec un fort accent mis sur les textures. On ressent presque les coups et la boue sur les visages. Justin Kurzel peaufine tout cela à l’extrême, essayant de ne pas faire parler ses personnages, mais plutôt de les faire vivre, ressentir et de jouer avec les acteurs, qui auront un boulot monstrueux à fournir.

D’ailleurs, le casting est assez impressionnant, pas forcément dans le côté « bankable » des comédiens, mais plutôt dans leur jeu et la force qu’ils dégagent. Michael Fassbender est tout simplement habité par son personnage, qui devient de plus en plus fou. Beaucoup de choses se passent dans le regard de l’acteur, qui devient de plus en plus fiévreux au fil des minutes. Marion Cotillard fournit aussi une belle prestation, dans laquelle elle exprime de façon terrifiante son deuil, sa vengeance, puis se rend compte du monstre qu’elle a créé. Le duo fonctionne à merveille, même si on peut le trouver parfois un peu sous-exploité. Du côté des rôles secondaires, Paddy Considine est très fort, tout comme Sean Harris qui fournit un personnage trouble, bien loin des bad guys dont l’acteur est friand. Quant à David Thewlis, il compose aussi un protagoniste aux zones d’ombre.

« Il y a une vraie proposition de cinéma, quitte à ce que se soit casse-gueule. »

L’ombre et la lumière sont aussi des éléments essentiels à cette œuvre qui, visuellement, joue constamment avec nos émotions et nos ressentis. Macbeth est un film qui se ressent, qui se regarde, et qui reste en tête un long moment, notamment sur ce final rouge, ou encore lorsque le cinéaste propose une superbe ligne de fuite en partant du trône. Il y a une vraie proposition de cinéma, quitte à ce que se soit casse-gueule. Tout n’est pas parfait dans cette adaptation, mais il réside une envie de bousculer les codes et de ne pas caresser le spectateur dans le sens du poil. Même les dialogues, qui sont récités en vers, donnent une plus-value à l’ensemble, ajoutant une sorte de poésie macabre, donnant alors un cachet supplémentaire. Et cela donne une sensation supplémentaire d’être dans un conte, plus que dans une réalité alternative où la folie s’éveille.

Néanmoins, il faut aussi le reconnaître, cette version a des écueils qui peuvent rebuter plus d’une personne. Et en premier lieu, c’est son rythme. Si le film est tout simplement splendide, il est aussi très lent, et prend son temps pour poser son intrigue et l’évolution de ses personnages. Les séquences intimistes prennent parfois beaucoup de place. On a le sentiment de s’appesantir sur des scènes à rallonge, notamment dans les monologues de Macbeth lui-même. Des scènes habitées par Michael Fassbender, mais dont il faut parfois relire plusieurs fois les sous-titres pour tout comprendre. Le choix de garder le texte d’origine est osé et apporte un sentiment presque grisant, mais il faut parfois s’y reprendre à plusieurs fois pour tout comprendre.

Au final, Macbeth de Justin Kurzel est une bonne adaptation du chef-d’œuvre de William Shakespeare. Il s’agit-là d’un film respectueux du matériau de base, qui ne le dénigre pas, au contraire, qui tente de lui apporter une nouvelle vision avec une mise en scène dingue et des effets colorimétriques incroyables. Sorte de cauchemar fantasmagorique qui aborde la folie et la difficulté de faire son deuil, on regrettera cependant une lenteur poussée presque à l’extrême et des dialogues parfois difficile d’accès, à cause d’un texte riche et peut-être trop poétique pour le médium cinéma. Quoi qu’il en soit, cela reste une proposition radicale, dont on garde certains plans en tête pendant longtemps.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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