juillet 15, 2024

Les Ordres du Mal

Titre Original : Hermana Muerte

De : Paco Plaza

Avec Aria Bedmar, Almudena Amor, Maru Valdivielso, Luisa Merelas

Année : 2023

Pays : Espagne

Genre : Horreur

Résumé :

Après une enfance marquée par un miracle, Narcisa entre dans les ordres et enseigne à de jeunes filles dans un ancien couvent hanté par une présence inquiétante.

Avis :

Durant les années 70, le cinéma d’épouvante ibérique était à son paroxysme. Voulant rivaliser avec les productions de la Hammer, il y a eu une dynamique assez incroyable qui a permis au pays de Cervantes de se démarquer de la concurrence. Puis par la suite, le pays a sombré dans une sorte de période creuse, avant de rebondir au début des années 2000 avec des réalisateurs tels que Jaume Balaguero, Alex de la Iglesia, Alejandro Amenabar et Paco Plaza. Ce dernier se fera surtout connaître pour Rec, qu’il va coréaliser avec Jaume Balaguero. Pour autant, sa filmographie ne va pas être une partie de plaisir, malgré tous les efforts du bougre pour rester dans un cinéma d’horreur marqué. Et si ses derniers films (Veronica et Abuela) ont eu les honneurs de la salle en France, ce ne sera pas le cas de son tout dernier, Les Ordres du Mal.

Arrivé tout récemment sur Netflix, le film promettait pas mal de choses. Sorte de préquelle à Veronica, Paco Plaza voulait continuer de jouer avec la religion, les fantômes et peut-être un peu de possession. Malheureusement pour nous, le film ne va être qu’une resucée de tout ce que l’on connait déjà, avec ce qu’il faut de tacles autour de l’omerta religieuse, et des apparitions qui ne sont pas vraiment ce que l’on pense qu’elles sont. Ainsi donc, on va suivre une jeune femme qui rentre dans les ordres, après une enfance marquée par un miracle. Mais rapidement, elle se rend compte qu’un esprit rôde dans le couvent, et que les jeunes élèves répandent une rumeur sur le fantôme d’une petite fille. Bien évidemment, la nouvelle sœur va mener une enquête, se faire des ennemis au sein des ordres et découvrir le pot aux roses.

« Paco Plaza ne semble pas vraiment inspiré par cette histoire. »

Au niveau du scénario, on reste relativement perplexe. Paco Plaza ne semble pas vraiment inspiré par cette histoire, qui peut se voir comme un mélange entre Les Messagers et Le Narcisse Noir. En gros, une bonne sœur dans un monde austère, avec un fantôme qui a bien des raisons de venir gratter les murs et faire tomber des chaises. Le problème, c’est qu’il va être très compliqué de ressentir de l’empathie pour le personnage central, tant cette bonne sœur ne fait rien et demeure un témoin muet d’une éducation rigoriste insupportable. Ça chouine, ça se fouette un peu pour faire bien, ça discutaille un peu pour comprendre le passé de ce couvent, mais globalement, elle reste amorphe et larmoyante du début à la fin. Il lui manque un réel background, car même si l’introduction la montre enfant, cela n’apporte rien à l’histoire par la suite.

Même l’histoire du fantôme n’est pas vraiment intéressante. Le côté enquête piétine beaucoup trop, et on trouvera même des moments assez incohérents, notamment lorsque l’esprit s’en prend à de petites filles sans raison. Paco Plaza aura beau jouer avec les temporalités et des réalités plus ou moins virtuelles, on reste sur des enjeux qui sont flous et manquent de profondeur. Alors oui, on comprend bien que le cinéaste continue de taper sur la religion catholique, avec cette omerta autour du viol et des violences, mais c’est amené sur un flashback vulgaire, qui en trouve aucune raison valable à être là. Et cela arrive bien trop tard. C’est-à-dire que c’est le point de rupture qui donne de l’ampleur à l’histoire, mais ça n’arrive qu’un quart d’heure avant la fin. Comment rentrer pleinement dans ce scénario si la clé arrive à la fin ?

« On remarquera que la mise en scène est soignée. »

Mais le plus énervant dans tout ça, c’est finalement le cache-misère qui est utilisé pour masquer ce scénario très faible. En effet, Paco Plaza est un excellent artisan, mais aussi un metteur en scène qui possède un bel œil. Le choix de faire son film en 4/3 est un hommage à un cinéma d’horreur typique des années 80, mais surtout, il permet de recentrer le cadre et de jouer avec les lignes de fuite et la symétrie. Si on est loin d’un Wes Anderson, on remarquera que la mise en scène est soignée, et qu’il y a des choix esthétiques très intéressants. Mais on ne peut que se dire que c’est pour masquer une histoire fébrile, qui a des pieds d’argile dans l’eau bénite. C’est dommage, parce qu’on sent qu’il ne manque pas grand-chose pour en faire un film intéressant.

Néanmoins, il faut aussi reconnaître que les effets de peur ne sont pas au rendez-vous. Le coup de la chaise qui tombe, des coups à la porte, de la petite balle qui roule pour montrer un truc… tous ces effets sont tellement éculés qu’ils ne marchent plus. D’autant plus s’ils sont attendus, comme c’est le cas ici, et encore plus quand ils se répètent inlassablement. Il y a tout de même quelques bonnes idées, comme cette robe qui étouffe petit à petit l’héroïne, ou encore ce cauchemar avec la vieille bonne sœur qui lui fait bouffer des yeux, mais ça reste trop timide pour pleinement convaincre. Et c’est encore plus triste quand les deux derniers meurtres sont intéressants, notamment graphiquement, mais ce sont les seuls moments marquants et ils arrivent trop tardivement. La narration du film est trop bancale et l’ensemble met trop de temps pour démarrer…

Au final, Les Ordres du Mal est un film qui loupe de peu le coche. On retrouve des éléments intéressants qui auraient pu marcher si Paco Plaza n’avait pas trainé la patte, espérant vainement créer une ambiance plus sombre. Mais son film manque de vie, ça ne suinte pas comme il faut, ce n’est pas suffisamment sulfureux pour nous embarquer, et surtout, ça enfile tous les codes connus du film de fantôme. Du coup, même si le message anticlérical est plaisant, on reste sur du déjà-vu qui se cache derrière une bonne réalisation, et on n’est pas dupe.

Note : 08/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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