octobre 6, 2022

Rodéo – Quand la Bourgeoisie s’Ennuie

De : Lola Quivoron

Avec Julie Ledru, Yanis Lafki, Antonia Buresi, Cody Schroeder

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Julia vit de petites combines et voue une passion dévorante, presque animale, à la pratique de la moto. Un jour d’été, elle fait la rencontre d’une bande de motards adeptes du cross-bitume et infiltre ce milieu clandestin, constitué majoritairement de jeunes hommes. Avant qu’un accident ne fragilise sa position au sein de la bande…

Avis :

Lola Quivoron est une jeune réalisatrice qui sort cette année en salle son premier film, « Rodéo« . Née à Paris, elle a grandi un temps à Épinay-sur-Seine, puis avec ses parents elle a déménagé du côté de Bordeaux, dans une zone qui fut loin de tous les codes avec lesquels elle avait grandi. Déboussolée, dépressive et incapable de se faire de nouveaux amis, Lola Quivoron s’est alors réfugiée dans le cinéma et c’est de là qu’elle a commencé à nourrir des envies de réalisation. Comme beaucoup, elle va se faire la main sur des courts-métrages. Elle commence à réaliser en 2013 et petit à petit ses films vont se faire remarquer.

Produit par les films du Losange, « Rodéo » est donc le premier film de Lola Quivoron et pour ce premier essai, la jeune femme s’est intéressée à ce qu’on appelle la Bike Life et le Cross Bitume, où plus largement, les rodéos urbains.

Pour un premier film, Lola Quivoron tient un sujet intéressant, d’autant plus que si la jeune femme travaille dessus depuis sept ans maintenant, le sujet est terriblement d’actualité depuis quelques années, avec ces rodéos qui se multiplient sans que les autorités puissent y faire grand-chose. La jeune femme avait donc un bon sujet et derrière celui-ci, elle livre un film qui a une ambiance, une patte, un cachet, arrivant à capturer une spontanéité et un style. Mais malheureusement, si « Rodéo » est truffé de bonnes choses, le film n’arrivera pas à emporter et toucher, car il est tenu par des personnages détestables de bout en bout de film.

Julia, la vingtaine, est une passionnée de moto-cross. Venant d’un milieu pauvre, habitant en cité, Julia vole des cross, et elle va s’amuser avec d’autres jeunes de son coin, adoptant le Cross Style. Un jour, elle rencontre Kais, et elle intègre sa bande, une bande composée principalement de garçons. Là, Julia va tout faire pour se faire accepter, mais tous ne voient pas son arrivée d’un très bon œil.

Eh bien me voilà très embêté avec ce premier film de Lola Quivoron tant il techniquement parlant, il est bon, tant il tient un sujet qui est intéressant, et enfin tant la jeune réalisatrice a réussi à capturer une réalité, une spontanéité qui fait que son film sonne juste et vrai, mais derrière ça, « Rodéo » est un film qui tient des personnages parfaitement insupportables, dont on finit par se foutre royalement de ce qui peut leur arriver, et plus loin encore, le film tient une glorification de ces derniers qui est plus que douteuse.

Dans mon optimisme toujours présent, j’aurais envie de commencer par parler de cette patte, cette énergie et cette vérité que la réalisatrice a réussi à capturer, au travers de séquences de Cross Bitume grandioses. « Rodéo« , qu’on ait aimé ou non ce qui nous a été raconté, tient en lui quelque chose de pur et de sincère. On sent que Lola Quivoron s’est investie dans son sujet, pour qu’à l’image, cela sonne le plus juste et le plus vrai possible, et c’est bien ce qui se passe. Parfois même, certaines séquences sont telles que « Rodéo » prend des allures de documentaire. Cette vérité, la cinéaste l’a aussi capturée avec son casting, car même si ses personnages sont détestables, les comédiens, et surtout sa comédienne, sont bluffants de vérité. Ainsi, certains d’entre eux crèvent l’écran, comme Julie Ledru qui tient le rôle principal, puis Yanis Lafki, ou Ahmed Hamdi.

Je pourrais parler aussi de la dimension musicale du film, qui est parfaitement travaillée, Lola Quivoron habille très bien son film avec un mélange d’électro rap qui offre beaucoup aux images et à la mise en scène de sa cinéaste.

Mais voilà, tous ces bons éléments vont être très abîmés par d’un côté son intrigue qui au bout d’un moment tourne en rond et s’essouffle, en plus de se faire agaçante, car à plus d’un moment, on a du mal à comprendre où le film veut aller. Puis devant ça, il y a ces personnages, et je vais me répéter, mais ces derniers sont ô combien détestables. Franchement, entre les insultes permanentes qu’ils se balancent à longueur de répliques, et surtout les valeurs que ces personnages véhiculent, le film en devient épuisant, d’autant plus qu’il n’y en a pas un seul pour rattraper l’autre. C’est bien simple, plus le film avance et plus l’on est agacé et surtout on se fiche bien de ce qui peut leur arriver.

De plus, leur amour pour le cross bike et les rodéos urbains est très vite mis de côté pour s’aventurer dans des histoires de rivalités et de braquages en guise de rêve… Franchement, c’est rare, mais personnellement, je n’en pouvais plus, et je n’avais qu’une envie, c’était de quitter ses personnages au plus vite, ce qui est vraiment dommage, au vu de tout ce qu’il pouvait y avoir de bon dans le film. Malheureusement, c’est au moment de quitter le film que Lola Quivoron aura agacé une dernière fois, dédiant son film à ceux tomber sur le bitume. Peut-être y a-t-il un amalgame et un jugement de valeur de ma part, mais après avoir passé une heure et quarante-cinq minutes à suivre une bande de personnages qui ne respectent rien ni personne, des personnages qui ne vivent que pour se la raconter, dans un moment de paraître où il faut s’embrouiller pour être bien et bon, des personnages qui n’ont pas vraiment de morale, et derrière ça, qui passent leur temps à magouiller, voler et s’insulter, les voir, entre guillemets, glorifiés, ça a été la chute d’eau dans un bassin qui débordait déjà de tous bords !

Ainsi, « Rodéo » fut un moment de cinéma difficile et épuisant, ce qui est vraiment dommage, car le film est bourré de bons éléments. Malheureusement, rien n’y aura fait, et devant tout ça, s’est imposé cette bande de personnages minables, horripilants et épuisants. Reste que ce premier film présente une jeune réalisatrice qui a du talent, et j’espère que son prochain film (car je reste curieux et optimiste) sera bien mieux.

Note : 07/20

Par Cinéted

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