octobre 6, 2022

Revoir Paris – Faire Parler les Emotions

De : Alice Winocour

Avec Virginie Efira, Benoit Magimel, Grégoire Colin, Maya Sansa

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

A Paris, Mia est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible.

Avis :

Cinéaste sortie de l’école de la Fémis, Alice Winocour a présenté son premier long-métrage il y a un peu plus de dix ans maintenant et depuis la réalisatrice s’est aventurée sur des sentiers intéressants. Pour son quatrième film, après s’être intéressé à la médecine, ou à « l’espace », elle revient sur un sujet qu’elle avait déjà approché avec son deuxième film, « Maryland« , les traumas liés à un événement difficile, et ce nouveau film est sûrement le plus personnel qu’Alice Winocour ait pu faire jusqu’ici.

Le frère de la cinéaste, le soir du 13 Novembre 2015, était au Bataclan, et il a fait partie de ceux qui ont pu en réchapper. S’en est alors suivi pendant les mois suivants une introspection, et des recherches pour ce dernier, qui fut aidé et soutenu par sa sœur. Alice Winocour a été très marquée par cette période et l’idée de raconter la reconstruction d’une personne après de tels événements s’est imposée à elle. S’inspirant alors de ses recherches, de ses expériences, et des récits qui lui ont été confiés, la réalisatrice s’est lancée dans un film bouleversant, qui raconte un attentat imaginaire, et la reconstruction d’une femme incroyablement campée par une Virginie Efira, que décidément plus rien n’arrête.

Ce soir-là, il pleut, et Mia, motarde, s’arrête prendre un verre à la goutte d’or, le temps que les trombes d’eau s’arrêtent. Peu après son arrivée, la brasserie se transforme en chaos, lorsqu’un homme armé entre dans le restaurant et tire à vue. Mia fera partie des survivants de cet attentat et trois mois plus tard, elle cherche à se reconstruire. Une reconstruction difficile, car Mia a tout oublié ou presque de ce soir-là. Ayant des bribes de souvenirs, pour avancer, Mia va alors enquêter pour découvrir comment elle a pu s’en sortir, ce qu’elle a fait pendant les presque deux heures que l’attaque aura duré, et surtout avec qui elle était.

Cette année 2022, sept ans après les attentats du 13 Novembre, voici que deux films qui approchent ces événements arrivent en salles. Ainsi, nous auront le film de Cédric Jimenez en Octobre et un mois avant, il y aura cette fiction d’Alice Winocour. Oui, on parle bien d’une fiction, car si la réalisatrice aborde bien des attentats coordonnés au cœur de Paris, il était important pour elle que ce ne soit pas les attentats du 13 Novembre, car pour elle, l’horreur de cette nuit-là ne peut être racontée et mise en images, et d’ailleurs, partant sur cette idée-là, elle passera très vite sur l’attaque de la brasserie choisie. Une attaque terrifiante par ailleurs, avec une mise en scène folle, et une violence incroyable, nous faisant basculer d’un coup, d’un seul, en zone de guerre. Cette scène est si intense qu’elle en marque tout le film et l’on restera assez mal à l’aise pendant tout le film, tant, dans une certaine mesure, elle nous fait autant basculer que le personnage de Mia.

Mais « Revoir Paris » n’est pas un film sur une attaque, d’ailleurs, si on va plus loin, ce n’est pas non plus un film sur les attentats. Non, « Revoir Paris » est un film sur une reconstruction. C’est un film qui va peindre un personnage qui va chercher à savoir ce qui s’est passé ce soir-là et c’est au travers de son enquête que petit à petit, en ramenant les pièces de son puzzle, Mia va se permettre d’essayer de revivre. C’est avec beaucoup de pudeur et de délicatesse qu’Alice Winocour aborde les différents traumas liés à un événement comme celui-là. Alors bien sûr, au fil des bribes de souvenirs qui reviennent peu à peu, on revoit et l’on découvre un peu plus de cet attentat, mais derrière ça, ce qui touchera au cœur et bouleversera, ce sont tous les petits détails qui nourrissent le scénario d’Alice Winocour.

Un regard, une main tendue, une attente cachée, sont autant de petits bouleversements qui émeuvent. Ces petits détails, on va les découvrir au gré des conversations, des groupes de soutien, des groupes Facebook, et Alice Winocour met parfaitement en valeur ces petits gestes qui ont l’air d’être rien du tout, mais qui dans ces conditions-là, font s’accrocher ou ramènent à la vie. Si le film suit le personnage de Mia, passant du fantôme d’elle-même à un possible retour à la vie, même si les cicatrices ne s’effaceront jamais vraiment, la metteuse en scène en profite pour peindre d’autres personnages, grâce à des interventions parfaitement placées au sein du récit. Ces personnages apportent alors énormément de reliefs à un film qui était déjà ô combien profond.

Avec ces personnages, la cinéaste raconte comment parfois une reconstruction peut se faire aussi de manière collective. Elle raconte comment des gens venus de tout milieu et de tout horizon se rencontrent, alors même qu’ils ne seraient jamais rencontrés. À travers cette idée, à travers ces destins, il y a cette idée que l’horreur ne choisit pas, ici, tous ces personnages viennent de milieux tellement différents. On sent vraiment que la cinéaste a travaillé en amont et surtout qu’elle a pris soin de ce que différentes personnes ont pu lui confier.

Bref, c’est assez incroyable ce qu’Alice Winocour réussit avec ce film, cette histoire, ces histoires et ce personnage. Ce souci de justesse, on le retrouve aussi dans la mise en scène de la cinéaste, qui évite les pièges du larmoyant et du misérabilisme. Alice Winocour fait naître les émotions qui parcourent le film avec trois fois rien. Comme je le disais plus haut, une main tendue et serrée est bien plus bouleversante ici que toute explosion de larmes. Puis il y a les silences de Virginie Efira, qui là encore sont bien plus touchants que beaucoup d’autres discours qui auraient pu parcourir cette histoire chez d’autres.

Élément surprenant avec ce film, un peu à l’image de toutes ces victimes, Alice Winocour filme Paris comme rarement on a pu voir la ville, la réalisatrice allant pour les besoins de l’enquête de son personnage, dans beaucoup de quartiers différents, ce qui donne un très beau relief à la capitale. Puis derrière ça, c’est très bien filmé, avec ce qu’il faut de justesse, de silence, d’impact et d’émotions.

Enfin, on ne peut pas passer à côté de ce casting, et notamment de Virginie Efira qui est encore une fois brillante dans un rôle extrême. La comédienne, qu’on n’a encore jamais vu ainsi, livre une prestation toute en retenue et derrière ça, en émotion. Fantôme d’elle-même, c’est bouleversant de la suivre dans sa quête de mémoire, et la revoir, entre guillemets, renaître, même si, comme on le disait plus haut, il y a des cicatrices qui ne peuvent disparaître à jamais. En face d’elle et pour l’accompagner (tout en accompagnant elle aussi), il faut mentionner un très bon Benoît Magimel, un excellent et tardif Amadou Mbow ou encore la jeune femme qui accuse le personnage de Virginie Efira qui est assez incroyable dans un rôle-là encore très complexe, et qui surtout, raconte tellement de chose bouleversante.

« Revoir Paris » est donc un film sublime. Alice Winocour traite d’un sujet brûlant, que beaucoup pourrait juger prématuré ou opportuniste, tant les événements sont encore dans tous les mémoires, mais ici, on est très loin de ça. Alice Winocour, à travers ce drame, à travers ces histoires, ces personnages, pose de très belles réflexions, et fait bien plus que parler des attentats. « Revoir Paris » est un film qui parle de la vie avant toute chose et de comment on peut se remettre d’un événement comme celui-là. C’est beau, c’est intense, et c’est bouleversant.

Note : 18,5/20

Par Cinéted

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