mai 26, 2024

Entretien avec un Vampire – Trop de Romantisme?

Titre Original : Interview with the Vampire

De : Neil Jordan

Avec Tom Cruise, Brad Pitt, Antonio Banderas, Christian Slater, Kirsten Dunst

Année : 1994

Pays : Etats-Unis

Genre : Fantastique

Résumé :

San Francisco dans les années 90. Un jeune journaliste, Malloy, s’entretient dans une chambre avec un homme élégant, à l’allure aristocratique et au visage blafard, Louis, qui lui fait de bien étranges confidences. Malloy, subjugué par la séduction de son interlocuteur lui demande, à l’aube, de le faire pénétrer dans son monde, celui des vampires.

Avis :

Entretien avec un Vampire est à la base un récit sorti en 1976 aux Etats-Unis par Anne Rice. Le succès est tel que le livre (qui ne devait être qu’une nouvelle) va devenir culte, propulser l’autrice sur le devant de la scène et surtout, populariser le mythe du vampire romantique. Pour autant, ce roman n’était pas forcément destiné à devenir un best-seller. Anne Rice s’inspire de sa vie pour écrire l’histoire, et se soulager d’un poids. En effet, elle avouera plus tard que l’écriture lui a permis de faire le deuil de sa fille de six ans en lui octroyant le rôle de Claudia, puis que Lestat ressemble à son mari, tout comme son fils qui est gay, orientant alors la trame vers une romance homosexuelle. Bref, ce qui aurait pu être une catharsis personnelle va devenir un phénomène mondial.

Il aura tout de même fallu attendre près de vingt ans pour voir l’histoire sur les grands écrans de cinéma. Il faut dire que le scénario est passé entre de nombreuses mains avant de revenir dans celles d’Anne Rice, qui va retoucher quelques petites choses. Ensuite, le choix du casting ne fut pas évident. Avant le choix de Tom Cruise pour jouer Lestat, il y avait une palanquée d’acteurs pressentis, et les castings furent complexes. D’ailleurs, Anne Rice ne voulait de Tom Cruise dans le rôle, puis lui envoya une lettre d’excuse face à sa performance. Bref, la genèse du film ne fut pas de tout repos, ce qui explique sa longue mise en route. Mais malgré de longues années d’attente, le film va rapidement devenir aussi culte que le livre, pour le bonheur des amateurs de cinéma et de créatures de la nuit.

Comme le laisse présager le titre, il s’agit ici d’une longue interview, où le vampire Louis va raconter sa vie à un journaliste. Il va y faire une sorte de testament dans lequel il évoque ses souvenirs, ses rencontres et l’aspect maléfique d’être un vampire. Très fidèle au roman (en même temps, Anne Rice est scénariste), on va retrouver les étapes de Louis, qui débute assez mal sa vie. En effet, malgré une grande richesse, il souhaite plus que tout mourir après le décès de son fils et de sa femme. Pris en chasse par Lestat, il va alors devenir un vampire et découvrir un nouveau monde, ainsi que de nouveaux pouvoirs. Cette partie prend place dans une Nouvelle-Orléans fantasmée, où la débauche règne en maître durant la nuit. Les deux vampires apprennent alors à se connaître, et les premières tensions font se faire ressentir.

En effet, Louis ne veut pas tuer d’êtres humains, et il essaye de se nourrir d’animaux. Malgré tout, il découvre la saveur du sang, et à quelque part, le plaisir de tuer. Errant comme une âme en peine, il découvre Claudia, une petite fille dont la mère fut emportée par la peste. Et Lestat y voit l’opportunité de se rabibocher avec Louis, en la transformant en vampire, espérant dès lors remplacer ce fils mort. Outre le côté très gay de l’histoire, c’est surtout l’histoire de cette petite fille qui prend le pas sur le reste, et cela pour deux raisons. Premièrement, elle pose une vraie problématique, celle de grandir psychologiquement dans un corps qui reste bloqué dans l’enfance. Ici, Claudia ne peut vivre d’histoire d’amour ou avoir accès à certains plaisirs et privilèges. Le thème est bien exploité et il demeure très intelligent.

Mais cela est dû à la deuxième chose, la prestation sans faille de Kirsten Dunst. La jeune actrice est incroyable dans ce rôle. Elle est d’une rare intensité, et ses scènes de colère sont tout simplement cultes. Elle en piquerait presque la vedette à Brad Pitt, pourtant très bon, et Tom Cruise, lui aussi impeccable dans un rôle complexe, entre animalité et décadence. Seul Antonio Banderas reste un peu en deçà, avec un rôle qui n’est pas si évident que ça à tenir. Pour le reste du casting, c’est aussi très bon, tout comme la réalisation de Neil Jordan. Le metteur en scène arrive à allier des scènes impressionnantes, comme le théâtre des vampires, avec des moments plus intimistes, et des duels mélancoliques qui octroient au film un aspect romantique. Bref, difficile de trouver des défauts à Entretien avec un Vampire. Et pourtant.

Malgré toutes les qualités évoquées, Entretien avec un Vampire peut ennuyer. Les caractères opposés des deux premiers vampires sont assez pénibles dans leur confrontation. On se retrouve avec une bête sans scrupule, qui essaye d’éduquer un jeune vampire qui a demandé à ne pas mourir, mais qui regrette finalement sa condition. Ses atermoiements sont parfois pénibles, et on a la sensation de ressasser inlassablement la même thématique, à savoir quelles sont nos origines et comment se sortir d’une nature qui semble immuable. Bref, c’est parfois longuet et surtout, ça tourne plutôt en rond. Seul le feu sera un élément libérateur, sorte de transition entre deux voyages et autres rencontres. Il en va de même avec Antonio Banderas et sa bande de vampires qui, pourtant, possède un visuel très intéressant.

L’idée du théâtre, de sa mise en scène, de ce côté macabre, est vraiment excellente, mais c’est un peu trop expédié, et surtout, ça n’ose jamais aller au bout de la chose. On sent que niveau gore et malsain, le film se freine pour garder les vampires romantiques, ce qu’ils ne sont fondamentalement pas. En fait, Entretien avec un Vampire manque d’un aspect plus horrifique et sulfureux. Si le romantisme prime sur le reste, on a la sensation que le film en oublie le sang et la sexualité. Certes, c’est volontaire de ne faire qu’effleurer les peaux, mais le sentiment de rester en dedans est très prégnant. De plus, cela nuit à l’équilibre de l’ensemble. On est souvent dans l’attente que le film nous sorte d’une certaine torpeur. C’est bien fichu, c’est beau, mais c’est aussi longuet et parfois un peu trop « surjoué » dans le romantisme.

Au final, Entretien avec un Vampire est un bon film, il est difficile de dire le contraire. Cependant, il ne faut non plus oublier qu’il n’est pas parfait et qu’il peut paraître long et pénible par moments, notamment à cause de cette romance non assumée entre Louis et Lestat. Anne Rice veut faire du romantisme exacerbé, en oubliant le côté maléfique de la bestiole, n’arrivant jamais vraiment à faire évoluer ses thématiques. Si Neil Jordan fait un excellent travail dans la mise en scène et que les acteurs sont très bons, il n’empêche que le film en lui-même manque parfois d’éléments plus rentre-dedans pour pleinement nous convaincre.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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3 réflexions sur « Entretien avec un Vampire – Trop de Romantisme? »

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