novembre 30, 2022

Chungking Express

Titre Original : Chung Hing Sam Iam

De : Wong Kar-Wai

Avec Brigitte Lin Ching-Hsia, Tony Leung Chiu-Wai, Faye Wong, Takeshi Kaneshiro

Année : 1995

Pays : Hong-Kong, Chine

Genre : Drame, Romance

Résumé :

L’histoire de deux flics lâchés par leur petite amie. Le matricule 223 qui se promet de tomber amoureux de la première femme qui entrera dans un bar à Chungking House où il noie son chagrin. Le matricule 663, qui chaque soir passe au Midnight Express, un fast-food du quartier de Lan Kwai Fong, acheter à la jolie Faye une « Chef Salad » qu’il destine à sa belle, une hôtesse de l’air.

Avis :

C’est à la fin des années 80 que Wong Kar-Wai commence sa carrière en tant que réalisateur de long-métrage. Epaulé par des pointures comme Patrick Tam, il va rapidement se faire la main sur un film jugé trop violent avec As Tears Go By, puis sur Nos Années Sauvages, un chassé-croisé d’amours qui sera un flop commercial, lui passant l’envie de faire la deuxième partie. Dès lors, Wong Kar-Wai se lance dans la fresque épique en plein désert avec Les Cendres du Temps. Le film va l’épuiser physiquement et psychologiquement, et durant la post-production du métrage, il va décider de prendre sa caméra et de faire un film illégal dans Hong-Kong. Simple dans sa réalisation, ne filmant que la nuit aux éclairages naturels, le réalisateur va alors accoucher d’une œuvre culte, Chungking Express. Il s’agit-là du film qui a fait exploser Wong Kar-Wai à l’international.

A la recherche de l’amour

Comme à son habitude avec Wong Kar-Wai, Chungking Express est un film qui parle d’amour. Ici, on va croiser deux policiers dont on ignore leur nom, mais qui vont perdre un amour, et qui va tenter d’en retrouver un. Ainsi, le film peut se découper en deux segments distincts. Le premier concerne un jeune homme qui vient de se faire plaquer par sa copine. Il décide alors de trouver une autre femme assez rapidement en passant plusieurs coups de fil à des amies d’enfance. Echouant alors dans un bar, il prend la décision qu’il tomberait amoureux de la première femme qui passerait la porte du débit de boissons. Entre alors une blonde sulfureuse, qui fait du trafic de drogue. Avec un tel pitch, on aurait pu aller plus loin dans cette histoire, mais le réalisateur décide alors de couper court, lorsque le couple s’endort dans une chambre d’hôtel.

Le policier, très doux, va alors regarder la jeune femme s’endormir, puis il va la quitter pour ne plus jamais la revoir. Cette histoire laisse un petit peu sur sa faim. Si l’on peut reconnaître la patte poétique de Wong Kar-Wai, qui aime filmer les silences et les relations mutiques, on a la sensation qu’il manque quelque chose. Les éléments qui peuvent tirer sur le thriller avec cette blonde et son trafic ne sont jamais vraiment exploités, si ce n’est pour couvrir une course-poursuite à la mise en scène bordélique. D’ailleurs, l’aspect anarchique de ce premier segment a son charme, mais il ne mène finalement à rien, si ce n’est à quelques divagations de la part du policier. Ce dernier ne se remet pas forcément en cause, et s’apitoie sur son sort en bouffant des ananas. Il manque un soupçon de magie dans cette histoire, dont la relation n’aboutira jamais.

Le kebab de l’amour

Le deuxième segment est un peu plus long et un peu plus complexe. Ici, on va suivre un agent de police qui vient commander tous les soirs la même chose à manger pour sa petite copine, une hôtesse de l’air. Jusqu’au jour où cette fameuse hôtesse se tire et ne revient plus. Faye, la serveuse du « kebab » va alors récupérer les clés de l’appartement du policier, et elle va arranger le logement petit à petit, sans le faire savoir à l’habitant. Jusqu’au moment où il va s’en rendre compte en la prenant en flagrant délit. Cette histoire d’amour est relativement étrange. Wong Kar-Wai essaye d’insuffler une sorte de poésie à l’ensemble qui ne marche qu’à moitié. En fait, on a vraiment la sensation d’une jeune femme perchée qui chercher à arranger la vie d’un homme sans raison apparente.

C’est d’ailleurs ce qui pousse certains à penser que Jean-Pierre Jeunet s’est inspiré de ce personnage pour créer celui d’Amélie Poulain. Bref, la relation ne fonctionne qu’à moitié avec cette intrusion qui peut sembler mal placée. Si le réalisateur retombe sur ses pattes en mettant en avant une sorte de bienveillance dans les rapports, on restera circonspect sur les intentions premières de la nana. De même, la réaction du policier est pour le moins bizarre, lui qui n’a aucun atome crochu avec cette demoiselle. Même d’un point de vue musical, où l’on va se taper California Dreaming à toute berzingue, les deux amants ne s’entendent pas, jusqu’à ce que l’un réalise trop tard qu’il va perdre une deuxième fois une femme qu’il aime. Le réalisateur laisse constamment des moments de flottement dans cette relation, ce qui peut rebuter, comme fasciner.

L’amour de l’image

Bien évidemment, si le scénario peut laisser une impression de déception, il n’en sera pas de même avec la mise en scène. Comme dit auparavant, le réalisateur est revenu à un cinéma brut et sans ambages. Ici, la lumière est naturelle et il y a une recherche perpétuelle du beau plan, avec une maximisation de l’éclairage. C’est bien simple, malgré la simplicité de l’équipe et l’aspect un peu rugueux de filmer caméra à l’épaule, Wong Kar-Wai veut rendre son film à la fois poétique et brut. Il en résulte un mélange assez impressionnant d’images et d’idées qui donne tout son cachet à Chungking Express. On est loin de tout conformisme et le cinéaste mélange aussi les genres, lorgnant aussi dans la romance que la comédie, ou encore le néo-noir avec cette blonde mystérieuse. La BO, jazzy, ajoute une touche non négligeable à un ensemble visuel superbe.

Au final, Chungking Express est un film hybride qui n’est pas forcément facile d’accès. Si on peut être emporté par les deux histoires d’amour contrariées, le scénario ne vise pas assez loin et néglige certains thèmes qui auraient pu être exploités. Mais malgré cela, Wong Kar-Wai saisit l’instant, l’énergie des rues de Hong-Kong et il y a dans ce film une sorte d’urgence dans tout. Aussi bien dans la recherche d’amour que dans la vivacité d’une mise en scène qui tente de trouver une vraie identité visuelle. Bref, sans être le chef-d’œuvre attendu, Chungking Express reste un ovni cinématographique étonnant et parfois touchant.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.