décembre 10, 2022

Madeleine Collins – Efira et la Double-Vie

De : Antoine Barraud

Avec Virginie Efira, Bruno Salomone, Quim Gutierrez, Loïse Benguerel

Année : 2021

Pays : France, Belgique, Suisse

Genre : Drame

Résumé :

Judith mène une double vie entre la Suisse et la France. D’un côté Abdel, avec qui elle élève une petite fille, de l’autre Melvil, avec qui elle a deux garçons plus âgés. Peu à peu, cet équilibre fragile fait de mensonges, de secrets et d’allers-retours se fissure dangereusement. Prise au piège, Judith choisit la fuite en avant, l’escalade vertigineuse.

Avis :

Cinéaste français, Antoine Barraud n’a pas un nom qui évoque beaucoup de chose. Comme beaucoup de petits réalisateurs français qui mènent sa petite barque discrètement, Antoine Barraud propose régulièrement des films qui passent sous les radars. Débutant au milieu des années 2000, Antoine Barraud se fait remarquer avec son deuxième film, « Les gouffres« , une œuvre portée par Natalie Boutefeu et Mathieu Amalric. S’ensuivra alors courts et longs métrages, pour une œuvre qui ne cesse de s’enrichir, approchant beaucoup de genres et de styles.

Pour son quatrième film, Antoine Barraud revient avec un thriller manipulateur et original, « Madeleine Collins« . Porté par une Virginie Efira toujours aussi impeccable, « Madeleine Collins » est un film qui réussit la petite prouesse d’arriver à être prenant, intriguant, touchant, mais surtout crédible, avec une intrigue qui, plus elle va se dévoiler et plus elle va être tirée par les cheveux. Et alors que chez d’autres, cette histoire aurait pu s’écrouler, Antoine Barraud arrive à faire tout le contraire, avec un dénouement final aussi inattendu que marquant, voire même bouleversant.

Judith, la quarantaine, mère de famille, mène une double vie, partagée entre la France, où elle a un mari et deux garçons, et la Suisse, où elle vit avec un compagnon et leur fille. Judith a un quotidien fait de mensonges, de secrets et surtout d’allers-retours qui ne s’arrêtent pas. Pourtant, malgré ça, Judith arrive parfaitement à jongler avec ce quotidien, aussi complexe qu’il est fragile. Si fragile qu’il suffirait de presque rien pour le faire voler en éclats.

Mensonges, dissimulations, secrets, attention à la moindre phrase, quête d’identité, pour ne pas dire flou de l’identité, « Madeleine Collins » est un savoureux film à tiroirs qui tient un scénario pour le moins original. Un scénario original écrit pour l’occasion, ce qui change en cette période où même dans le cinéma français, ce qui a tendance à fonctionner (du moins au box-office), ce sont les suites. Et d’ailleurs, c’est bien ce scénario qui va nous tenir parfaitement en haleine jusqu’au bout, en ne cessant de poser des questions aux spectateurs. Comment cette femme peut-elle arriver à jongler avec ces deux vies de manière aussi simple ? Et surtout pourquoi ? Si comme je le disais, l’intrigue peut avoir des traits qui pourraient apparaître comme trop gros, la finesse, et surtout l’intelligence de l’écriture, fait que le scénario va peu à peu répondre à toutes les questions qu’on peut se poser, et fera que finalement cette intrigue s’avère marquante avec ce final qu’on n’attendait pas et qui se fera aussi touchant que beau et terrible en même temps.

L’autre très bel atout du film, c’est bien sûr Virginie Efira, qui après plusieurs années à jouer dans de petites comédies lambda, fait une percée spectaculaire dans le paysage du cinéma français et s’impose comme l’une des meilleures actrices qu’on ait. Après un tour chez Dupontel, Fontaine, Verhoeven et prochainement chez Roisnard pour l’excellent et bouleversant « En attendant Bojangles« , l’actrice trouve encore une fois un rôle important et au-delà de ça, un très beau rôle qu’elle endosse à merveille, oscillant entre manipulations, tendresse, désespoir, drame et voire même perversité. La palette de jeu est grande et complexe et Efira est brillante. Puis l’actrice est très bien soutenue avec ses maris Bruno Salomone et Quim Gutiérrez, ou pour de petits rôles ici et là, avec Jacqueline Bisset ou Thomas Gioria.

Du côté de la réalisation, « Madeleine Collins » oscille entre le drame familial et le thriller manipulateur et à tiroirs. Le film jouit d’une scène d’ouverture assez incroyable, et même si par la suite, Antoine Barraud va avoir un peu de mal à faire que tout va prendre, une fois les doutes et les interrogations distillés, « Madeleine Collins » est comme une avalanche qui emporte tout sur son passage. Ainsi, plus l’intrigue se dévoile et se tend, et plus Antoine Barraud assombrit son film et plus il nous tient en intérêt. Le réalisateur joue beaucoup aussi dans sa mise en scène sur un effet d’enfermement dans cette double vie. Le film distille une tension permanente qui fait que chaque interaction peut être la dernière, et révéler ainsi la supercherie de son personnage. À noter aussi, pour accentuer le tout, la très bonne BO de Romain Trouillet qui donne des allures presque Hitchcockienne à ce film.

« Madeleine Collins » est donc un bon petit film manipulateur et intriguant à souhait. Antoine Barraud a eu une bonne idée et il a su très bien l’exploiter avec un scénario plus machiavélique et touchant qu’il n’y paraît. Portée par une grande Virginie Efira, cette histoire de femme qui mène une double vie aura réussi à garder ses secrets et ses surprises jusqu’au bout et chaque pièce de ce triste puzzle aura alors, même que c’est un peu gros, très bien trouver sa place. Bref, une bonne intrigue, une bonne actrice, une bonne réalisation, en somme, un bon film.

Note : 14/20

Par Cinéted

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