février 7, 2023

La Influencia

De : Denis Rovira

Avec Manuela Vellés, Maggie Civantos, Alain Hernandez, Claudia Placer

Année : 2019

Pays : Espagne

Genre : Horreur

Résumé :

De retour dans la maison où elle a grandi pour prendre soin de sa mère dans le coma, Alicia doit affronter une force obscure de son passé qui menace désormais sa fille.

Avis :

Dans le domaine de l’horreur, le cinéma espagnol n’a pas toujours eu le vent en poupe. On peut même dire qu’en ce moment, ce n’est pas vraiment la joie. Si le cinéma horrifique ibérique a brillé durant les années 70 en faisant des films qui tentaient de rendre la pareille à la Hammer, c’est surtout durant les années 2000 que le pays s’est trouvé une place de choix, notamment grâce à une nouvelle vague des réalisateurs qui avaient la hargne. Paco Plaza, Jaume Balaguero, Juan Antonio Bayona, Alejandro Amenabar, Alex de la Iglesia, autant de cinéastes qui ont fait bouger les choses et qui ont fourni des films de qualité. Désormais, le cinéma d’horreur espagnol tire un peu la tronche. Si on compte les échecs que furent les derniers Rec ou encore les purges telles que Atrocious, il y a eu une grosse pente descendante pour le cinéma d’épouvante transpyrénéen. C’est donc du côté de Netflix qu’il faut se tourner pour trouver de nouvelles choses et La Influencia se pare de quelques critiques plutôt positives, ce qui est une chose rare pour un film Netflix, qui plus est, d’horreur. Alors qu’en est-il vraiment ?

Dans ce film, on suivre Alicia, une jeune femme qui vient habiter chez sa mère dans le coma pour aider sa sœur à l’accompagner jusqu’à sa mort. Elle vient avec son mari et sa fille, qui va alors intégrer une nouvelle école. Très rapidement, on va découvrir que la mère en question était une sorcière et a fait vivre un enfer à ses filles, leur faisant subir des rituels proches de la torture. Les choses commencent à déraper lorsque la fille d’Alicia arrive à communiquer avec sa grand-mère. La Influencia est un film qui pose très vite ses bases et son pitch initial pour mieux approfondir l’histoire de fond de cette famille dysfonctionnelle. Ne voulant pas perdre de temps sur les origines de cette sorcière, Denis Rovira, dont c’est le premier long-métrage, va poser un cadre horrifique dès les premières minutes, pour ensuite narrer le passé des deux sœurs via des flashbacks. Un procédé intéressant s’il trouve des échos dans le présent, ce qui ne sera pas forcément le cas, mais au moins, on a un semblant de background qui donne de l’épaisseur aux personnages et surtout une raison pour Alicia de détester sa mère et d’avoir peur pour sa fille.

C’est d’ailleurs l’un des points forts du film, ne pas montrer des personnages fonctions qui ne seront que de la chair à canon. Le but ici est de rendre les personnages plus ou moins attachants face à une sorcière qui a plus d’un tour dans son sac. On va vite se prendre d’affection pour le père de famille, un homme humble, simple, plutôt sympathique et qui va tout faire pour que sa femme et sa fille soient heureuses. Il s’agit d’un personnage secondaire qui a son importance car il amène un équilibre face aux forces du mal dégagées par la mère. On ressentira aussi de l’empathie pour la sœur d’Alicia, une jeune femme timide qui subit finalement les assauts de sa mère et qui a souffert toute sa vie sans rien dire à personne. Et si Alicia est touchante par rapport à son passif, elle est plus forte que la moyenne et ne tarde pas réagir, ce qui en fait un protagoniste délicat à approcher, et les flashbacks ne vont pas aider à ressentir quelque chose de fort pour elle. Mais le pire de tous, c’est bien la petite Claudia Placer qui joue la fille, avec son visage atypique, toujours chafouin. Le problème vient clairement de l’actrice qui en fait des caisses et qui n’est pas vraiment crédible dans ce personnage.

Visuellement parlant, le film est une réussite dans son éclairage et sa photographie. Le début est assez intéressant avec des jeux de lumière qui promettent des arrière-plans avec des indices, renforçant un sentiment d’insécurité. Malheureusement, cela ne durera pas, mais il n’empêche que le film a une vraie patte visuelle, notamment lors des flashbacks concernant la mère et les méfaits qu’elle fait subir à ses deux filles. L’ambiance est froide, presque glaçante, et l’actrice jouant la mère jeune est saisissante, avec des tenues effroyables et une aura démoniaque vraiment réussie. On regrettera cependant que cela ne dure pas tout le métrage. En effet, on restera sur notre faim avec les apparitions en fond, puisque cela arrivera une paire de fois au début, puis par la suite, le film devient vite conventionnel dans ses effets de peur. On n’échappera pas aux sempiternels jump scare avec une musique qui monte d’un coup, ou encore à certains passages obligés qui font que le film part dans le grand-guignol. On se pose encore la question du coup des livres qui volent faisant peur à la gamine alors qu’elle est destinée à autre chose de plus important. Si la mise en scène est sympathique, elle n’arrive jamais à s’élever pour faire de La Influencia une vraie palette graphique. Il y a comme une retenue qui fait que le film s’avère juste agréable, et non pas effrayant et efficace.

On notera des problèmes de rythme dans le métrage. Parfois, on va gentiment s’ennuyer, et à d’autres moments, le film s’emballe sans que l’on sache trop pourquoi. On aura droit à une séance forte dans un jardin sous la pluie, mais cela va vite partir en délire un peu gore qui ne sert pas le film d’épouvante que le réalisateur s’évertue à construire. En fait, le film essaye de trouver des pistes pour générer de l’angoisse, mais il se plante sur certains aspects, notamment quand il faut tuer quelqu’un, partant dans un délire violent qui contrebalance trop avec l’ambiance suffocante de la maison et de cette présence énigmatique qu’est la grand-mère. Pour preuve, le combat final est relativement risible et dénature à quelque part l’atmosphère presque satanique du film.

Au final, La Influencia n’est pas un mauvais film d’horreur, bien au contraire, il fait partie des bonnes surprises que peut contenir Netflix. Affichant des personnages attachants et plutôt empathiques au sein d’une intrigue qui réserve son lot de surprises dans des flashbacks maîtrisés, le film de Denis Rovira a des atouts pour lui. Néanmoins, on voit vite que c’est un premier film qui se cherche, ne creusant pas assez son aspect épouvante pour aller vers des séquences un peu trop grosses pour être convaincantes, et affichant une jeune actrice à la trogne atypique mais qui surjoue en permanence et pour qui on ne ressentira absolument rien. Bref, un film qui souffle le chaud et le froid, mais qui a le mérite de tenter des trucs et de tenir son intrigue jusqu’au bout, ce qui est déjà pas mal.

Note : 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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